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ANATOMIE DES ARAIGNEES :
VINGT-CINQ ANS DE RECHERCHES
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Spermathèque des Telemidae femelles
On sait que l’orifice génital primaire ou gonopore des Araignées femelles s’ouvre, comme
celui des mâles, au milieu de la fente ou sillon épigastrique marquant la limite entre les 2eme
et 3eme somites abdominaux (opisthosomiens).
Très simple chez les seconds, où il
ne présente que les différenciations superficielles de l’appareil épigastrique
(confere
supra), il est également unique et banal chez les femelles de certains groupes “primitifs”, Orthognathes et Araignées dites “Haplogynes” dont font partie les Telemidae, en particulier Telema
tenella,
leur “chef de file”. L’orifice génital n’y est pas surmonté par une épigyne.
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| Fig.1- Telema
tenella, femelle : coupe longitudinale, un peu oblique pour
le prosoma (à droite) |
| Cx, glande coxale (prosoma) ; I,
intestin et diverticules ; M, muscles ; N, ganglions
nerveux ; Ov, ovaire ; St, spermathèque à extrêmités fléchées. |
Avant que je ne publie deux photos sommaires
de la spermathèque chez Telema tenella en signalant
qu’elle loge des spermatophores (Lopez,1976 : p.26, fig.6 et 7), il n’existait aucune
représentation histologique de cet organe dont les figures étaient purement
macroscopiques et à peine esquissées (Fage,1913 ; Simon & Fage,1922).
L’année suivante, j’ai décrit pour la première fois sa structure en détail (Lopez, 1977) et plus tard, son ultrastructure (Lopez,1983b)
Nous avons utilisé comme matériel d'études l’espèce
Telema tenella Simon (Telemidae) récoltée dans une grotte des
Pyrénées orientales (Can Britxot, près de La Preste), préparée pour l’histologie selon des techniques banales
et transportée également vivante au Laboratoire ariégeois (Note 1) pour l’étude ultrastructurale.
2-Structure histologique
La spermathèque de Telema est un organe
intra-abdominal médian, allongé selon le grand axe de l’opisthosoma,
surmonté par les ovaires et les diverticules intestinaux, reposant sur
les glandes à soie les plus antérieures
(ampullacées notamment) qu’elle refoule. Subcylindrique et sacciforme, elle mesure environ 300 µm
de long et 80 µm de diamètre. Son extrémité antérieure s’ouvre dans l’atrium génital et son extrémité postérieure se
termine en un cul de sac plus ou moins incurvé.
Sa cavité, de section plus ou moins arrondie, renferme, chez les femelles fécondées,de la sécrétion et un spermatophore qui s’y love en se repliant plusieurs fois sur lui-même.
Sa paroi comporte plusieurs couches :
une couche musculaire externe striée, un épithélium
simple et une cuticule interne continue.
Au niveau du corps de la spermathèque, cette cuticule a une épaisseur moyenne de 3 µm ; l’épithélium est assez clair, pourvu de noyaux arrondis, haut de 14 µm sur la face ventrale et de 5 µm sur les faces dorsale et latérales.
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| Fig.2- Telema : spermathèque, coupe transversale | Fig.3- Telema : spermathèque,
coupe longitudinale partielle |
Fig.4- Détail : coussinet |
| Cc, cuticule
; Ct, coussinet ; D, digitations des spermatozoïdes ; Ec, épithélium du
coussinet ; Ep, épithélium du corps de la spermathèque
; Gs, glande à soie ; I, intestin ; L, lumière de la spermathèque ; M, muscle hors spermathèque ; N,
noyau ; S, sécrétion ; Sh, spermatophore. Flèches: muscles de la
spermathèque |
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| Fig.5- Telema
: spermathèque et
ses muscles pariétaux |
| C, cuticule ; Ep, épithélium ; I,
intestin; L, lumière ; M, muscles pariétaux en coupe tangentielle ; S,
sécrétion. Flèches : sections transversales
des mêmes muscles |
En revanche, la partie postérieure de la spermathèque a une structure très différente.
Elle s’épaissit en un disque fortement convexe, épais de 70 µm et présentant l’aspect d’un “coussinet” à priori glandulaire.
A son niveau, la cuticule s’amincit
considérablement (1 µm) ; l’épithélium
sous-jacent est formé de cellules très hautes,
plus sombres, basophiles, striées
dans leur partie basale et renfermant des noyaux
allongés.
Chez Apneumonella sp., la spermathèque est également impaire, médiane, sous-ovarienne et présente un aspect en « besace » très volumineuse, étendue vers l’avant mais surtout en direction caudale où son extrémité postérieure décrit une courbe à concavité inférieure. Il semble bien exister aussi à ce niveau un épaississement en « coussinet » de l’épithélium pariétal et de la cuticule sus-jacente, jaunâtre et d’aspect rigide. Partout ailleurs la paroi, difficile à reconnaître, est beaucoup plus mince, avec une fine cuticule sinueuse, un épithélium aplati endothéliforme et paraît dépourvue de la tunique musculaire existant chez Telema. (Fig.6 à 8).
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| Fig.6-Apneumonella
sp.: spermathèque, coupe en
long |
Fig.7- Autre coupe,
oblique |
Fig.8- Détail : paroi de la spermathèque et spermatophore |
| Ed, épiderme
; I, diverticule intestinal ; L, lumière de la spermathèque
; Sh, spermatophore ; Sp, spermatozoïdes empilés
; St, paroi de la spermathèque |
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L’unique femelle
observée s’étant accouplée, la cavité renferme une substance homogène
amorphe et surtout, un grand
spermatophore jaune-rougeâtre où des gamêtes
s’ empilent « comme des comprimés dans leur étui ». Il diffère toutefois
de celui de Telema
(confere supra) par son aspect cylindrique, avec une
cavité axiale régulière et l’absence complète de digitations (Lopez,1978).
3-Ultrastructure
3.1- Paroi de la spermathèque
Elle est formée par une basale
uniforme, finement grenue, assez lâche et sinueuse, par une musculeuse
surtout corporéale,
par une cuticule et par un épithélium ces deux derniers de caractères différents
au niveau du coussinet et du corps.
3.1.1 - Coussinet
3.1.1.a -Epithélium
Cet épithélium est formé par une seule couche de cellules.
Leur pôle apical montre des invagination du plasmalemme en replis parallèles, profonds et étroits découpant dans le cytoplasme des expansions très aplaties, lamellaires, ne montrant jamais les contours arrondis de microvillosités dans les sections transversales. Ces expansions ou microlamelles,orientées selon le grand axe des compartiments cellulaires d’épaisseur uniforme (50 nm environ), sont jointives, forment une bande continue et s’y groupent en faisceaux sinueux, plus ou moins incurvés selon leur longueur (Fig.9). Le cytoplasme ainsi découpé ne renferme pas d’autres organites.
Les deux tiers basaux présentent, de leur côté, un extrême découpage du cytoplasme qui est compartimenté en lanières subparallèles étroites par des replis très profonds du plasmalemme et a donc un aspect lacinié. Ces compartiments semblent accolés les uns aux autres par leurs faces latérales, sans qu’il y ait toutefois à ce niveau des jonctions particulières (scalariformes) pour les solidariser. Leur extrémité libre, plus ou moins massuée, renferme parfois une densification du hyaloplasme.
Les pôles basaux ainsi conformés rappellent ceux des podocytes.
Le noyau est situé dans la moitié basale de la cellule dont il occupe l’un des compartiments, très élargi à son niveau. Allongé et de contours irréguliers, il renferme de la chromatine en petites mottes et un nucléole volumineux.
Le chondriome est représenté, dans les deux tiers basaux des cellules par de grosses mitochondries plus ou moins ovoïdes, pourvues de crêtes parallèles très serrées et orientées selon le grand axe des compartiments. En revanche, dans le tiers apical, elles sont petites, flexueuses et orientées diversement (Fig.9).
Des organites considérés comme grains de sécrétion sont peu nombreux et situés parfois au contact des mitochondries ; ils ont un contenu homogène et de faible densité.
Le hyaloplasme renferme également des ribosomes libres ou groupés en polysomes.
La cohésion des cellules épithéliales est assurée, sur les faces
latérales, par des jonctions septées
que des desmosomes zonaires prolongent
vers l’apex. En revanche, les compartiments des pôles basaux laciniés ne
sont pas réunies par des jonctions particulières contrairement à la glande coxale sensu-stricto
qui possède à ce niveau des jonctions s-1calariformes
très développées.
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| Fig.9- Telema
tenella : vue trés partielle du coussinet de la spermathèque. M.E.T. |
| C, cuticule ; L, lumière ; Ml, microlamelles
; Mt, mitochondries apicales ; P, replis du plasmalemme ; flèche : orifice
cuticulaire. |
3.1.1.b -Cuticule du “ coussinet ”
Elle est uniquement épicuticulaire, forme une couche dense
aux électrons et a une épaisseur moyenne de 250 nm (Fig. 9). Sa face
interne est lisse tout au long de la lumière
tandis que sa face externe présente une succession de crêtes plus ou moins arrondies, parfois bifides et
se moulant étroitement sur les expansions lamellaires
sous-jacentes.
Elle
est constituée d'une épicuticule externe,
d'une épicuticule interne et est traversée par
des pores en forme d'entonnoir (Fig.
). Ces pores sont en effet plus larges du côté
externe que de celui de la lumière ; ils y
permettent vraisemblablement le passage de substances sécrétées par les
cellules épithéliales.
3.1.2- Corps de la spermathèque
3.1.2.a- Epithélium
Il est formé par des cellules
jointives plus ou moins hautes.
Leur pôle basal n’est que légèrement
découpé. L’apex est garni de villosités courtes et diversement orientées.
Le noyau est plus ou moins aplati
et pourvu de mottes chromatiniennes périphériques.
Le cytoplasme, assez dense aux
électrons, contient de petites mitochondries
et une grande quantité de corps pseudo-myéliniques
(Fig. ).
Le passage de cet épithélium
à celui du coussinet est assez brusque. Quelques
cellules seulement présentent des caractères
mixtes.
3.1.2.d-Musculeuse
La musculeuse est formée
par une ou deux couches de fibres striées. Ces
cellules adoptent une disposition annulaire au
niveau du corps de la spermathèque, plus variable
au niveau du coussinet où elles se
raréfient. Entourées par des expansions de la lame basale, elles renferment un noyau marginal asserz irrégulier, quelques
mitochondries et des myofibrilles
longitudinales. Ces dernières convergent parfois vers des densifications osmiophiles du myoplasme aux points de contact avec la basale (Fig. ).
3.2-Contenu de la spermathèque
Chez les femelles fécondées, la lumière
du corps de la spermathèque contient un spermatophore baignant dans du matériel amorphe.
Ce spermatophore est replié sur lui-même, agencement
remarquable pouvant être déduit des coupes histologiques.
A partir d’une extrémité, il se reploie
de 3 à 5 fois en « épingles à cheveux » successives,
les replis ébauchant une symétrie rayonnée avec
6 sections en coupe transversale. De plus, ils s’opposent alternativement,
face ventrale (ou digitée) contre face ventrale, et face latérale contre
face latérale, les deux extrémités se trouvant ainsi du même côté (Fig.). Une telle disposition permet au spermatophore d’occuper un minimum de place dans
la spermathèque malgré son volume relativement considérable.
Il est vraisemblable qu’elle existe aussi déjà dans le bulbe copulateur du mâle avant l’éjaculation.
Comme dans les coupes histologiques
où son aspect général demeurait inchangé, le spermatophore conserve son ultrastructure
fondamentale caractéristique . 3 couches superposées forment toujours
sa paroi et ne présentent que des modifications minimes : la couche interne paracristalline s’est un peu épaissie
; les alvéoles de la couche moyenne se sont élargies ; les étroits piliers
parallèles de la couche
externe semblent s’être
inclinés à 45° sur le grand axe du spermatophore (Fig. ). Quant
aux spermatozoïdes, ils sont moins condensés, de contour
plus régulier, et présentent une coque moins nette, vermiculée dans la digitation.
Au point
de vue anatomique, la spermathèque est remarquable par
son volume, si l’on tient compte
de la très petite taille (1,5 mm) d’une femelle de Telema tenella. Ses
dimensions sont en rapport avec celles du spermatophore,
introduit dans sa cavité lors de la copulation
et pouvant se replier jusqu’à 5 fois
sur lui-même en «épingles à cheveux» successives pour s’y loger
tout entier (Lopez,1980a).
La spermathèque se présente comme une simple invagination
de l’épiderme au niveau de
l’atrium génital. Sa structure est très simple si on la compare à celle
d’autres Araignées «Labidognathes» considérées comme plus évoluées, Dysderidae comprises…
L’étude ultrastructurale
confirme que le coussinet postérieur est bien de nature glandulaire et qu’il s’agit d’une glande anatomiquement définie. Son épithélium est formé de cellules sécrétrices toutes semblables, chacune d’elles
pouvant être assimilée à une glandule tégumentaire du type 1 tel queNoirot et Quennedey (1974,1991)
l’ont défini chez les Insectes. Au même type sont d’ailleurs rattachées
les cellules de la glande
rostrale, des glandes péribuccales en «coussinet» (confere supra) ainsi
que celles des conduits de copulation (Araneus diadematus :
Kovoor,1981).
Toutefois,
dans le cas présent, les pôles basaux des adénocytes sont extrêmement laciniés et les villosités apicales classiques sont remplacées par de
curieuses expansions aplaties formant une bordure microlamellaire très curieuse.
Le
découpage basal des cellules évoque celui qui a été noté par
Blest et Taylor (1977) chez d’autres Araignées du genre Mynoglenes dans leur
prétendue « glande clypéale ». Elle n’a en fait aucun rapport avec le
véritable organe du même nom (confere supra), se rencontre dans les deux
sexes et aurait plutôt du être appelée « glande latéro-sousoculaire » (Fig.
). De plus, ses cellules
possèdent des canalicules excréteurs individuels et ont des compartiments basaux plus irréguliers, renfermant peu
de mitochondries.
La
laciniure basale et la richesse du chondriome associé dans le coussinet de la spermathèque sont donc beaucoup plus proches du labyrinthe de la glande coxale, ce dernier possédant toutefois des
jonctions scalariformes qui font ici défaut (confere supra).
La
bordure apicale microlamellaire est un caractère morphologique très
inhabituel découvert dans les tubes de Malpighi et l’ intestin d’Insectes Homoptères (Smith & Littau,1960), Diptères
(Waterhouse & Wright,1960) ainsi que chez les Arachnides, dans les tubes excréteurs de l’Acarien Macrocheles muscaedomesticae (Coons & Axtell,1971). Une ultrastructure
un peu voisine semble d’ailleurs se retrouver dans l’ordre des Araignées, où des microvilli apicales « foliacées » caractérisent la glande labiosternale des Theridiosomatidae (confere supra).
La sécrétion des cellules du coussinet
gagne vraisemblablement la lumière
de la spermathèque au travers des pertuis en entonnoir ajourant la cuticule. Son rôle ne peut guère être précisé mais
pourrait bien être lié à l’existence du spermatophore :
nutrition des gamètes mâles, lyse de
leur coque d’enkystement et de la paroi spermatophorique, entrainement mécanique
vers les ovules à féconder pendant la
ponte.
Les déplacements
du spermatophore lui même pourraient
être facilités par les contractions de la musculeuse,
ainsi que par les modifications structurales de la couche externe dont les piliers (Lopez,1980a
; Lopez,1980b) subissent une inclinaison (Fig. ) après qu’il ait été introduit dans la spermathèque (Lopez,1983a
: fig.5a,5b ; Lopez,1983b).
Au point de vue systématique, il est probable qu’une
même structure de la spermathèque est commune à toutes les Araignées Telemidae
si l’on en juge
par la description qu’en ont fait divers auteurs (Saaristo,1978 ;
Brignoli,1978,1980 ; Baert,1980) d’après les préparations éclaircies de
genres différents (Seychellia, Cangoderces, Usofila, Jocquella).
Au point de vue phylogénique, la structure de la spermathèque distingue nettement Telema
tenella, Apneumonella et probablement aussi toutes les
autres Telemidae, des Leptonetidae (Fig. ). De même,
elle ne paraît pas autoriser un rapprochement avec les Dysderidae bien qu’il existe quelques ressemblances
dans les glandes coxales (Lopez,1983d)
et séricigènes (Lopez,1983c).
Baert,L.,1980.- Bull.Br.Arachnol.Soc.,5,1,p.16-19.
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