ANATOMIE  DES  ARAIGNEES  :
                        VINGT-CINQ  ANS  DE  RECHERCHES  
                                       



 Pédipalpes

Tube séminifère et glande palpaire

1 - Généralités

                Les pédipalpes (palpes ou pattes-mâchoires) des Araignées représentent la deuxième paire d’appendices prosomatiques. Ils sont situés entre les chélicères (première paire) et les pattes ambulatoires (Fig.1).
   
Appendices Theraphosa
Fig.1- Theraphosa leblondi  (Guyane) : femelle, vue antéro-dorsale.  Photo Lopez, 2400
  Pd, pédipalpes ; Ch, chélicères ; Tr, trochanter ;  F, fémur, P, patella, Tb, tibia, Mt, métatarse, Ta, tarse de pattes ambulatoires 
 

           Alors que ces dernières sont formées de 7 articles (hanche ou coxa, trochanter, fémur, patella, tibia, métatarse ou basitarse, tarse avec un prétarse de 2 à 3 griffes), (Fig.1,Schéma 1), les pédipalpes n’en comportent que 6 : gnathocoxa, trochanter, fémur, patelle, tibia et tarse muni d’1 griffe chez les femelles seulement (Schéma 2).
                                          

Patte schema
Schema palpe femeller

                             Schéma 1- Patte ambulatoire d'Araignée et ses articles
Schéma 2.- Palpe d'Araignée femelle et ses articles
Co, coxa ; Gn, gnathocoxa ; Tr, trochanter ;  F, fémur ; P, patella ; Tb, tibia ; Ta, tarse ; Mt, métatarse ; Ta, tarse ; Gr, griffe(s) tarsale (s).


           Chez toutes les Araignées mâles, et quelle que soit leur position systématique, les deux pédipalpes sont différenciés à leur extrémité tarsale en un organe d’accouplement « hautement original, sans équivalent direct dans les autres groupes animaux » (Millot,1968).

Comparé par R.Legendre à un minuscule « gant de boxe », il permet de reconnaître  un mâle d’Araignée d’emblée, « …at a glance… »(Snodgrass,1965) (Fig.2 à 7), alors même que ce dernier est encore immature (Figs.4).


Palpes Pholcus
Palpes Archaea
Palpes Araniella
Fig. 2 - Pholcus phalangioides, mâle : vue latérale droite
Fig. 3 - Archaea sp., mâle (Madagascar) : vue latérale droite.
Observer le prosoma trés élevé et ses chélicères falquées.
 Fig. 4 - Araniella cucurbitina, mâle immature  vue ventrale
P,  palpes avec leur renflement  bulbaire caractéristique

                                         

Palpes Tégénaire
Palpes Araneus
Palpes Erigone
Fig. 5 - Tegenaria parietina, mâle : vu de face
Fig. 6 - Araneus sp. , mâle :  vue ventrale.
Fig. 7 - Erigone dentipalpis, mâle : vue latérale gauche.
 P,  palpes avec leur renflement  bulbaire caractéristique et des apophyses (Fig.7).


Sa taille est parfois si considérable (certains Theridiidae tels Tidarren fordum  Keys., Echinotheridion) qu’il constituerait  pour l’animal un « handicap » le contraignant à amputer l’un des deux renflements tarsaux avec ses chélicères lors de l’avant-dernière mue (Chamberlin & Ivie,1934) (Schémas 3,4)
.                                                                                   

Tidarren
Echinotheridion
Schéma 3 - Tidarren mâle à palpe unique (P)
(d'après Chamberlin et Bonnet)
 Schéma 4 - Echinotheridion mâle à palpe unique (P)
(d'après Levi)

    
     
 

         Comme le prouve sa musculature, l’organe copulateur n’est autre que le segment apical (prétarse) du pédipalpe qui a subi un développement  quasi-extravagant alors qu’il se réduit chez la femelle à la seule griffe palpaire (Schéma 2).

Il est essentiellement constitué par un bulbe copulateur globuleux ou piriforme qui s’effile à son sommet en un style ou embolus jouant le rôle de pénis et repose sur  une alvéole du tarse modifié rappelant par sa forme une « cuiller », le cymbium, que complète parfois un paracymbium. Ces deux composants représentent la quasi-totalité de sa structure chez les  Araignées Haplogynes et Orthognathes (Schéma 5, Fig.8 à 10).


Palpe Haplogyne
Palpe Leptoneta
Palpe Ochyrocera caerul.
Bulbe Ochyrocera thib.
Schéma 5- Aspect général d' un palpe d'Araignée haplogyne et son bulbe
Fig.8 - Leptoneta infuscata minos : palpe entier, avec bulbe. M.E.B. Fig. 9-Ochyrocera  caeruleoamethystina
    palpe entier,  bulbe.  M.E.B.
Fig.10-Ochyrocera  thibaudi : bulbe.  M.E.B.
B, bulbe et son style S ;  F, fémur ; P, patella ; T (Tr), trochanter ;  Ta, tarse ;  Tb, tibia ; Ts, tube séminifère (vu par transparence).



 Mais l’organe peut être beaucoup plus complexe  dans le cas des Entélégynes où il comporte également des pièces chitineuses rigides, les sclérites,  ainsi que des parties molles fibro-élastiques, en coussinet extensible,  chacune appelée haematodocha. Les sclérites ont des noms particuliers : conducteur qui soutient le style, tegulum, subtegulum, apophyses terminale et médiane, stipes, radix…auxquels s’ajoutent des prolongements variés (apophyses, crochets…) des autres articles du palpe (hanche, fémur, patella, tibia) (Schéma 6, Fig.11 à 13).


Palpe Entelegyne
Palpe Argyrodes
Bulbe Argyrodes
Bulbe Anelosimus
Schéma 6 - Aspect général d' un palpe d'Araignée entélégyne  et son bulbe
Fig.11 - Argyrodes cognatus : palpe entier, avec bulbe. M.E.B.
Fig.12 -Argyrodes cognatus :  bulbe isolé, autre vue. M.E.B.
Fig.13- Anelosimus eximius : bulbe isolé. M.E.B.
A, alvéole ;Am, apophyse médiane ; B, bulbe et son style S ; Co(Cd), conducteur ; Cy (tarse, cymbium) ; Gn, gnathocoxa ; H, haematodocha ; P, patella ; Ra, radix ;Ta, tarse ;  Tb, tibia ;   Te, tégulum ; Sp, stipes ; St, subtegulum ;  Ts, tube séminifère (vu par transparence).

                                   

            Leurs formes et dispositions varient d’un groupe taxonomique à l’autre, y compris entre les espèces d’un même genre ; elles sont ainsi d’une diversité prodigieuse n’ayant d’égale que celle de l’épigyne femelle et, de ce fait, largement utilisée en systématique. Au repos, les haematodochae sont  collabées et les pièces chitineuses juxtaposées. Lors de l’accouplement ou par artifice expérimental, les premières deviennent turgescentes sous la pression  hémolymphatique, dressant alors les sclérites qui se disjoignent et les faisant saillir, ainsi que l’embolus, au-dessus de la surface de l’organe copulateur (Schémas 7 à 10).
                           


Bulbe Linyphia

Bulbe Linyphia exp.
Bulbe Eriophora
Bulbe Eriophora exp.
Schéma 7 - Linyphia sp. : bulbe "au repos"
Schéma 8 - Même bulbe en expansion Schéma 9- Eriophora sp : bulbe "au repos"
 Schéma 10 - Même bulbe  en expansion
Am, apophyse médiane ; At, apophyse terminale ; Co(Cd), conducteur ; Cy (tarse, cymbium) ; Gn, gnathocoxa ; H, haematodocha ; P, patella ; Pc, paracymbium ; Ra, radix ; S,  style ; Ta, tarse ;  Tb, tibia ;  Te, tégulum ; Sp, stipes ; St, subtegulum .


          Le
style ou embolus  a une disposition trés variable et se rattache, d’après Comstock (1912), à deux grands types. Dans le type conné, il n’est pas séparé de la partie moyenne du bulbe et  se présente comme un simple prolongement rétréci ;de ce dernier. Dans le type libre, une ou plusieurs « articulations » mobiles le séparent du reste du bulbe et selon sa forme, il peut se rattacher à  3 sous-types : embolus coniforme, lamelliforme, spiralé.  Chez Telema tenella (type conné), il est très court et revêt le curieux aspect d’une apophyse unguiforme, close à l’extrémité, prolongeant un bulbe globuleux très simple, déprimee en «cuillère»  au fond de la quelle s’ouvre une fente étroite donnant accés au  receptaculum (Lopez,1980d). Il peut être, au contraire,  très allongé (Scytodes, Nephila) (type conné), parfois démesurément chez certaines Araignées Entélégynes (Fig.13), au point de se présenter alors comme un filament spiral plusieurs fois plus long que le corps du mâle (type libre). De plus, l’embolus peut se rompre durant la copulation et reste bloqué dans l’épigyne femelle de certaines espèces d’Araneidae, notamment celles qui ne présentent  pas de dimorphisme sexuel salivaire (Lopez,1977b). Ainsi «bouche»-t-il les voies génitales et, en tant qu' obturateur embolique, empêche que la femelle ne s’accouple à nouveau ultérieurement.
          L’intérêt microscopique des pièces chitineuses palpaires est à peu prés nul si on le compare à leur importance morphologique soulignée par les systématiciens. Faisant donc abstraction des haematodochae et des pièces sclérifiées enveloppantes, j’ai seulement étudié le contenu du bulbe copulateur représenté surtout par un tube séminifère que prolonge dans le style son canal éjaculateur. Le tube est lui-même constitué par un réservoir, le receptaculum seminis, avec son corps et son fond ou fundus (Fig.14 à 16). Chez les Pholcidae, le réservoir est court, globuleux et ampullaire (Fig.17).    



Bulbe Scytodes 1
Bulbe Scytodes 2
Bulbe Segestrie
Fig.14.- Scytodes thoracica : bulbe et tube séminifère
Fig. 15.- Détail de la précédente
Fig.16.- Segestria florentina: bulbe et tube séminifère
B, bulbe ; C, corps du receptaculum ; F,  son fundus ; Ts, sa paroi ; Ce, canal éjaculateur ;  G, gamètes (spermatozoïdes) ; P, patella ; S, style ; Ta, tarse ; Tb, tibia. Le tube séminifère et son contenu gamétique sont vus par transparence dans ces préparations éclaircies

2 - Histologie

    Lorsque je la décrivis pour la première fois en détails d’après plus de 100 espèces d’Araignées (Lopez,1977b ; Lopez,1977c), la structure microscopique du bulbe copulateur  n’avait fait l’objet que d’un petit nombre de travaux basés sur une histologie très sommaire et limitée (Osterloh,1922 ; Harm, 1931, 1934 ; Cooke,1966 ; Lamoral, 1973) ( Note2) avec mention de « glandes annexes » débouchant dans la cavité du tube séminifère par des canaux trans-cuticulaires.
    2. a - Canal éjaculateur
    Sa  longueur variable est proportionnée à celle de l' embolus, de ce fait particulièrement importante dans des genres tels que Nephila ou Scytodes donc le même style est très développé (Fig.10). Sa lumière est étroite, généralement vide, entourée par une paroi externe chitineuse et par un épithélium interne simple, très adhérant, amphophile, non vacuolisé, dans l’ensemble peu lisible.
    2. b - Tube séminifère
    Comme son canal éjaculateur, il est formé par un épithélium et un conduit chitineux que sépare une cavité plus ou moins spacieuse. Je lui ai donné le nom de « chambre palpaire externe » (Lopez,1977b ; Lopez,1977c) (Schéma 11).


Schema receptacle
Schéma 11.- Tube séminifère en coupe transversale
C, tube chitineux . E, épithélium ; L, lumière ; Me, membrane palpaire externe ; Mi, membrane palpaire interne ; O, orifices ;  S, spermatozoïdes ; 1, chambre palpaire interne ; 2, chambre palpaire externe: .

2.b.1
- Epithélium
    Il n’englobe pas le conduit, s’insère en deux points rapprochés de sa surface et se replie pour constituer une gouttière adjacente. Ainsi se présente-t-il comme une bande continue, parallèle à la chitine dans les coupes longitudinales du tube, et comme un «éventail» dans les sections transversales (Schéma11, Fig.17).

Tube Philodromus 1
Fig. 17.- Philodromus praelustris Tube séminifère en coupe histologique transversale
C, tube chitineux ; E, épithélium ; L, lumière ; O, orifices ; S, spermatozoïdes ;  2, chambre palpaire externe.


    Ses cellules prismatiques, plus ou moins hautes et d’aspect glandulaire, montrent des noyaux basaux, ainsi que des vacuoles contenant un matériel en « boules », acidophile et A.P.S. +. Leurs apex sont frangés par une différenciation évoquant les classiques «bordures en brosse».
    Le développement et la disposition de cet épithélium sécréteur sont extrêmement variables.
     Dans le cas de Telema tenella, il a une étendue réduite et forme un «coussinet» bordant le réservoir sur une partie seulement de sa surface, «coussinet» que surmonte  une «vésicule» où se love le spermatophore. Partout ailleurs, il présente un aspect indifférencié.
    Chez la Mygale Nemesia caementaria, l’épithélium glandulaire est également limité à une zone pariétale incurvée, au niveau de la «cloison médio-bulbaire», le reste du réservoir étant revêtu par un  épithélium banal (Lopez,1981d) (Fig.).......
    Chez Pholcus phalangioides et autres Pholcidae, l’épithélium glandulaire borde un réservoir court se dilatant en ampoule et est séparé de sa cavité par  le diaphragme anhiste (Lopez, 1974b) (Fig…).

Bulbe Spermophora
Coupe bulbe Pholcus
Fig.18- Spermophora sp. : bulbe et tube séminifère
Fig.18- Pholcus phalangioides : coupe du bulbe.
A, apophyse tarsale ; B, bulbe ; Cu, cuticule ; Da, diaphragme anhyste ; E, épithélium ;F, fémur ; L, lumière;  Rs, réservoir, vu par transparence ; Sp, spermatozoïdes ; Ta, tarse ; V, microvilli.

Renumérotation en cours.....

    En revanche, chez Segestria et Dysdera, il paraît discontinu et forme des culs-de-sac globuleux réguliers, séparés,  en rapport étroit avec le conduit chitineux. (Fig.12).
Tube epith. Dysdera
Fig.12.- Dysdera erythrina : tube séminifère  en coupe histologique.
E, épithélium avec ses "boules" de sécrétion ; L, lumière ; N, noyau de cellule épithéliale ; O, orifices du tube chitineux ; S, spermatozoïdes. 


Chez de nombreuses autres Araignées, l’épithélium offre un développement si considérable qu’il occupe la majeure partie du bulbe. Il est festonné, «godronné»  et constitue des diverticules  plus ou moins profonds, étroits, sinueux ou globulaires, revêtant un aspect d’ «acini», paraissant totalement isolés du tube chitineux et réalisant alors des images trompeuses de «glandes annexes» indépendantes (Wendilgarda, Argyrodes)(Fig.), pouvant atteidre un développement extraordinaire (Hersilia)(Fig….). Néanmoins, les coupes histologiques en série montrent sans ambigüité que tous les espaces et l’épithélium adjacent font bel et bien partie d’un seul et même ensemble.


Coupe bulbe Wendilgarda 1
Coupe bulbe Argyrodes 2
Fig. - Wendilgarda mustelina arnouxi : épithélium et ses diverticules
Fig. - Argyrodes zonatus : épithélium et ses diverticules
C, conduit ou tube chitineux ; Cu, cuticule bulbaire ; G1,2,3, divers aspects des diverticules glanduliformes ; E, épithélium superficiel propre à Wendilgarda. Flèches : contenu (sperme) du tube chitineux.

Coupe bulbe Hersilia 1
Fig. - Hersilia vinsoni : épithélium et ses diverticules en "glandes indépendantes
C, conduit ou tube chitineux ; Cu, cuticule bulbaire ; G, diverticules glanduliformes pseudo-acineux ; P, patella ; T, tarse. Flèches: contenu (sperme) du tube chitineux.


2.b.2 -Tube chitineux
    Ce conduit, assez régulièrement cylindrique, présente une cuticule qui ne se colore pas par les méthodes histologiques de routine, conserve une teinte jaunâtre naturelle dans les préparations et se fusionne en partie avec la chitine du bulbe. Elle n’est pas continue mais ajourée par un ensemble d’orifices. Ils se  répartissent dans une zone étroite que bordent les insertions épithéliales et qui s’étire en général sur toute la longueur du réservoir jusqu’à son fundus. J e les ai observés chez une centaine d’espèces de «Labidognathes» et chez des Mygalomorphes. Arrondis dans le cas des Segestria  (Segestriidae) (Harm,1931 : S.bavarica ; Lopez,1977b : S.florentina) et des Dysderidae (Lopez,1977b) où ils entrent en rapport étroit avec l’épithélium sous-jacent (Fig.12), ils sont le plus souvent étirés en fentes évoquant l’aspect de «boutonnières» dans les coupes tangentielles (Fig.13).
           
   
Tube Dysdera
Tube Tetragnatha
Fig.13.- Tube chitineux  de Dysdera erythrina (à gauche) et de Tetragnatha extensa (à droite), en coupes histologiques tangentielles.
 C, cuticule ;  E, épithélium avec ses "boules" de sécrétion ; O, orifices arrondis chez la première espèce et en fente ("boutonnière") chez la seconde.

    Le conduit renferme des spermatozoïdes lorsque lorsque leur induction a été effectuée préalablement. Ils sont plus ou moins entourés par un matériel  acidophile granuleux, retrouvé au M.E.T. sous forme de masses amorphes sphériques (Fig. ) pouvant correspondre à une sécrétion du défétrent. De plus, le tube chitineux contient parfois une mince pellicule noir-bleuté distincte de sa paroi propre. Cette"membrane palpaire interne"(Lopez,1977b ; Lopez,1977c) est bien visible dans les coupes où elle s’est isolée de la chitine sous-jacente et y entoure la masse des gamètes (Fig.  Schéma ). En section transversale, elle apparaît comme un conduit secondaire inscrit dans le tube sclérifié principal, en est séparée par un espace plus ou moins marqué, la «chambre palpaire interne» et se retrouve d’ailleurs en M.E.T. (confere infra). Il ne s’agit donc pas d’un artéfact dû au décollement partiel de la chitine ou à une condensation marginale du «diluant» gamétique.   
    Dans le cas de Telema tenella, la composante cuticulaire du réservoir surmonte le coussinet épithélial et correspond à la « vésicule » logeant le spermatophore.
    Chez la Mygale Nemesia caementaria, la zone de paroi chitineuse surmontant l’épithélium sécréteur prend l’aspect d’une « cloison médio-bulbaire » bombant en dôme dans le reste du réservoir (Schéma 2)(Lopez,1981d).
    Chez Pholcus phalangioides, une fine membrane gaufrée,le diaphragme anhiste (Lopez, 1974b), sépare l’épithélium glandulaire de la cavité d’un réservoir en ampoule et se rattache sur son pourtour à la chitine bulbaire.
    Un deuxième espace ou cavité, la « chambre palpaire externe », est situé entre le tube chitineux et l’épithélium, s’interrompt là où le second  se fixe sur le premier, a une étendue variable, est régulier et à peu près rectiligne dans les coupes longitudinales mais prend l’aspect d’un croissant en section transversale (Schéma..).
Cette chambre palpaire externe ne peut être un  artéfact technique de décollement. De plus, elle n’est pas traversée par des canaux excréteurs de cellules épithéliales sous-jacentes. En revanche, elle contient souvent une substance éosinophile, homogène ou grenue, provenant des « boules »observée dans ces mêmes cellules dont elle serait la sécrétion. De plus, elle renferme aussi une « membrane palpaire externe », structure originale non signalée avant mes premières observations (Lopez,1977b ; Lopez,1977c) et présente dans la plupart des familles examinées.  Cette structure a comme la précédente un aspect de « voile flottant », ténu, légèrement acidophile et qui s’insère par les bords sur le canal sclérifié, en dedans de l’épithélium auquel il peut plus ou moins s’accoler (Schéma..).

3 - Ultrastructure

Nous avons utilisé comme matériel d'étude les mâles de 9 espèces d’Aranéides appartenant à autant de familles et que j’ai personnellement capturé dans leur biotope : la Mygale Nemesia caementaria (Latr.) (Ctenizidae) (Béziers,34,France) ; Telema tenella Simon (Telemidae) (grotte de Can Brixot, La Preste, 66, France) ; Leptoneta microphthalma Simon (Leptonetidae) (grotte de l’Espugne, Saleich ,31,France) ; Zosis (Uloborus) geniculatus (Olivier) (Mahé, Iles Seychelles) ; Segestria florentina (Segestriidae) (Thézan les Béziers, 34,France) ; Pholcus phalangioides (Fuessl.) (Pholcidae) (Cessenon,34,France) ; Araniella cucurbitina (Clerck) (Araneidae) (Mont Caroux,34,France) ; Argyrodes cognatus (Blackwall) (Theridiidae) (Mahé, Iles Seychelles) ; Hersilia savignyi Lucas (Hersiliidae) (Lunuwilla, Sri Lanka). Après fixation, parfois sous les Tropiques, ils ont été tous préparés et examinés en M.E.T. au Laboratoire souterrain du CNRS, Moulis 09200  (Note1).

Cette étude ultrastructurale confirme que le tube séminifère est bien formé par un réservoir ou receptaculum seminis et par un canal éjaculateur, comportant tous deux une partie cuticulaire et un épithélium. Ce dernier montre une différenciation glandulaire plus ou moins étendue au niveau du réservoir alors qu’il est banal dans le  deuxième conduit. De plus, une « chambre palpaire externe » (Lopez,1977a ; Lopez,1977b) est effectivement présente entre la cuticule et l’épithélium du réservoir dont elle reçoit la sécrétion.

3. 1 - Epithélium 

Il s’agit dans tous les cas d’un épithélium simple pouvant être considéré comme une invagination de l’épiderme (Fig.14 ) et présentant un ensemble de caractères généraux retrouvés chez les 9 espèces d’ Araignées étudiées.  

Formation bulbe
Fig. 14 - Formation du tube séminifère par invagination (Ei) de l'épiderme (Ed) dans le sinus hémolymphatique (H) du tarse. Un "bourgeon" pariétal  est à l'origine de son épithélium glandulaire (Eg) et de sa partie  cuticulaire (T).

       

    3.1.1- Canal éjaculateur

Les cellules de l’épithélium sont banales, à peu prés semblables à celles de l’épiderme, non spécialisées et dépourvues d’activité glandulaire. Elles ont une taille réduite, peu ou pas de microvillosités apicales, un cytoplasme étroit pauvre en mitochondries, en réticulum endoplasmique, et un noyau plus ou moins irrégulier renfermant des mottes périphériques d’hétérochomatine.

   3.1.2 - Réservoir

          Les cellules sont de nature glandulaire, prismatiques hautes et souvent très sinueuses. Elles reposent par leurs pôles externes sur une fine lame basale les séparant du sinus hémolymphatique palpaire. Les pôles internes ou apicaux sont orientés vers la cuticule et délimitent avec elle la chambre palpaire externe, plus ou moins spacieuse ; ils ne présentent pas d’invagination de cet espace extracellulaire.

            La membrane plasmique de ces adénocytes présente des replis augmentant considérablement sa surface : au niveau des faces latérales, qui s’engrènent avec celles des cellules voisins, et surtout au niveau du pôle basal (externe) où ce plasmalemme forme un ensemble d’invaginations (replis) plus ou moins profondes, sinueuses découpant le hyaloplasme en compartiments de taille variable, enchevêtrés et dont l’aspect évoque des pédicelles podocytaires (Fig.15).

                                                                           

Pole basal
Fig.15.- Poles basaux d'adénocytes : H, sinus hémolymphatique ; Lb, lame basale ; M, mitochondries ; P, invaginations  du plasmalemme (M.E.T.)


                                                                                                                    Photo à remplacer......


          
De plus, le
pôle apical est hérissé de microvillosités plus ou moins longues et nombreuses, et diversement réparties. Elles garnissent la totalité des pôles apicaux, sauf chez Hersilia où ils comportent des zones sans microvilli très étendues (Fig.20,21), et chez Pholcus où elles se réunissent en faisceaux ou en « éventails » sur des apex d’aspect pédiculisé (Fig.16 à 18 ).

Epithélium Pholcus 1
Epithélium Pholcus 2
Epithélium Pholcus 3
Fig. 16 - Pholcus phalangioides : pôle apical.  M.E.T. Fig. 17- Pholcus phalangioides : pôles  apicaux.  M.E.T.
Fig. 18 - Pholcus phalangioides : pôle apical.  Id.
Cpe, chambre palpaire externe ; E, vésicules d'endocytose (pinocytose) ; J, jonction ; Mv, faisceaux ou "éventails"  de microvillosités ; R, microorganisme parasite (Rickettsiale ?) .  Flèches rouges : microfilaments dans les microvilli.


           Les
microvillosités d’Argyrodes sont très nombreuses, serrées, longues d’environ 1700 nm (Fig. ) et correspondent à la «bordure en brosse» observée dans les coupes histologiques (Lopez,1977). Celles de Nemesia sont également nombreuses, régulières, légèrement flexueuses et atteignent une longueur de 3000 nm (Lopez,1982) (Fig.19). Chez Leptoneta, elles sont encore présentes en grand nombre mais décrivent des sinuosités plus marquées (Lopez,1981) (Fig.20 ) tandis que chez Telema, elles sont moins abondantes et relativement courtes (1200 nm) (Fig. ). Celles enfin de Segestria sont très espacées, diversement orientées et atteignent 2000 nm  (Fig. ). Dans tous les cas, les microvillosités contiennent des microfilaments, peuvent montrer une densification apicale et sont parfois recouvertes (Leptoneta) d’un matériel dense rappelant de la glycocalyx (Fig. 20).
       



Epithélium Nemesia 1
Pole apical Leptoneta
Fig. 19 - Nemesia caementaria : Poles apicaux d'adénocytes  M.E.T.
 Fig.20 - Leptoneta microphthalma : Poles apicaux d'adénocytes  M.E.T.
Cpe, chambre palpaire externe ; E, zone d'endocytose ; Ef, épicuticule fibrillaire ; Eh, épicuticule homogène ; F, fenêtre ;  J, jonction sub-apicale ; Mv, microvilli ; V, vésicules de réticulum. Dans la Fig.20, les microvilli sont entourées de matériel dense et montrent parfois une densification apicale (flèches).

,
          Le
noyau siège généralement dans le tiers basal, est arrondi, ovoïde ou irrégulier, pourvu  d’un nucléole sphérique, d’une hétérochromatine marginale peu abondante, d’un nucléoplasme finement grenu et d’une enveloppe (Fig.22) en nette continuité avec le réticulum endoplasmique adjacent .

Ce dernier est bien développé et confère à l’ensemble de la cellule son aspect « spongieux » en microscopie photonique. Il se compose en périphérie de sacs  aplatis (cisternae), garnis de ribosomes sur leur face externe (réticulum granulaire) et, plus au centre, de vésicules dérivant manifestement de cet ergastoplasme. Organites les plus caractéristiques, elles sont arrondies, régulières, ne portent pas de ribosomes sur la surface de leur membrane (réticulum lisse ou dégranulisé) et renfermant un matériel peu dense aux électrons

                                

Epithélium Hersilia 1
Epithélium Hersilia 2
Fig. 21 - Hersilia savignyi  : adénocytes. M.E.T.
Fig. 22- Hersilia savignyi : adénocytes, détail de la précédente.
En, enveloppe nucléaire ; G, dictyosome (appareil de Golgi) ; J, jonction ; L, lysosome ; N, noyau ; S, grain de sécrétion ; V, vésicule du réticulum


          L’ appareil de Golgi se compose de dictyosomes typiques formés par un empilement de quelques saccules incurvés (Fig.21). Chacun d’eux  montre une face externe ou de formation (versant cis) à laquelle s’incorporent des vésicules et tubules réticulaires (réseau cis-golgien), des bords et une face interne ou de maturation (versant trans) bourgeonnant un réseau trans-golgien avec des tubules et de petites vésicules rondes. Les dictyosomes  d’Hersilia et Argyrodes sont petits, nombreux et tendent à s’éparpiller dans le hyaloplasme. En revanche, ceux de Telema tenella et Nemesia caementaria ont une taille plus grande et tendent à se réunir au voisinage du noyau, y dessinant des images annulaires ou en guirlande (Telema), constituant même une véritable « aire golgienne » d’aspect spumeux avec les innombrables vésicules qu’ils ont émises (Nemesia).

          La sécrétion est formée par des grains développés à partir du réticulum et de l’appareil de Golgi, régulièrement arrondis (sauf chez Argyrodes), de taille très variable, plus ou moins denses, et résultant parfois (Segestria) de la fusion de deux  types, l’un très osmiophile, l’autre plus clair (Fig.23). Ces grains soint extrudés dans la chambre palpaire externe entre les pieds des microvilli où se manifeste aussi une endocytose intense traduisant à ce niveau une capture très active de substances extracellulaires par des vésicules de pinocytose particulièrement nombreuses (Fig.19).

         

Epithelium Segestria
Fig. 23 - Segestria florentina : adénocyte et ses organites.  M.E.T.
Cpe, chambre palpaire externe ; G, Golgi (dictyosome) ; Mt, mitochondrie ; Mv, microvilli   N, noyau ; R, réticulum ; S, grains de sécrétion (2 types).


          Des mitochondries de taille et forme variables sont présentes dans tout le hyaloplasme, en particulier dans ses compartiments basaux.

          Les autres organites sont des ribosomes libres (polysomes), des  microfilaments et  quelques lysosomes (Fig.20,21). 

        La cohésion épithéliale est assurée par l’engrènement latéral des adénocytes (interdigitations) et par des jonctions, surtout des zonula adherens sub-apicales (Fig.21) auxquelles font suite des jonctions septées de longueur variable.


3.2 - Partie cuticulaire
3.2.1 - La cuticule du canal éjaculateur et de la partie de tube séminifère sans épithélium différencié présente une ultrastructure complexe, semblable à celle du tégument, si l’on excepte toutefois Telema tenella où elle se réduit à de l’épicuticule.     
3.2.2 -La cuticule surmontant l’épithélium glandulaire montre en revanche d’importantes variations portant sur son épaisseur, sa continuité et la nature de ses couches.

Son seul caractère constant est  la présence d’une épicuticule observée chez les 9 espèces étudiées. Extrêmement mince et fragile, elle se compose d’une épicuticule externe, claire, peu contrastée, limitant la cavité du réceptaculum, et d’une épicuticule interne dense et osmiophile, deux sous-couches bien reconnaissables, sauf peut-être chez Pholcus phalangioides et Nemesia caementaria.

Telema tenella (Figs.et Schéma 18) possède une cuticule extrémement mince (0,1 µm) correspondant à la « vésicule » des coupes histologiques