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ANATOMIE DES ARAIGNEES :
VINGT-CINQ ANS DE RECHERCHES
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1- Introduction
Il y a une trentaine d’années (Lopez,1978),
j’ai découvert tout un ensemble de petits organes glandulaires exocrines apparemment
métamérisés dans les coupes histologiques
du prosoma (céphalothorax) de Metepeira incrassata et de Leptoneta microphtalma
(Leptonetidae : grottes pyrénéennes, Ariège-Lopez,col.).
Je les ai retrouvés ultérieurement chez de nombreuses
autres Araneomorphae : Araneidae, Linyphiidae, Theridiidae, Oecobiidae (Lopez,1983 ; Lopez,1984).
Ces organes sécréteurs tégumentaires, sont pairs, symétriques, se
situant à la base de divers appendices, avérés ou présumés (chélicères, rostre, gnathocoxae), ainsi qu’au niveau des hanches
de la première paire de pattes ou P I (Metepeira).
Cette dernière localisation, où
elles s’associent étroitement avec les glandes coxales proprement dites, et leur emplacements baso-métamériques,
plaidaient initialement en faveur de “ glandes coxales sensu lato ”
ou « modifiées » (Lopez,1978 ; Lopez,1983) (Fig.1). Ma conception était d’autant
plus justifiée qu’à première vue et au faible grossissement, elles se présentaient comme des groupes de « vésicules »,
régulières ou sinueuses, baignant dans un espace hémolymphatique sous le tégument ventral et donc
très évocatrices de « saccules » coxaux.
Un peu plus tard (Lopez,1984), et faute de termes pouvant
traduire leur(s) fonction(s), encore inconnue(s), je les ai désignées
sous le nom de « glandes épidermiques
pluricellulaires segmentaires » qui paraît plus approprié L’ultrastructure de leur forme
rétro-gnathocoxale (Lopez,1988) permet de rapprocher la
plupart d’entre elles des glandes épidermiques à adénocytes de classe
3.
Ces organes, en particulier le dernier, semblent bien exister chez la plupart des Araignées étudiées et y présenter un développement d’une extrême variabilité, selon les familles et même les genres.
2- Description
Elles sont établies par les coupes histologiques en série qui montrent leurs cellules constitutives et canaux conducteurs traversant la cuticule, et confirmées par la présence d’orifices excréteurs visibles dans les membranes d’insertion au M.E.B.
Le genre américain Metepeira (Araneidae), surtout son espèce subsociale mexicaine M.incrassata (état de Vera-Cruz :
Lopez, col.) (galerie photographique) représente un matériel de choix pour leur étude car elles y sont particulièrement bien développées (Lopez,1978 ; Lopez,1983) et
surtout apparentes dans les coupes histologiques horizontales
(Fig.,1 à 3, 6 à 9
; Schéma 1).
L’Araignée souterraine Leptoneta microphtalma
(Leptonetidae)(grottes ariègeoises, Pyrénées : Lopez,col.), en possède
également de fort bien visibles (Lopez, 1978).
Elles sont au nombre de 5 paires, réparties dans les
zones pré et post-orales du prosoma (Schéma 1).
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| Schéma 1-Situation
des glandes segmentaires dans une coupe
horizontale composite du prosoma La première n'étant pas visible, les différentes autres paires sont numérotées de 2 à 6. 2 est figurée par projection dans la tige chélicérienne. 5 est la glande rétrognathocoxale |
| Cv, canal venimeux ; D,
dépression rostro-gnathocoxale ; Gc, première glande coxale ; Gr, glande
rostrale ; Gs, glandes "salivaires" ; M, muscles ; Op , "organe pharyngien"
; P, pharynx ; P I, première patte ambulatoire ; R, rostre ; T, tige
chélicérienne (paturon). D'après Lopez, 1978, Cptes rendus
Acad.Sci.Paris. |
La première paire (1) n’a été observée jusqu’ici
que chez la seule Metepeira incrassata. La plus antérieure et la
plus discrète, elle est placée devant les glandes venimeuses et siège au fond de la dépression séparant les tiges chélicériennes (paturons) du surplomb oculaire (Fig.1).
La deuxième (2)
est surtout visible chez Leptoneta microphtalma ; elle se loge sous le sillon rostro-chélicérien, au niveau de la base du paturon (tige).
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| Fig.1 - Metepeira incrassata : première paire (1), au-dessous des yeux. |
Fig.2 - Metepeira
incrassata : deuxième paire (2),
à la base des chélicères
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| C, cuticule
; Ed, épiderme pigmenté ; Dc, cellule canaliculaire
; Ex, cavité extracellulaire ("réservoir") contenant le canalicule récepteur
(flèche) ; N, noyau d'adénocyte. Flèche : canalicule excréteur. |
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La troisième (3) est située dans la partie postéro-supérieure
et latérale du rostre, près de son muscle transversal et s’ouvre sur le versant interne
de la dépression
rostro-gnathocoxale. Son bord postérieur entre en
rapport avec le bord antérieur de l’ «organe pharyngien» auquel Millot (1936) attribuait
un rôle sensoriel gustatif.
La quatrième (4) , contiguë à la précédente,
siège dans la partie postéro-interne de la lame maxillaire (gnathocoxa) et s’ouvre sur le versant externe
de la dépression
rostro-gnathocoxale.
Toutes deux peuvent contracter
des rapports de voisinage étroit avec le pharynx, les glandes
"salivaires", des nerfs et des fibres muculaires striées (Fig.3).
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| Fig.3 - Metepeira
incrassata : deuxième (2) et troisième (3)
paires, à la base du rostre |
| Gn, gnathocoxe, glandes "salivaires"
; Gs, glandes segmentaires ; M, muscle ; R, rostre. |
La cinquième paire (5)
est la plus postérieure, celle qui atteint le plus grand volume et
est presque toujours mieux visible que les autres chez la plupart des Araignées.
Il s’agit d’une formation
anatomique paire, symétrique, logée dans la partie ventro-latérale
du prosoma (Fig.4) immédiatement
derrière la gnathocoxa, d'où son qualificatif de
rétrognathocoxale. Baignant dans un sinus hémolymphatique elle entre en rapport avec la masse nerveuse sous-oesophagienne
(ganglions), des diverticules intestinaux, des muscles, du tissu réticulé
(Fig. 4, 6 à 11) et les glandes "salivaires"
"sexuelles" chez certains mâles de Linyphiidae (Fig.10).
Elle s’ouvre enfin dans ou contre la membrane souple unissant la gnathocoxa au bord antérieur du sternum et à la hanche (coxa) de P I. Ce débouché n’a été observé
en M.E.B. que chez Leptoneta. (Fig.5).
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| Fig. 4 - Leptyphantes sanctivincentii, femelle : coupe transversale du prosoma. Localisation de
la 5 eme paire. |
| M, muscles ; N, masse nerveuse
; Op, oesophage ; PI, coxae premières pattes ; Rg et flèches, glandes rétrognathocoxales (5) ; V, glandes à venin. |
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| Fig. 5 -Leptoneta microphtalma
: Localisation de la crypte rétrognathocoxale.
M.E.B. |
| Cy, orifice en fente de la crypte
; Gn, gnathocoxe ; S, sternum. Flèche : languette |
Une 6eme paire (6) est présente chez Metepeira incrassata à la base
de P I et s'y associe au canal et à l'ouvertutre
de la glande coxale proprement dite (Schéma
1, Fig.6,7).
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| Fig. 6- Metepeira incrassata : 6eme paire (S6,flèche) |
Fig.7 - Coupe
voisine, détail. |
| Cx,
glande coxale ; D, son canal excréteur ; Di, diverticule in,testinal
; Ex, cavités extracellulaires dilatées ; Gn, gnathocoxa ; M, muscle
; N, ganglion nerveux ; S6, glande de la 6eme paire
soulignée par une flèche |
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2.2.- Structure générale
Leur structure d’ensemble paraît assez homogène
en microscopie photonique, quelle que soit la localisation.
Les glandes
segmentaires, du moins 3, 4 et 5
se présentent comme de petits organes faisant partie de l’épiderme ventral
qu’ils exhaussent en «grappe» ou «coussinet » plus ou moins saillant.
D’aspect compact ou alvéolaire, en « nid d’abeille », ils mesurent
jusqu’à 130 µm de diamètre et 80 µm d’épaisseur, surtout dans le cas de la paire rétrognathocoxale (5), et baignent dans un espace
hémolymphatique.
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| Fig. 8 - Metepeira incrassata : 5eme paire
(glande rétro-gnathocoxale) |
Fig. 9- Détail
de la précédente |
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| C, cuticule ; Di, diverticule in,testinal
; Ed, épiderme pigmenté ; Gn, gnathocoxa et son coussinet glandulaire
(Cg) ; M, muscle ; N, ganglion nerveux ; Rg, glande rétrognathocoxale ; Tr, tissu réticulé. La flèche désigne
un canalicule excréteur. |
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| Fig. 10- Leptyphantes, mâle : 5eme paire |
Fig. 11-Argyrodes sp. : 5eme paire |
Fig. 12- Poecilopachys australasia : 5eme paire |
| C,
cuticule ; Dc, cellules canaliculaires ; Ed, épiderme pigmenté ; Ex,
cavité extracellulaire dilatée; Gs, glande "salivaire" "sexuelle" ; M,
muscle ; N, ganglion nerveux Rg, glande rétrognathocoxale
(5eme paire) ; Tr, tissu réticulé.
Flèches : languette (Fig.6) et canalicules
(Fig.7) |
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2.3.- Histologie
La structure histologique de ces
organes exocrines paraît assez uniforme. En effet , chacun d’eux est constitué
par un ensemble de gros adénocytes, de cellules « satellites » et de canalicules excréteurs ayant toujours le même aspect,
quelle que soit la loclisation considérée.
Les adénocytes sont des éléments réguliers, très allongés (jusqu’à 80 µm chez Uroctea durandi) plus ou moins prismatiques, en «palissade», ou ayant l’aspect de «vésicules» piriformes, ovoïdes, parfois sinueuses, dont les extrémité apicales s’effilent en convergeant vers la cuticule sus-jacente. Le quart basal renferme un gros noyau vésiculeux, à nucléole très apparent et à chromatine marginale. Le cytoplasme est acidophile, vacuolisé et semble contenir, dans ses ¾ supérieurs, une cavité en «réservoir» oblong avec de vagues stries marginales ou dilaté, alors responsable de l’aspect «vésiculaire». Dans cette cavité, qui est en fait extracellulaire et parfois trés dilatée (Fig.9 à 11,14), se loge un grêle canalicule oxyphile, plus ou moins pelotonné sur lui-même et se dirigeant vers la cuticule dans l’apex adénocytaire.(Fig. 2,14).
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| Fig. 13- Leptyphantes sanctivincentii : détail de
la 5eme paire. Aspect vésiculaire |
Fig.14 - Metepeira incrassata : détail de la 3eme
paire. |
| C, cuticule
; Dc, cellules satellites ; Ex, cavités extracellulaires ("vésicules")
; N, noyaux. Flèches : nucléoles (Fig.13) et canalicules (Fig.14).
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Les cellules « satellites »sont logées entre les adénocytes qu’elles paraissent soutenir.
Elles sont individualisées par un petit noyau oblong, à chromatine dense. Leur
cytoplasme est très aplati et peu visible.
Les canalicules excréteurs sont seulement bien visibles
sous la cuticule, au point de convergence des
apex adénocytaires dont ils se sont dégagés, et
en groupe plus ou moins serré (Fig.11,12). Ces conduits
traversent ensuite la cuticule . Elle s’invagine à leur niveau
pour former une crypte au fond de laquelle s’ouvrent
les pores excréteurs et que surplombe une languette en auvent masquant ces orifices
(Fig.11).
2.4.- Ultrastructure
La structure fine n’a pu être
explorée que dans le seul cas de la paire rétrognathocoxale (5) car elle est la plus volumineuse,
la plus accessible et, semble-t-il, la plus constante.
Nous avons utilisé comme matériel d'étude Leptyphantes sanctivincentii
(Simon) (Linyphiidae) (grotte de Cailhol,
Minervois : Ouest de l’ Hérault, France) et l’avons examiné en M.E.T. au
Laboratoire souterrain de Moulis (Note 1).
Nos recherches montrent que cellules et canaux
sont réunis en unités anatomo- fonctionnelles
toutes semblables. Chacune de ces unités
se compose d’une cellule sécrétrice
ou adénocyte et d’un appareil
cuticulaire avec deux cellules
salellites (canaliculaires) non sécrétrices (Lopez, 1988)
(Schéma 2).
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| Schéma 2.- Unité anatomo-fonctionnelle de la glande segmentaire rétro-gnathocoxale |
| C, cuticule ; Cc1, cellule
canaliculaire proximale; Cc2, cellule canaliculaire distale; Cd, canalicule
conducteur ; Cm, corps myéloïde ; Cr, crypte ; Ex, cavité extra-cellulaire
; G, dictyosome (Golgi) ; L, languette ; M, matériel dense ; Mt, mitochondrie
; Mv, microvillosités ; N, noyau ; R, réticulum ; Rd, canalicule récepteur
; V, vésicule |
2.4.1.- Adénocyte
Il s’agit d’une grosse cellule allongée, rétrécie dans sa partie apicale,
nettement plus large dans la basale et longue d’environ 40 µm. Ses
contours sont réguliers car elle ne s’engrène pas sur les autres adénocytes et les cellules satellites.
Son pôle basal
est convexe, non indenté par des replis du plasmalemme et repose sur une lame fibrillaire très mince l’isolant du
sinus hémolymphatique.
En revanche, son pôle apical présente une grande invagination de l’espace extracellulaire en «cul de sac» occupant le grand
axe adénocytaire, et renferme un canalicule récepteur en position centrale.
Cette cavité correspond bien
à celle des coupes histologiques, est exiguë dans la partie rétrécie («réservoir») où se loge le canalicule (Fig.8) mais s’élargit
beaucoup dans la partie basale évasée («vésicule») (Fig.11).
Elle est bordée par des microvillosités, responsables de la «striation »
vue en microscopis photonique, longues, grêles, flexueuses et contenant
des microfilaments longitudinaux disposés en couronne
périphérique. Les microvilli de la partie basale sont assez peu
nombreuses, irrégulières, dispersées, inégalement espacées et semblent
“ flotter ” dans la cavité extracellulaire. En revanche, les microvilli apicales sont beaucoup plus nombreuses,
régulières, très serrées, souvent incurvées et adoptent alors une
disposition «tourbillonnante» autour du canalicule. Elles prennent contact avec ce dernier
par leur extrémité libre qu’occupe une densification osmiophile (hémidesmosome) due à la convergence des microfilaments qui s’y reploient et semblent en
quelque sorte l’ «amarrer» au cytoplasme pour le maintenir en place
(Fig.12,11).
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| Fig. 15- Glande rétrognathocoxale : cavité extracellulaire
et microvilli. M.E.T. |
Fig. 16 - Glande rétrognathocoxale : canalicule récepteur
et microvilli. M.E.T. |
| Ex, cavité
extracellulaire ; G, appareil de Golgi (dictyosome) ;
Mt, mitochondrie ; Mv, microvillosités ; P,
plasmalemmes accolés ; Rd, canalicule récepteur avec sa couche externe
(Et) et sa couche interne (It) ; V, vésicules (hyaloplasme, canalicule).
Flèches jaunes (Fig.) : hémidesmosomes des microvilli. |
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Le noyau siège dans le pôle basal, est sphérique
et d’assez grande taille (8µm). Il renferme un nucléole d’aspect réticulé et une chromatine finement granuleuse, condensée en
rares blocs périphériques, tendant surtout à se disperser dans le
nucléoplasme. Dans les coupes tangentielles à
son enveloppe, il montre aussi des pores nucléaires de fréquence moyenne, avec
un canal central parfois discernable (Fig.17,18).
Le réticulum endoplasmique est abondant
et granuleux. Il se compose de quelques
groupes de cisternae aplaties,
plus ou moins sinueuses et surtout, de vésicules
de taille très variable, portant quelques ribosomes à leur surface et renfermant
un matériel granuleux peu dense aux électrons qu’elles vont déverser
par exocytose dans la cavité extracellulaire (Fig.18) entre
les pieds des microvilli.
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| Fig. 17- Glande rétrognathocoxale : noyau et autres
organites. M.E.T. |
Fig. 18 - Glande rétrognathocoxale : noyau et autres
organites. M.E.T. |
| Cm, corps myéloïde
; En, enveloppe nucléaire ; Ex, cavité extracellulaire ; G, appareil
de Golgi (dictyosome) ; L, lysosome ; N, noyau ; Nu,
nucléole ; P, plasmalemmes accolés ; V, vésicules . Flèches
jaunes (Fig.) : pores nucléaires. Flèches rouges
: matériel lamellaire dans le Golgi. |
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L’ appareil
de Golgi se compose d’un grand nombre de petits
dictyosomes siégeant dans la région
basale au voisinage du noyau. Chacun d’eux
est formé par l’empilement de quelques saccules
qu’entoure un essaim de petites vésicules
(Fig.17 à 20). Ces dernières ont un contenu
osmiophile et paraissent fusionner en granules
sphériques, migrant vers le pourtour de la cavité
extracellulaire où ils se déchargent encore par exocytose, comme les vésicules du réticulum endoplasmique. Certains des saccules golgiens subissent une dilatation
importante et renferment alors un matériel d’aspect lamellaire (Fig.17
à 19,flèches).
Le chondriome est formé par des
mitochondries allongées, légèrement flexueuses,
pourvues de fines crêtes parallèles et se dispersant dans tout le cytoplasme.
Ce dernier renferme
aussi d’autres organites : ribosomes libres (polysomes), microfilaments
parallèles au grand axe de la cellule, quelques lysosomes secondaires et surtout, des inclusions feuilletées particulières issues du matériel lamellaire
des saccules golgiens. Ces inclusions
sont des masses arrondies, compactes ou excavées, formées par un ensemble
de lamelles onduleuses très fines, superposées concentriquement et
présentant ainsi un aspect de corps «myéloïde»
ainsi nommé car il évoque une gaine de myéline
(Fig.18 à 20). Elles se retrouvent parfois
dans la cavité extracellulaire après
extrusion (Fig.20).
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| Fig. 19 - Glande rétrognathocoxale : organites adénocytaires.
M.E.T. |
Fig. 20 - Glande rétrognathocoxale : organites adénocytaires.
M.E.T. |
| Cm, corps
myéloïde ; Ex, cavité extracellulaire ; G, appareil de Golgi (dictyosome)
; Mt, mitochondrie ; Mv,
microvillosités ; N, noyau ; P, plasmalemmes accolés ; V, vésicules.
Flèche rouge (Fig.19) : matériel lamellaire dans le Golgi. |
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2.4.2.- Appareil
cuticulaire
Il comporte un canalicule
récepteur plongeant dans la cavité
extracellulaire de l’adénocyte
(Schéma 2, Fig.16,21) et le canalicule conducteur entouré par ses cellules satellites (enveloppes ou canaliculaires) (Schéma 2, Fig.21,22),
tous deux ainsi nommés d’après la terminologie que Quennedey et Brossut
(1975) ont adoptée pour les glandes d’Insectes.
2.4.2.a-Canalicule
récepteur
Il est entièrement logé dans la cavité extracellulaire de l’adénocyte, présente quelques sinuosités et
se termine en cul-de-sac.
Sa paroi est formée par deux couches vraisemblablement épicuticulaires : l’une externe, épaisse, ajourée, spongieuse, d’aspect
réticulé ; l’autre interne, beaucoup plus mince, homogène, dense
et presque entièrement fenestrée (Fig.16,21). Les microvillosités adénocytaires apicales viennent s’ancrer
par leurs hémidesmosomes sur la couche externe, l’amarrant ainsi à la cellule sécrétrice, tandis que celles de la
partie basale en restent séparées (Schéma 2).
La lumière étroite peut contenir des vésicules ou des lamelles de corps myéloïdes en provenance de la cavité extracellulaire.
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| Fig. 21 - Glande rétrognathocoxale : canalicules.
M.E.T. |
| Cd, canalicule conducteur ; Ex,
cavité extracellulaire ; M, matériel osmiophile ; Mt, mitochondrie ;
Mv, microvilli ; Rd, canalicule récepteur ;V, vésicules . Flèches : hémidesmosomes
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2.4.2.b-Canalicule conducteur
Prolongement du récepteur, il a une paroi homogène, fomée d’épicuticule continue et faisant suite à la couche interne du précédent dont l’épaisseur triple
brusquement (Schéma 2, Fig.21,22).
Il est d’abord inclus dans un «manchon»
que forme l’adénocyte
en se rebroussant
à l’apex de sa cavité extracellulaire, ainsi fermée de toutes parts (Schéma 2).
Il s’engage ensuite dans deux cellules-enveloppes en y décrivant un trajet sinueux.
Sa lumière est ovalaire en section transversale
et présente un calibre régulier (diamètre maximum : 0,3 µm).
En revanche, l’épaisseur de sa paroi, d’abord réduite au niveau de la
première cellule-canalaire, augmente considérablement dans la
seconde. Cette paroi reste lisse autour de la lumière mais est remaniée
du côté cytoplasmique par l’adjonction remarquable d’un matériel abondant,
très dense, osmiophile, distribué en mottes arrondies, plus ou moins
confluentes, conglobées et qui le bossellent.irrégulièrement (Fig.21,22, Schéma 2). Ce matériel peut être assimilé
à de la mésocuticule car il semble se colorer en rouge
par la méthode de Mallory dans les coupes histologiques.
Le canalicule conducteur et ses homologiues des unités adjacentes convergent tous au fond
d’une dépression ou crypte cuticulaire que surplombe bien une languette en auvent de même nature. Le fond de cette
crypte est réduit à de l’épicuticule, l’endocuticule s’interrompant brusquement sur ses
parois latérales.
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| Fig.22 - Glande
rétrognathocoxale : canalicules conducteurs, cellules-enveloppes.
M.E.T. |
| Cc1, cellule canaliculaire proximale
; Cc2, cellule distale ; Cd, canalicule conducteur ; J, méso et desmosome
; M, matériel dense ; Mt, mitochondrie; N, noyau. |
La crypte et sa languette peuvent être repérées
au microscope à balayage sur la surface tégumentaire (Fig. 5)
2.4.2.c-Cellules
canaliculaires ou cellules-enveloppes
Les deux
cellules canaliculaires faisant partie
de chaque unité fonctionnelle peuvent
être qualifiées de proximale et distale. Elles accompagnent le canalicule conducteur depuis l'adénocyte jusqu'à sa terminaison.
La cellule proximale
repose directement sur l'adénocyte, lui
est unie par un desmosome zonaire et des
jonctions septées mais le sépare d'une grande
partie des autres cellules sécrétrices en
émettant des expansions cytoplasmiques aplaties.
La cellule distale surmonte
la précédente et englobe le conduit jusqu'à son ouverture dans la crypte cuticulaire (Schéma 2). Elle entre
en rapport avec les cellules épidermiques
voisines.
Ces deux cellules canaliculaires
sont trés allongées et ont des contours irréguliers.
Leur noyau, seul visible
dans les coupes histologiques, se siitue près du canalicule conducteur (cellule
distale) (Fig.22) ou, au contraire, s'en éloigne
beaucoup (cellule proximale)(Schéma 2). Généralement
ovoïde, il peut être aussi incurvé ou anguleux. Sa chromatine abondante forme des mottes périphériques
compactes et son nucléole est également
trés dense.
Le cytoplasme est réduit,
surtout dans le cas de la cellule distale,
et dépourvu de toute activité sécrétoire. Il contient quelques vésicules de réticulum,
des ribosomes libres, des microtubules et des microfilaments
parallèles au grand axe cellulaire.
Chaque cellule entoure
le conduit comme un manchon et se referme
sur elle-même, déterminant ainsi l'apparition d'un méso. Ce dernier est complété par un desmosome qui se situe à un niveau variable entre
les faces affrontées de la cellule canaliculaire
(Fig. 22).
2.5.- Variations
Recherchée seule dans un grand nombre
de familles, la glande segmentaire rétrognathocoxale peut être très réduite (Agelenidae, Pisauridae). Ses adénocytes sont alors
logés entièrement dans l’épaisseur de l’épiderme qu’ils ne bossellent pas et tendent
à se disperser entre les cellules épithéliales.
Au point de vue anatomique, les organes segmentaires
du céphalothorax sont des glandes exocrines pluricellulaires fondamentalement
semblables malgré des différences de taille,
de nombre et, plus accessoirement, de forme.
Elles entrent dans le cadre des glandes tégumentaires anatomiquement définies au sens de Noirot et Quennedey (1974,1991) et constituées, si l’on en juge par l’ultrastructure de l’organe rétro-gnathocoxal, d’unités fonctionnelles identiques dont l’adénocyte se rattache à la classe 3 telle que les deux précédents auteurs l’ont conçue pour les Insectes.
Selon toute vraisemblance, l’ultrastructure des
autres glandes segmentaires prosomatiques
doit être semblable à celle de l’organe
rétro-gnathocoxal car leur aspect histologique est strictement
identique.
Il est à noter que l’ «organe
pharyngien » de Millot (1936), voisin de la paire-basirostrale
(III), lui ressemble étrangement par son aspect histologique, surtout
chez les Oecobiidae (Uroctea durandi) (Fig. ), et probablement
aussi par sa structure fine. Cet organe, que l’on ne peut plus considérer
comme sensoriel, présente en effet dans les coupes un même aspect de glande épidermique anatomiquement définie comportant
des adénocytes de classe 3 avec
appareil terminal, canalicules récepteur, conducteur
et cellules-enveloppes ou canalaires (Lopez,1984).
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| Fig. - Uroctea durandi : "organe
pharyngien", coupe frontale. |
Fig. - Uroctea durandi : "organe
pharyngien", coupe oblique. |
| A, adénocytes
; C, cuticule du pharynx ; Cc1, cellule canaliculaire
proximale ; Cc2, cellule canaliculaire distale
; N, noyau adénocytaire ; O, orifices excréteurs ; P, cavité du pharynx.
Flèches : canalicules récepteurs et appareils terminaux. |
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Certains des caractères ultrastructuraux sont particulièrement
frappants dans la localisation rétro-gnathocoxale :
►rapports très étroits entre certaines des microvilli et le canalicule
récepteur, cette cohésion pouvant empêcher des déplacements excessifs du canalicule lorsque
le réservoir change de volume, et faciliter aussi un transfert de
substances à partir du cytoplasme
►richesse de l’adénocyte en reticulum endoplasmique et surtout en dictyosomes témoignant d’une activité sécrétoire intense. Ce Golgi présente un aspect particulier qui rappelle celui de la glande mandibulaire de Blaberus(Insectes Dictyoptères) (Quennedey & Brossut,1975).
►présence remarquable de corps myéloïdes, ici d’origine golgienne. Ces inclusions paraissent absents dans toutes les autres glandes d’ Araignées mais ont été souvent décrits chez les Insectes, dans des organes tégumentaires aussi variés que les taxons zoologiques auxquels ils appartiennent :
∙la spermathèque du Thysanoure Thermobia domestica (Bitsch,1981)
∙la glande labrale de l ‘Isoptère Schedorhinotermes (Quennedey,1975)
∙les glandes mandibulaires et tergales des Dictyoptères Blattaria (Quennedey & Brossut,1975 ; Brossut & al., 1975 ; Sreng,1979)
∙les glandes à phéromones du Névroptère Chrysopa perla (Wattebled & al.,1978)
∙les glandes défensives pygidiales des Coléoptères Carabides Brachinus crepitans (Schnepf & al.,1969) et Pterostichus madidus (Forsyth,1970), Ténébrionide Eleodes longicollis (Eisner & al., 1964)
∙les glandes mandibulaires de l’Hyménoptère Bombus (Stein,1962)
∙les glandes de Dufour et les glandes de marquage territorial des Hyménoptères Formicoidea (Bazire-Benazet & Zylberberg,1979 ; Billen,1986)
Ces corps (inclusions) myéloïdes ou multilamellaires pourraient avoir une fonction lysosomale et être ainsi impliqués dans l’autophagie cellulaire, mais représenter également des figures de sécrétion. Leur passage vers les canalicules récepteurs rappelle d’ailleurs l’observation de Sreng (1979) sur les glandes tergales de Blatella.
Les images particulières que crée le dépôt
localisé d’un matériel
dense au contact des canalicules conducteurs
n’ont été observées chez aucune autre
Araignée ou Insecte adulte. Tout au plus évoquent-elles
certains aspects de la spermathèque en formation chez la nymphe du Coléoptère Tenebrio molitor ( Happ & Happ,1970).
.La nature chimique
de la sécrétion rétrognathocoxale,
et donc segmentaire, est encore inconnue,
l’étude ultrastructurale ne fournissant pas de renseignement décisif
sur la compétence biosynthétique des adénocytes,
et n’ayant d’ailleurs pas concerné ;
Il s’agit vraisemblablement
d’un produit complexe, peut être comme dans certaines glandes exocrines de Blattes (Brossut & Steng,1985). La sécrétion rétrognathocoxale de Leptyphantes paraît
consister en un mélange du contenu des vésicules du réticulum,
de celui – plus dense- des petites vésicules golgiennes, de vésicules réticulaires libérées in
toto et de corps myéloïdes.
Ces derniers, de nature lipidique ou glycoproteinique comme Noirot et
Quennedey (1974) l’ont envisagé chez les Insectes,
pourraient être beaucoup plus nombreux encore à un autre stade sécrétoire
et correspondre alors à une phase de «stockage» comme dans les vésicules
à phéromones du mâle de Chrysopa (Wattebled & al.,
1978).
Au point de vue fonctionnel, le rôle joué par la sécrétion rétrognathocoxale ne peut donner lieu qu’à des conjectures
car la région prosomatique où elle est émise n’a jamais attiré l’attention
des éthologistes par un trait comportemental qui la mettrait en jeu.
Il en est de même pour les autres glandes segmentaires céphalothoraciques,
enfouies dans des replis peu accessibles.
Une fonction lubrificatrice paraît peu plausible
à ce niveau.
En revanche, si l’on tient compte des seuls caractères
ultrastructuraux, il paraît logique d’envisager
une élaboration de sémiochimiques par comparaison avec les glandes
tégumentaires des Insectes : allomones ou, plus vraisemblablement, substances à action phéromonale.
Le fait que les glandes segmentaires
existent déjà chez les immatures et sont semblables chez le mâle et
la femelle adultes .n’est pas en faveur de leur intervention dans la
vie sexuelle.
Nous pourrions plutôt admettre qu’elles
entrent en jeu dans la reconnaissance intra-spécifique.
Au point de vue ontogénique, les glandes segmentaires présentent un intérêt majeur car du fait de leur emplacement, elles confirment et précisent la segmentation originelle fondamentale du prosoma, surtout dans sa partie céphalique.
On sait en effet que la métamérisation et les appendices de la région antérieure
du céphalothorax aranéidien suscitent des problèmes ardus, déjà abordés par l’étude du
développement embryonnaire, des sacs coelomiques, de l’innervation
et de la musculature (Legendre, 1959) mais non
définitivement résolus (Legendre, 1971). Une approche nouvelle
peut en être tentée par le biais des glandes « coxales sensu lato » qui apparaissent comme le rappel
d’une segmentation primitive dont elles sontles témoins fidèles.
Comme dans le cas de la glande acronale (ex clypéale) (confere supra),
il est encore prématuré d’émettre une hypothèse sur les rapports de
I avec l’acron tant sa réduction en rend l’étude
délicate.
En revanche les I I assurent un statut d’appendices
« complets » aux chélicères dont le somite est ainsi mieux individualisé
par ses glandes basales métamériques.
L’existence des III à la base du rostre confirme la dualité de cet organe,
djà évoquée à propos de sa glande
rostrale (confere supra) fondamentalement paire, ainsi que la nature
appendiculaire des ébauches parabuccales se rejoignant en avant de la
bouche pour lui donner naissance. L’organe pharyngien adjacent pourrait lui aussi en
être un témoignage.
Les deux derniers couples
de glandes, IV et V, appartiennent au somite
du pédipalpe territoire sensé résulter de la fusion de deux
ébauches : le segment pédipalpaire proprement dit et le « segment fugace » de Legendre (1959,1971).
Cette interprétation se trouve donc sérieusement corroborée par les rapports
que chaque lame maxillaire contracte avec les deux
glandes « coxales
sensu lato » qui lui
sont rattachées.
Il est intéressant
de rappeler enfin ici que d’autres glandes tégumentaires présentant un aspect histologique
voisin et les mêmes composants ultrastructuraux unitaires (adénocytes de classe 3, appareil cuticulaire) siègent ailleurs dans le corps
de l’Araignée : plastron céphalothoracique, avec la glande labiosternale des Theridiosomatidae, mais surtout dans l’abdomen donc cette fois à distance du
prosoma.
En effet, et comme nous l’avons
souligné lors d’un congrés (Lopez,1986),
elles se rencontrent dans la région pédiculaire, partie la plus antérieure de
l’opisthosoma, dans les atria respiratoires (trachées et poumons), dans la région épigastrique ou génitale des deux sexes (épigyne femelle, «épiandre» du mâle avec
son appareil épigastrique) et jusque dans la base des
filières où débouchent les glandes séricigènes.
Toutes ces glandes ne sont pas dispersées au hazard
dans l’épiderme
mais ont une
localisation caractéristique bien particulière : ventrale, généralement
bilatérale, donc paire, et symétrique qui n’est pas sans rappeler certaines
structures des Palpigrades
(«glandes latérales» :
Millot,1942) et des Pseudoscorpions (Heurtault, com.pers.). Comme
les organes
segmentaires prosomatiques, elles
sont, à l’évidence métamériques, probablement aussi appendiculaires
et pourraient donc se rattacher aux précédents
en un seul et même ensemble anatomique.
| Metepeira incrassata
(Araneidae : Araneinae) |
|
|
Couple sur une nacelle de la toile communautaire.
M, mâle; F,femelle.
Fortin de las Flores, Mexique.
Photo A.L.
|
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