ANATOMIE  DES  ARAIGNEES  :
                        VINGT-CINQ  ANS  DE  RECHERCHES  
                                       


 


I I -Tractus génital
  Déférent de Telema

    La description du tractus génital complet est limitée à celui d’une seule espèce, l’Araignée Telema tenella Simon, dont j’ai réalisé les premières études histologiques et ultrastructurales (Lopez,1977b ; Lopez,1977c ; Lopez,1983a ; Lopez,1983b ; Lopez,1983c ; Lopez,1983d) . Entre autres organes, elles ont porté sur le testicule, le canal déférent du mâle, la spermathèque de la femelle et, dans les deux sexes, sur les spermatophores.
Telema tenella doit être d’abord présentée en détails car elle a été découverte en France  (Pyrénées orientales), occupe une place de premier rang dans la Faune européenne et a donné lieu à la création des Telemidae (Petrunkevitch,1923), famille essentiellement tropicale, dont elle est le « chef de file » mondial.
    Généralités : Telema tenella
    Telema tenella est une minuscule Araignée troglobie décrite et baptisée par Eugène Simon (1882).
    Au point de vue anatomique, elle se singularise par l’absence totale d’yeux (anophtalmie), caractère relativement fréquent chez les Aranéides souterrains, et surtout, par celle des poumons ou phyllotrachées.
    Au point de vue biogéographique, son habitat paraît aujourd’hui fort restreint : quelques grottes et mines situées dans le massif du Canigou (Pyrénées orientales en particulier prés de La Preste, peut être aussi de Ria)(Simon, 1882, 1914 ; Fage, 1913 ; Lopez,1977b ; Lopez, 1983a) et en Catalogne espagnole (près de Gérone). Je l’ai découverte personnellement dans la mine de La Preste (66) et dans la grotte de Can-Pey (66) (Lopez,1983a).
    Au point de vue systématique, Telema tenella semble bien être l’unique représentant indiscutable de son genre (deux autres espèces plus douteuses, T.mayana et T.nippponica lui seraient rattachées !) et fait partie de la famille des Telemidae. Tous les autres sont exotiques et se répartissent en plusieurs  genres, notamment Apneumonella (Kenya, Afrique occidentale, Sumatra), Cangoderces (Afrique australe), Usofila (USA, Nouvelle Calédonie,Japon), Jocquella (Nouvelle Guinée) et Seychellia (Iles Seychelles). Les 3 premiers genres ont été trouvés dans des grottes alors que les 2 autres sont connus seulement de la litière des forêts tropicales.
Tous les Telemidae sont des Araignées très petites (longueur =1,5 à 2,5 mm), aveugles ou oculées, et apneumones. Leurs mâles possèdent un bulbe copulateur simple, arrondi, avec un style trés court, en apophyse unguiforme (Fig.1) et les femelles, un réceptacle séminal impair, médian, remarquablement volumineux (Fig.2, en attente).

                                                                                                                                                                                                                                 

Palpe Telema                                            
Bulbe Telema
Fig.1- Palpe de Telema tenella à gauche ( B, bulbe ; Ch, chélicères ; F, fémur ; P, patella ; Ti, tibia ; Tr, tarse) et détail du bulbe, avec son style en apophyse unguiforme, à droite  

   Au point de vue phylogénique, les Telemidae formeraient un groupe très anciennement détaché des Leptonetidae qui ont plusieurs caractères anatomiques assez voisins et les ont même autrefois englobés (Fage,1913).
    Au point de vue biogéographique et au même titre que les Orthoptères Gryllacrides Raphidophorines du genre Dolichopoda, Telema tenella est considérée comme une forme  relicte de Faune chaude, une descendante de lignée cénozoïque ayant peuplé les forêts du Tertiaire dans une ambiance tropicale (comme aujourd’hui les genres Apneumonella, Jocquella, Seychellia) réfugiée depuis dans le Milieu souterrain en y subissant une « réclusion » et une adaptation progressives. Témoin d’une ambiance disparue, éteinte aujourd’hui en Europe, Telema tenella se présente ainsi comme un  authentique  « fossile vivant » aux sens zoologique et écologique du terme. La chaîne du Canigou est d’ailleurs considérée comme un « massif refuge ».
    Au point de vue éthologique, Telema tenella installe sa toile dans des « niches » très variées du milieu hypogée : anfractuosités des piliers, bornes et coulées stalaglitiques, interstices de murets et même dans les trous de barre à mine ! Cette toile est une nappe ténue, très lègère, d’aspect non visqueux, à petites mailles irrégulières, haubanée par qelques fils tenseurs, subhorizontale, d’étendue variable, pouvant dépasser 15 cm de long, et à concavité inférieure plus ou moins marquée, où l’Araignée se tient ventre en l’air (Fig.3). La femelle  y suspend ses cocons qui ont une forme en disque biconvexe et ne contiennent qu’un très petit nombre d’œufs ( 4 maximum) (Fig.4), phénomène courant chez les Invertébrés troglobies
                                                                                                                       

Grande toile
Cocon dans toile
Fig.3 - Telema tenella (flèche)  sur le revers d'une grande toile en nappe
Fig.4 - Cocon discoïdal de Telema suspendu dans la toile


      Au point de vue morphologique
, Telema tenella ne dépasse pas une longueur de 1,5 mm (Fig.3,5 à 9).
Son prosoma, fauve-rougeâtre clair, est dépourvu de strie thoracique médiane contrairement à celui des Leptonetes. ; l’anophtalmie y rend imprécises les limites du bandeau ou clypeus. Il porte des chélicères divergentes et de longues pattes grêles, garnies de poils sensoriels et de prétendues « glandes d’Emerit » qui ne sont pas caractéristiques car présentes aussi chez d’autres Araignées.

                      

Telema femelle éclaircie
Telema mâle éclairci
 Fig.5 -Telema femelle, exemplaire éclairci. A, abdomen ; P, prosoma
Fig.6 -Telema mâle, exemplaire éclairci. A, abdomen ; P, prosoma ; Pp, pédipalpes
                                                                                               
Femelle sur toile
Mâle sur toile
Fig.7 -Telema femelle  sur sa toile. Vue postéro-latérale (d'après F.Marcou) 
Fig.8 - Telema  mâle sa toile avec des gouttelettes d'eau. Vue latérale (d'après F.Marcou) 


                                                                
                                                                                 

Autre femelle
Fig.9 -Autre Telema femelle  sur sa toile. Vue latérale


Mes premières coupes histologiques de Telema tenella (Lopez,1977b), y confirment l’absence complète d’yeux, avec une régression cerébrale corrélative des centres visuels. Elle montrent aussi deux glandes à venin banales, des glandes « salivaires » ou gnathocoxales sans dimorphisme sexuel, de gros néphrocytes, du tissu réticulé, un réseau trachéolaire dense et surtout, une paire de glandes coxales, s’ouvrant aux hanches des P I. Leur grand labyrinthe s’étend le long du cerveau jusqu’à la partie postérieure du prosoma (Fig.10)

Ce labyrinthe a une striation typique dont nous avons effectué une étude ultérieure au M.E.T. (Lopez,1983d). Elle est liée à des replis membranaires  qui découpent profondément le hyaloplasme, trés riche en mitochondries, et sont solidarisés par de  belles jonctions septées ("desmosomes cloisonnés") (Fig.11)

     

Labyrinthe histo
Labyrinthe  M.E.T.
Fig.10- Labyrinthe d'une glande coxale (coupe histologique)
Fig.11- Détail du labyrinthe d'une glande coxale (M.E.T.). Js, jonction septée ; M,                                                                         mitochondrie

L’abdomen est court, globuleux, avec une région épigastrique convexe, deux paires de stigmates trachéens ventraux, un colulus, six filières terminales et présente surtout une étrange coloration d’un bleu-vert « bouteille »(Fig.7,8) soulignée par divers auteurs (Simon, 1882 ; Fage, 1913 ; Lopez,1977b ; Lopez,1983a), retrouvée d’ailleurs chez Usofia pecki (Nouvelle Calédonie : Brignoli, 1980), mais avec une nuance « émeraude ». Dans mes premières coupes histologiques de Telema tenella (Lopez,1977b), j’ai constaté que cette coloration particulière dépend de l’intestin moyen, plus précisément de ses diverticules chylentériques à large lumière polycyclique (Fig.12).

                         

Intestin Telema 1
Intestin Telema 2
Fig.12 - Intestin moyen de Telema tenella avec ses cellules absorbantes et à ferments contenant des sphérites (S)


En effet, leurs cellules à ferment et absorbantes renferment une foule d’ « inclusions » arrondies, de taille assez variable, colorées naturellement en bleu-vert, paraissant « encapsulées » et opaques ou de structure réticulée, retrouvées dans la poche cloacale et seules responsables, par leur pullulation, de la teinte générale de l’abdomen.. Je les avais interprétés d’abord –et à tort- comme des « microorganismes …peut être des symbiontes particuliers, contenant un pigment à métal chromogène, nécessaires pour la survie précaire de Telema tenella » (Lopez,1977b).  En fait, l’étude au M.E.T. montre plus tard (Lopez,1980d) qu’il s’agit de sphérites ou sphérocristaux, concrétions inertes, polymorphes, rondes ou ovoïdes, zonées concentriquement, associant un « nucleus » opaque central et une série de strates périphériques alternativement claires et sombres (Fig.13


Sphérites M.E.T.
Fig.13 - Divers aspects de Sphérites ou sphérocristaux au M.E.T.


Ces sphérites naissent dans des vésicules du réticulum par condensation d’un matériel granuleux abondant : le « nucleus » y apparait en premier et s’entoure ensuite des strates concentriques dont le nombre semble augmenter avec l’âge et le volume de la concrétion. Leur analyse chimique sur coupes par microsonde à rayons X (W.Humbert, Strasbourg)(Fig.14) y a mis en évidence du calcium (le plus abondant : 100 chocs/sec.), de l’aluminium (un élément pourtant rare dans ce type de concrétion : 10 chocs/sec.), du soufre, du phosphore, du potassium, mais pas de cuivre, pourtant présent dans le biotope et qui aurait pu être responsable de la couleur verte des sphérites. Connus aussi chez les Nématodes, les Opilions et surtout, de trés nombreux Insectes, les sphérocristaux jouent un rôle dans les régulations ionique, hydrique et dans l'excrétion par accumulation. Il en est probablement de même pour ceux de  Telema tenella.


                                                                         

Analyse rayons X
Fig.14 - Analyse sur coupes par microsonde à rayons X : pics de Ca et Al.


          En fait, c'est le tractus génital qui représente la particularité la plus singulière de cette Araignée pyrénéenne, du genre Apneumonella (Afrique) et probablement aussi des autres Telemidae  comme je l'ai noté pour la première fois il y a 30 ans (Lopez,1977b)

Jusque là, il était considéré comme un fait bien établi que les Araignées ne produisent pas de spermatophore contrairement à d’autres ordres de leur classe (Scorpions, Pseudoscorpions, Schizomides, Acariens…). Le mâle dépose ses gamètes par « masturbation » et « éjaculation primaire » sur une toile spéciale, dite spermatique (confere supra), les absorbe ensuite dans le receptaculum seminis des bulbes palpaires (induction spermatique : confere supra) et utilise enfin ces derniers pour copuler avec la femelle qu’il féconde.

Toutefois, effectuant l’ étude histologique pionnière, j’ai pu mettre en évidence dans les deux sexes de Telema tenella Simon une structure tubuleuse particulière qui semblait bien infirmer l’opinion classique(Lopez,1977b : p.26, photos 4 à 7) et présente toutes les caractéristiques d’un spermatophore. Elle est produite chez le mâle dans la terminaison des canaux déférents, y englobe les spermatozoïdes, est retrouvée ensuite dans le receptaculum bulbaire après induction spermatique et enfin, dans la spermathèque de la femelle s’étant accouplée.

Nous avons utilisé comme matériel d'études Telema tenella Simon (Grottes Ste Marie et Can Brixot, près deLa Preste, Pyrénées orientales, France), plus accessoirement une Apneumonella  sp. femelle (autre Telemidae), de Côte d’Ivoire, et seulement la première espèce  en M.E.T. (Note1). Dans le cadre des ultrastructures, nous avons également étudié et décrit chez cette même Telema tenella la spermathèque de la femelle (Lopez,1983b)(confere infra), les glandes à soie (Lopez,1983c) et les glandes coxales (Lopez,1983d).

1-Canal déférent (Telemidae ♂)

    Histologie

         Issus d’une paire de testicules subsphériques, les déférents sont deux longs canaux très sinueux, convolutés, s’unissant sur la ligne médiane en un conduit terminal commun ouvert au gonopore, dans le sillon épigastrique. L’ensemble des canaux est comparativement plus gros que dans les autres familles d’Araignées ; avec son contenu, il forme un massif volumineux,  long d’environ 250 µm chez un mâle de 1,3 mm et occupe ainsi toute la partie antéro-ventrale de l’abdomen(Fig.  ).

    Chaque déférent contient une substance amorphe, des spermatozoïdes et, dans sa partie distale ou terminale différenciée, une formation tubuleuse brun-jaunâtre, large d’environ 18 µm, triangulaire en coupe transversale, évoquant un «étui» et pourvue de grêles expansions latérales. Les gamètes se logent dans ce spermatophore,  superposés en « pile d’assiettes » ou groupés comme les érythrocytes dans un capillaire de Vertébré (Fig.  ). Revêtant avec ses expansions un  aspect caricatural de «Myriapode », le spermatophore se retrouve, apparemment tel quel, dans les coupes histologiques du bulbe palpaire (Fig.15) et, chez la femelle, dans la spermathèque de la femelle (Fig.  ) (confere infra)


Bulbe spermatophore

Fig. 15.- Bulbe renfermant le spermatophore. C, "vésicule" cuticulaire ; E, épithélium en "coussinet" ; P, paroi bulbaire ; S, spermatophore (Coupe histologique).

         La structure du déférent n’a pas uniforme. Ce conduit montre en effet une portion proximale sinueuse dont l’épithélium, très bas, rappelle un revêtement endothélial, et une partie  différenciée plus longue et complexe. Renfermant le spermatophore, cette dernière  est formée par des cellules prismatiques beaucoup plus grandes, surtout ventralement (hauteur : 30 µm) et à noyaux ovoïdes très apparents. (Fig. 16 )

            Chez Apneumonella sp., je n’ai pu étudier que la spermathèque, conformée en gros comme celle de Telema (confere infra).                                                  L’unique femelle observée s’étant accouplée, sa lumière renferme une substance homogène amorphe  et surtout,  un grand spermatophore jaune-rougeâtre, lové sur lui-même et contenant aussi des gamètes qui s’y empilent « comme des comprimés dans leur étui ». Il diffère toutefois de celui de Telema (confere supra) par son aspect cylindrique, avec une cavité axiale régulière et l’absence complète de digitations (Lopez,1978) (Fig.17,18). 

                     

Spermatophore Apneumonella 1
Spermatophore Apneumonella 2
 Fig.17.- Spermatophore d'Apneumonella sp. dans la spermathèque
Fig.18.- Détail du spermatophore en coupes longitudinales et transversales
D, diverticules intestinaux ; P, paroi de la spermathèque ; S, spermatophore ; Sl, coupe longitudinale et St, coupe transversale du précédent.


Ultrastructure

1 - Déférent

Outre son épithélium interne, la paroi du déférent montre au M.E.T. une lame basale et une couche de fibres musculaires dont le hyaloplasme contient des faisceaux de myofibrilles caractéristiques isolés.

L’épithélium est simple, prismatique et sécrétoire. Ses cellules sont solidarisées par des zonulae adherens sub-apicales et de longues jonctions septées.

Sa lumière est large, arrondie et régulière dans la portion proximale, puis ovale au début de la partie différenciée ou portion intermédiaire, pourvue enfin d’une gouttière ventrale lui conférant un curieux aspect en « as de pique » dans le reste de la partie différenciée ou portion distale. Il s’ensuit qu’au niveau de cette dernière la paroi déférent ielle présente une zone dorsale mince et une zone ventrale ou accessoire plus épaisse (Schéma).

                                                 

Schéma spermatophore 1  

 Fig.  Schéma-diagramme du spermatophore logé dans le déférent.
                  Spermatozoïdes, en rose foncé ; spermatophore, en jaune clair et ses digitations, en jaune foncé  ; déférent avec son épithélium, en bleu  et sa musculature, en rouge



Dans la portion proximale, en continuité avec le testicule, les cellules épithéliales aplaties ont un plasmalemme basal présentant de nombreux replis. Leur réticulum endoplasmique est granulaire, très abondant et produit de petites vésicules s’ouvrant dans la lumière pour y déverser leur contenu sécrétoire.

Dans la partie différenciée, les cellules épithéliales sont plus hautes, uniformément (portion intermédiaire), et  surtout dans la zone ventrale de la grande portion distale). Leur noyau central renferme une chromatine fine et dispersée. Le réticulum endoplasmique est formé par de nombreuses cisternae lisses et granulaires dont dérivent des vésicules à contenu peu contrasté. L’appareil de Golgi est remarquablement développé (Fig.19). Il se compose d’empilements sacculaires ou dictyosomes surtoiut nombreux dans la zone dorsale et élaborant une grande quantité de vésicules à contenu opaque. Les mitochondries sont peu nombreuses et pourvues de crêtes parallèles. Les vésicules golgiennes et les réticulaires libèrent leur contenu dans la lumière au niveau des pôles apicaux. Il s’y fusionne avec la sécrétion provenant de la portion proximale pour former un matériel granuleux positif à l’APS et à la tétrazoréaction de Danielli, donc glycoprotéique (Lopez,1981c).

Deferent Telema 1
Deferent Telema 2
Deferent Telema 3
Fig. 19.-  Détails des cellules épithéliales glandulaires du canal  déférent : G, dictyosomes de l'appareil de Golgi ; N, noyau ; R, réticulum endoplasmique (M.E.T.)


Ce même matériel englobe les
spermatozoïdes et, lorsque ces derniers s’empilent,  s’insinue entre leurs faces juxtaposées pour y former des disques plus opaques apparaissant comme des  bandes régulières (600 A) dans les coupes longitudinales (Fig.  ).

Les spermatozoïdes mûrs se sont formés dans le testicule à partir de spermatides d’abord polymorphes et amiboïdes, puis polarisées, pourvues d’un noyau allongé, enfin flagellées (Lopez,1981c). Chacun d’eux est entouré par une capsule glycoproteique semblable à celle des autres Araignées (confere supra Fig. ) et peu condensé. Son cytoplasme est abondant,  aucune phase d’élimination cytoplasmique  n’ayant été clairement observée au cours de la spermiogénèse. ; il est très riche en mitochondries à crêtes concentriques, en vésicules ovoïdes et en membranes enchevêtrées d’origine golgienne vraisemblable (Fig. )   Le noyau et la baguette acrosomienne sont étirés et enroulés sur eux-mêmes, le premier suivant 1 tour et demi ou 2. L’axonème , de type 9 + 3, comme chez les autres Araneides (confere supra Fig. ) est rétracté dans le cytoplasme où il s’enroule sur 4 à 5 tours (Fig.  ) que l’abondance . De plus, chaque gamète montre un « prolongement » qui pénètre dans une digitation, y est accompagné par la capsule et renferme lui aussi des organites (vésicules, amas parallèles de membranes sinueuses, mitochondries)

.2 - Spermatophore
      
Le
spermatophore s’individualise dans la portion distale où son élaboration paraît continue.  Il a bien la forme insolite d’un étui prismatique triangulaire,  avec deux grandes faces latérales un peu convexes et une face basale plus réduite, légèrement concave. Il est ouvert à ses deux extrémités et selon une génératrice, au niveau de la base qui montre donc une déhiscence longitudinale lui conférant aussi un aspect de gouttière (Fig.20). Les rebords de cette fente portent chacun une série de digitations disposées en alternance, initialement sur un rang puis sur 2 files parallèles, décalées mais s’entrecroisant (Schéma  )

La paroi du spermatophore est elle-même formée par 3 couches superposées, interne, moyenne et externe à l’exception toutefois des bords basaux et des digitations qui n’en ont qu’une seule, l’interne (Lopez,1981c)(Fig. 21,22).

Spermatophore, déférent 1
Détail paroi 1
Détail paroi 2
Fig. 20.- Coupe transversale du spermatophore (M.E.T.)
Fig.21.-Détails de sa paroi  en formation (M.E.T.)
 Fig. 22.- Détails de sa paroi définitive (M.E.T.)
B, base avec sa fente ; Ce, couche externe ; Ci, couche interne ; Cm, couche moyenne ; E, épithélium et  L, lumière du déférent ; K, coque d'enkystement et P, prolongement de spermatozoides (S) ;


           Cette
couche interne est la plus épaisse (0,45 µm) et possède une structure paracristalline. Elle semble striée dans les coupes treansversales mais montre dans les longitudinales et axiales un réseau polygonal très régulier, en «nid d’abeilles» dont chaque élément constitutif est centré par une fibre dense.  La distance moyenne entre 2 fibres est de 75 Å (Fig.   ).

La couche moyenne ou intermédiaire est beaucoup plus mince (500 à 600 Å) et formée par des agrégats de matériel dense lui donnant un aspect hétérogène alvéolé.

La couche externe, qui est la plus originale, se présente comme un ensemble de piliers étroits (diamètre = 150 Å), d’abord bas et granuleux (Fig.  ) puis plus hauts (0,2 µm) et homogènes. Ils s’alignent en séries parallèles  perpendiculairement à l’axe de la gouttière et sont ainsi responsables d’une striation transversale.

Le « prolongement » de chaque spermatozoïde  pénètre avec sa capsule dans une digitation qui l’englobe comme un petit étui individuel.

Commentaires

Sur le plan anatomique, le canal déférent de Telema tenella est remarquable par son volume, son intense activité sécrétoire d’origine golgienne et le fait qu’il élabore  une structure ayant bien tous les caractères d’un spermatophore. Bien que ce dernier ne soit pas un produit de glandes annexées à l’appareil génital et n’ait pas la forme de capsules closes, plus ou moins complexes, souvent pédiculisées comme chez les autres Arthopodes (dont les Scorpions et Pseudoscorpions parmi les Arachnodes), il n’en présente pas moins les particularités essentielle de ce type d’ «appareil».

Il s’agit en effet d’une formation autonome, bien individualisée, régulière et géométrique, en gouttière digitée, possédant une paroi propre à ultrastructure complexe, monolaminaire dans sa face basale et les digitations, trilaminaire ailleurs, avec une couche paracristalline et les curieux « piliers » externes.

Une telle organisation fait défaut chez toutes les autres Araignées, y compris les Mygalomorphes et les Filistatidae dont  les « aggrégats » de spermatozoïdes  (Fig.  ), groupés à plusieurs dans une même coque d'enkystement (du moins chez Nemesia, M.E.T.: Lopez,1981d) ont un aspect totalement différent. Décrivant les mêmes « aggrégats »dans le cadre de ses « coenospermies », Alberti (1988) y a  inclu aussi les spermatophores de Telemidae, considérés par lui comme une simple forme « complexe » des précédentes. Leur ultrastructure invalide définitivement cette opinion critique.

Les spermatozoïdes empilés dans le spermatophore ont des caractères  semblables à ceux des autres Araignées (capsule glycoproteinique individuelle, triplet axial, rétraction de l’axonème enroulé comme le noyau), mais en diffèrent néanmoins parce qu’ils conservent tout le cytoplasme de la spermatide.

Sur le plan fonctionnel, le spermatophore représente d’abord pour les gamètes mâles un « conditionnement » ou appareil d’ «emballage» renforçant leur protection par les capsules individuelles. et en facilitant ainsi sa progression vers l’aval et le gonopore.

Sa progression dans le déférent pourrait être facilitée non seulement par la contraction des muscles pariétaux mais aussi, en  s’« accrochant » à la paroi du canal, par les digitations, bien qu’elles ne présentent pas d’ultrastructure motrice, et par la striation transversale jouant  également un rôle mécanique.

Le spermatophore est initialement produit par le canal déférent sur un mode ininterrompu, semble bien ouvert à ses deux extrémités et doit donc subir un « tronçonnement » ultérieur lors de la « transmission spermatique » Bien qu’il n’ait jamais été  observé, ce processuss existe sans aucun doute comme chez les autres Araignées (confere supra bulbe) et serait, à priori, plus « laborieux ». Lors de l’ «éjaculation primaire », des fragments issus du gonopore pourraient être déposés sur une toile spermatique dépourvue de sécrétion épigastrique (confere supra appareil épigastrique), et absorbés ensuite dans les bulbes (induction spermatique). L’apophyse unguiforme de ces derniers, leur concavité et l’orifice en fente extensible permettraient le recueil puis la pénétration des fragments dans les tubes séminifères où ils se pelotonnent jusqu’à l’accouplement (Fig . )et leur insertion (« éjaculation secondaire ») dans la spermathèque femelle (confere infra  spermathèque).

Sur le plan phylogénétique, l’élaboration et l’usage d’un spermatophore chez Telema tenella et probablement aussi chez les autres Telemidae apparaissent comme le maintien d’un caractère archaïque. Alexander et Ever (1957) avaient d’ailleurs envisagé son existence chez les Araignées primitives et sa perte ultérieure  lors de l’évolution dans le tissage de la toile. Cette dernière hypothèse ne paraît toutefois pas appliquable à Telema car elle construit des cocons ovigères et un édifice soyeux en nappe assez perfectionnés (confere supra). Par ailleurs, et comme je l’avais déjà évoqué sans toutefois connaître encore Telema tenella (Lopez,1977b), le spermatophore des autres Araignées pourrait avoir été remplacé, en cours d’évolution, par le produit sécrétoire des glandes épigastriques qui serait alors son équivalent.

Sur le plan systématique, il ressort que grace au spermatophore :

les genres Telema et Apneumonella peuvent être rapprochés l’un de l’autre dans le cadre d’une parenté étroite mise en doute par Lehtinen (1967) trop axé sur l’appareil visuel (nota X).

la famille des Telemides se trouve ainsi validée, non seulement par la  structure particulière des organes génitaux (Brignoli,1973) mais surtout par leur contenu.

elle est donc bien distincte de celle des Leptonetidae, auxquels  Fage (1913) les rattacha naguère, car ils possèdent un bulbe plus complexe, deux spermathèques symétriques  et surtout des gamètes mâles logés sans ordre apparent, dans une substance amorphe inorganisée (Fig   ).



Bibliographie
Alberti, G., 1988. - C.R.XIeme Coll.Arach.,Août 1988, Berlin, 1988, p.331.

Brignoli,P-M., 1973.- Frag.ent., 8 (5), p.247-263.

Fage,L., 1913.- Arch.Zool.exp.gen.,10 (Biospeologica ,29), p.479-576.

Lopez,A.,1977a.- Contribution à l'étude des caractères sexuels somatiques chez les mâles des Aranéides. Thèse Doctorat d' Etat es Sciences, Université des S ciences et Techniques du Languedoc, Montpellier, Avril 1977.
Lopez,A.,1977b(avec
H.Salvayre)- Bull.Soc.Et.Sci.nat.Béziers, N.S, IV, Vol.45, 1976,p. 17-26.

Lopez,A.,1977c.- Bull.soc.zool.France, 102, n° 3, p.261-266.

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