Formations géologiques et paysages de Garrigue
André Lopez
 avec la collaboration de Francis Marcou 


           La Garrigue peut être définie comme une formation végétale méditerranéenne trés ouverte, surtout formée par des xérophytes et où la roche affleure largement (CD-Rom). Elle doit d'ailleurs son nom à l'un de ceux du Chêne vert, le "Garric", lui-même  issu de la racine prélatine "gar" ou "cal" = " "pierre", "rocher" et soulignant bien que cette espèce arborescente princeps  peut faire littéralement corps avec le substrat minéral (Fig.).

Yeuse, roche 1
Yeuse, roche 2
Chêne vert (Quercus ilex) semblant "jaillir" de la roche calcaire
 Le même (détail) : bloc incrusté dans le tronc
Eglise du Trou, causse du Puget, près de Barrubio, Minervois

          On conçoit que la roche occupe une place capitale, qu'elle  ait été manipulée par l'Homme (architecture en pierre sèche, mégalithes) ou soit demeurée en place, avec ses sols.
        Elle est alors responsable du
modelé, c'est à dire de l'ensemble des formes de la surface topographique , indépendant  de sa nature géologique  mais  toujours lié à  l'érosion.
       Dans le Saint Chinianais et le Minervois, des paysages  remarquables, souvent trés peu connus, lui sont étroitement liés. Tels est le cas du méandre de Colombiers, rappelant quelque peu les gorges de la Vis.


Méandre Colombiers  
Fig. - Méandre de Colombiers. Villespassans-Cruzy, Saint Chinianais


     De nombreuses gorges et canyons sont  également présents, en particulier les vallées de Cauduro-Malibert (Vernazobres),  du Gourp des Boeufs, du Ruisseau del' Eglise (Puget-Barubio), de la Cessière (qui reçoit le précédent), du Brian et de la Cesse (Minerve).


Vallée Malibert-Cauduro 1
Fig. - Gorges de Malibert-Cauduro
(Vallée du Vernazobres, partie amont depuis sa source)




Ruisseau église 1
Ruisseau église 2
Ruisseau église 3
Fig. - Canyon du Ruisseau de l'Eglise (à sec), à son débouché dans la Cessière
Fig. - Détail du précédent.
 Marmites de géants

Fig. - Détail du précédent.
 Bas de la "tour" qui le surplombe



Cessière, amont
Cessière, aval 1
Fig. -Canyon de la Cessière, en amont du  Ruisseau de l'Eglise
Fig. -Canyon de la Cessière (à sec), en aval du confluent



Cessière, aval 2
Cessière, aval 3
Fig. -Canyon de la Cessière (à sec), en aval du confluent
Fig. -Canyon de la Cessière (quelques flaques), en aval du confluent


Cessière, falaises 2
Cessière, falaises 1
Fig. -Canyon de la Cessière, falaises en aval du confluent
Fig. -Canyon de la Cessière, falaises en aval du confluent



Cessière, falaises 3
Cessière, falaises 4
Fig. -Canyon de la Cessière, falaises en aval du confluent
Fig. -Canyon de la Cessière, falaise, détail



Canyon Puget Barrubio 1
Canyon Puget Barrubio 2
Fig.  -Canyon du Puget - Barrubio, Minervois
Fig.  -Canyon du Puget - Barrubio, Minervois  Autre vue




          Des formations calcaires, karstiques ou thermoclastiques, et non calcaires peuvent y être individualisées
         

Formations calcaires

          Les formes les  plus spectaculaires du Saint-Chinianais et du Minervois correspondent à un modelé dit karstique, type de relief propre aux pays calcaires, retrouvé sur les Grands Causses dont la planéité d'ensemble le rend plus évident.
          Ce modelé tire son nom du slovène "Krs", en allemand Karst, désignant une régionde l'Istrie dans la partie occidentale de l'ex Yougoslavie. Cce modelé est surtout du à l'action dissolvante des eaux  de pluie, riches en gaz carbonique, sur les roches calcaires et les dolomitiques, plus accessoirement à leur action mécanique et  à d'autres facteurs météorologiques (thermoclastie, vents).
          Il présente des formes de surface (canyons, lapiaz) et des formes profondes correspondant à une  partie du
Milieu souterrain.On peut leur adjoindre les clapas, superficiels, d'origine essentiellement thermoclastique, visibles dans une grande partie des garrigues minervoises et du Saint-Chinianais, trop souvent confondus avec les lapiaz.

1.1 - Formes de surface

1.1.1 - Les lapiaz

          Les lapiaz, lapiez ou lapiés (noms d'origine jurassienne) sont des formations géologiques de terrains homogènes créées sur les plateaux par la gélifraction et surtout par le ruissellement des eaux de pluie  qui dissolvent la roche.  En revanche, ces mêmes eaux produisent un ravinement lorsque les  terrains sont argileux, marneux ou schisteux.
          Lorsqu 'il est découvert, non dissimulé par des sols et  la végétation, le substrat rocheux  lapiazé offre un aspect de "carapace" (Fig.15,16) sillonnée par d'innombrables cannelures, par des  rigoles sinueuses ou rectilignes suivant la ligne de pente, par des fissures et  par des crevasses (leisines) de taille variable, pouvant atteindre 1 m de profondeur pour plusieurs de long.
          Ces fissures et  crevasses présentent des élargissements (encoches, niches,marmites). Elles  constituent soit un réseau correspondant aux diaclases, découpant  la roche en blocs massifs plus ou moins irréguliers, soit d'étroits sillons parallèles, séparant des blocs en arêtes aiguës, tranchant comme des lames de couteau lorsque les strates calcaires ont été redressées (Fig.3, 4).
          Bien que moins spectaculaires que des lapiès montagnards renommés (Jura, Chartreuse, Vercors par exemple), ceux des Garrigues du Saint-Chinianais et du Minervois sont souvent remarquables par une morphologie et leur végétation.
        La première est d'autant plus variée qu'ils ont subi dans le temps une évolution d'origine thermoclastique, leur stade ultime étant représenté par de vastes étendues pierreuses appelées à tort "clapas" (Fig.  ). Recouvrant des versants ou des surfaces horizontales, elles sont formées par la pierraille dite de "gélivation".
         Qu'elle soit ou non saxicole, la végétation, de type xérophytique,  parvient à croître dans le peu de sol que contiennent les fissures et parfois , semble  sortir directement de la roche ou de la pierraille qui en est issue.
                 
          Voici divers exemples de Lapiaz choisis dans la dition.


         
1.1.1.a - Lapiaz du plateau de Fontcaude (Cazedarnes, Saint-Chinianais).


Lapiaz Fontcaude 3
Lapiaz Fontcaude 2
Fig.1- Lapiaz, plateau de Fontcaude, Cazedarnes
Fig.2-  Même lapiaz, autre vue
Nature  géologique : calcaire maestrichtien (Secondaire)
      Environnement végétal : brousse à kermès, plantes herbacées et sous-arbrisseaux

Lapiaz,Fontcaude 1
Lapiaz Fontacaude 4  
Fig.3- Même lapiaz, autre vue
Fig.4- Même lapiaz, près du bord du plateau (corniche de falaise)
Nature  géologique : calcaire maestrichtien (Secondaire) en strates trés redressées au bord de la falaise
      Végétation : brousse à kermès, plantes herbacées et sous-arbrisseaux (dont saxicoles : Fig.2)

.........1.1.1.b - Lapiaz des Costes (Assignan, Saint-Chinianais)


Lapiaz Cast-Assignan 2
Lapiaz Cast-Assignan 1
Fig. 12 - Lapiaz, Les Costes, près d'Assignan
Fig.13 - Lapiaz, Les Costes, près d'Assignan : vue partielle
     Nature  géologique : dolomie éocène (Tertiaire) de couleur beige
      Végétation :  garrigue à genèvriers (cade, g.de Phénicie), buis et chênes (yeuse,kermès)
.

1.1.1.c - Lapiaz  de La Garrigue (Pardailhan, Saint-Chinianais élargi).


Lapiaz La Garrigue 1
Lapiaz La Garrigue 2
Fig.15 - Lapiaz de La Garrigue : carapace (photo S.C.B.A.M) Fig.16 - Lapiaz de La Garrigue :  crevasses (photo S.C.B.A.M)
    Nature  géologique : calcaire
      Végétation :  buxaie, genévriers


1.1.1.d - Lapiaz  de La Bouisse (Saint Nazaire de Ladarez, Saint-Chinianais élargi).


Lapiaz Ladaez 1
Lapiaz Ladarez 2
Fig.17 -Premier lapiaz  de La Bouisse, en bord de route
Fig.18 -Premier lapiaz  de La Bouisse, détail
Nature  géologique : calcaire
  Végétation :  buis, chênes verts

Lapiaz Ladarez 3
Lapiaz Ladarez 4
Fig.19 -Premier lapiaz  de La Bouisse, autre détail
Fig.20 -Deuxième lapiaz  de La Bouisse, en bord de route
Nature  géologique : calcaire
  Végétation :  buis, chênes verts

Lapiaz Ladarez 5
Lapiaz Ladarez 6
Fig.21 -Deuxième lapiaz  de La Bouisse, détail
Fig.22 -Deuxième lapiaz  de La Bouisse, autre détail
Nature  géologique : calcaire
  Végétation :  buis, chênes verts



1.1.1.e  - Lapiaz  du Bouis (Minervois)


Lapiaz Bouis 1
Lapiaz Bouis 2
Fig. - Lapiaz sur le causse du Bouis
Fig. - Lapiaz sur le causse du Bouis, autre vue
Nature  géologique : calcaire éocène à alvéolines
      Végétation :  thym, buis, genévriers, chênes verts


Lapiaz Bouis 3
Fig. - Lapiaz sur le causse du Bouis, autre vue
Nature  géologique : calcaire éocène à alvéolines
      Végétation :  asphodèle porte-cerises, thym, camélée à trois coques, ciste cotonneux,  buis, genévriers, chêne vert

1.1.2 - Les clapas

      Presque omniprésents dans les basses garrigues languedociennes du Saint Chinianais et du Minervois au-dessous de 500 m, ils y font partie des « formes climatiques froides » du Quaterrnaire et sont donc pour la plupart fossiles ou reliques Toutefois, le substrat rocheux des mêmes garrigues subit encore aujourd’hui, mais à un degré moindre, l’action des phénomènes du froid qui ont engendré les clapas dans le passé.
          L’action des cycles gel-dégel y est d’autant plus marquée que la roche est moins protégée par un sol très maigre et un manteau végétal peu épais ou discontinu.

Les clapas ne doivent pas être confondus avec les tas d'épierrement du même nom réalisés par l’ Homme.

Il s’agit de « champs » de pierres donnant un aspect « ruiné » au substrat des Garrigues, ces accumulations de matériaux gélivés étant souvent si énormes que le relief peut y subir un véritable ensevelissement.

Les clapas sont visibles sur les pentes des vallons, où ils donnent souvent naissance à des éboulis, sur les plateaux (causses) et sommets.

L’épaisseur des clapas est surtout fonction de la nature même de la roche, la gélivation étant d’autant plus marquée que le calcaire est moins massif,  moins pur car alternant avec des marnes,  et plus recoupé par des plans de clivage (joints de stratification, cassures, failles, diaclases). La dolomie peut être soit très gelive, se désagrégeant en sable comme du grès, soit résistante au gel et formant alors des corniches.

Mais l’importance des clapas dépend aussi   de l’exposition, de l’altitude, de l’érosion, de la présence ou non d’eau circulante, de la densité et de l’épaisseur du couvert végétal (strates herbacée, arbustive, arborescente).

La pierraille résultant d’une gélivation  actuelle ou du moins post-glaciaire peut être reconnue à certains indices : .présence d'un sol brun forestier récent ;  absence de coloration jaune par formation d'argile à la surface de ses débris ;  éboulis de pente, dits « vivants »,dépourvus de végétation, formés par des blocs mal triés et correspondant toujours à de la roche en place sur le haut du versant.

 1.1.2.a - Clapas de Villespassans

  Clapas Villespassans 1
Clapas Villespassans 2  
Fig.- Petit lapiaz et clapas de Villespassans
  Fig.-  Clapas de Villespassans
                                                                                                                          Nature  géologique : calcaire
      Végétation :  buis, genévriers, chêne à kermès,  romarin

Clapas Villespassans 3  
Clapas Villespassans 4  
Fig.- "Clapas" de Villespassans
Fig.- "Clapas" de Villespassans, autre vue
                                                                                                                        Nature  géologique : calcaire
      Végétation :  buis, genévriers, chêne à kermès, amélanchier, romarin, pin d'Alep

Clapas Villespassans 6  
  Clapas Villespassans 5
Fig.- Clapas de Villespassans, autre vue
Fig.- Clapas de Villespassans, ébauche d'aven (1er plan)
                                                                                                                     Nature  géologique : calcaire
      Végétation :  buis, genévriers, chêne à kermès, amélanchier (à droite), romarin

 1.1.2.b - Clapas des causses du Minervois

Clapas Bouis
Clapas du Causse du Bouis
Nature  géologique : calcaire éocène à alvéolines
      Végétation :   buis, genévriers, chêne vert
                    
                                        ous-site en cons

RETOUR

truction