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ANATOMIE DES ARAIGNEES
:
VINGT-CINQ ANS DE
RECHERCHES
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| Obturateurs
génitaux ("Mating plugs") surtout chez les Argyrodes |
L’orifice génital primaire ou gonopore des Araignées femelles s’ouvre,
comme celui des mâles, au milieu de la fente ou sillon épigastrique marquant la limite entre les 2eme
et 3eme somites abdominaux (opisthosomiens) (Fig.1,2).
Très simple chez les seconds,
où il ne présente que les différenciations
superficielles de l’appareil épigastrique
(confere supra),
il est également unique et banal chez les femelles
de certains groupes “primitifs” ( Araignées
dites “Haplogynes” et Orthognathes : Liphistiomorphes, Mygalomorphes, Filistatidae, Dysderidae, Sicariidae…).
Chez les autres (« Entélégynes »), l’orifice génital est en revanche surmonté par un organe copulateur spécialisé, l’épigyne, plaque chitineuse dont la forme en auvent, l’ornementation et l’épaisseur varient avec les espèces. Cette épigyne est ainsi d’une diversité aussi extraordinaire que celle de l’organe copulateur mâle (confere supra). Son maximum de complexité se rencontre dans des familles “privilégiées” (Araneidae, Linyphiidae) où elle porte un scape en forme coquille et un appendice médian unciforme, dispositifs immobilisant le bulbe du mâle lors de la copulation comme chez Leptyphantes.
Certaines parties du pédipalpe mâle peuvent rester incluses
dans les genitalia de la femelle après l’ accouplement
(Araneidae, Oxyopidae, Theridiidae).
On sait que le segment distal du style ou embolus est la portion intromittente du
pédipalpe mâle ( confere supra)
(Fig.4).
Fig. 4 - Emboli ou styles (E) d'Araignées mâles (M.E.B.), dont Anelosimus eximius, à gauche, et Nephila inaurata, aucentre. B, reste du bulbe ( (M.E.B.).
Pendant la copulation, ce segment s’enfonce et se brise, soit dans
le canal de copulation, soit dans la spermathèque où il se trouve en quelque sorte « incarcéré ».
Les deux emboli peuvent être affectés
lors de leur insertion simultanée ou successive
et se trouvent ainsi groupés dans un canal de copulation ou dans les deux. Les mâles
amputés deviendraient presque toujours
incapables d’un accouplement ultérieur avec
leur(s) pédipalpe
(s), au point d’avoir
été baptisés
“ eunuques ” par Robinson et Robinson
(1980).
Dans d’ autres cas, l’embolus ne subit pas de rupture apicale,
mais il s’en détache à la copulation
une « coiffe embolique» préformée.
Ce curieux petit étui ou capuchon terminal
préexiste chez les mâles vierges qui
le conservent, en principe, s’ils ne s ‘accouplent
pas. Levi (1970,1975) l’a décrit et interprété
(« embolus
cap »)
chez plusieurs genres d’Araneinae (Araneidae) dont les femelles fécondées
renferment ainsi des « coiffes » dans leur genitalia (Fig.5 : Ce).
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| Fig.5- Coiffe embolique
(Ce) de Metepeira : sur l'embolus (E) d'un
mâle vierge et dans le canal de copulation(Cc)
d'une femelle |
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Deux coiffes peuvent se retrouver d’ailleurs
chez un même individu comme les extrémités
d’embolus. Fait curieux, j’ai observé
que certains de ces mêmes genres sont dépourvus
de dimorphisme
sexuel salivaire (Lopez,1986b)
(confere supra). En revanche, les mâles
d’Araneinae qui possèdent des glandes gnathocoxales spécialisées, dites
« sexuelles »(Lopez,1977b) (confere supra)
montrent un embolus sans coiffe et qui ne subit pas de rupture apicale
lors de la copulation. Ces mâles peuvent
donc s’accoupler à nouveau ultérieurement
et utilisent la sécrétion des mêmes
glandes pour « lubrifier » leurs palpes, facilitant ainsi des intromissions
répétées.
Les parties rompue ou détachable de l’embolus sont formées par de la chitine avec son épicuticule
et son endocuticule
lamellaire. Il s’ensuit que les deux parties de
bulbe (embolus) ainsi constituées peuvent
être qualifiées d’ « obturateur structuré »
ou « embolique ».
3 - Obturateur non structuré ou sécrétoire
Les « bouchons » varient de l’un à l’autre et même, pour certains êmecaractères, dans un même « plug » par : s
►leur taille (pellicule très mince à masse volumineuse),
►leur forme (coin, masse amorphe ou sculptée, masse unique ou dédoublée), que cette disposition soit ou non nsymétrique,
►leur couleur (blanche, jaune, orange, rouge),
►leur texture (lisse et brillante ou granuleuse).
Les deux orifices de copulation et la zone qui les sépare en sont couverts mais le gonopore ou orifice génital primaire reste toujours libre.
Les « bouchons »
ont été signalés chez les
Salticidae, Clubionidae, Araneidae, (dont Cyclosa), Oxyopidae, Thomisidae, Toxopidae et Theridiidae.
Dans cette dernière famille, le genre Argyrodes est privilégié comme à d’autres égards (glande clypéale) (confere supra). Décrivant Argyrodes cognatus (îles Seychelles), Blackwall (1877) soulignait que les organes sexuels de cette « Epeira cognata » sont très développés, proéminents, asymétriques et montrent une saillie incurvée en “ crosse ” (pl.2, fig.12) (Fig.6 : G). Cambridge, dans une note jointe et plus tard encore (1880, p.326) souligne que cet « appendice sexuel anormal » résulte en fait de l’adhérence accidentelle d’une petite particule de matière “résineuse” de même couleur, certainement “ adventice ”, formée par une « exsudation de cause et nature inconnues ».
Il le
signale aussi chez Argyrodes argentatus (processus rouge transparent, brillant,de
nature « résineuse »)
et chez A. procrastinans (gros, arrondi, proéminent,
de couleur brun-rouge, très brillant, en
forme de capuchon recouvrant l’ouverture génitale).
Bien plus tard, Exline et Levi (1962)
décrivent l’épigyne des Argyrodes comme une plaque sclérifiée
souvent recouverte par un matériel “ résineux ”
difficile à enlever.
J’ai pu également constater dans mon propre matériel, d’origines géographiques très diverses, que les femelles adultes des Argyrodes sont bien sujettes à l’adjonction d’une substance donnant un aspect « anormal » à leur aire génitale, oblitérant sa structure réelle (“ disfigurment ”) et diminuant beaucoup la valeur de l’épigyne comme critère de distinction spécifique.
Pour les recherches histologiques et ultrastructurales (au M.E.B. seulement)(Note1), j’ai surtout utilisé la belle espèce « historique » Argyrodes cognatus (Blackwall) (Mahé, Seychelles : Lopez col.) et en présente par ailleurs la glande acronale (confere supra).
Aspect au M.E.B.
Le « bouchon » fait largement saillie au-dessus de la région génitale femelle. Il s’y présente comme une masse volumineuse, nettement bilobée, paraissant aussi pédiculisée et rappelant quelque peu (Fig.7). Les deux "lobes" sont inégaux, asymétriques, orientés transversalement et ont une surface mamelonnée,
lisse, sans
sculpture évidente. Le « pied » se fond dans
le sillon épigastrique où il s’étale en « socle »
au niveau des orifices de copulation.
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Fig.7.- Deux vues d'un obturateur d'Argyrodes cognatus (M.E.B.)
O, zone des orifices de copulation ; P, patte arrière
; S, sternum |
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Une telle "excroissance" n’est pas sans rappeler la Sacculine
(Crustacé Cirripède) insérée
sur l’abdomen d’un crabe et est aussi spectaculaire,
à échelle plus réduite, que
le sphragis
d’un Lépidoptère
Parnassiine !
Dans les coupes histologiques (para)sagittales, le « bouchon gonoporal » (« mating plug ») (Fig.8) parait formé par une substance inorganisée, presque homogène, un peu craquelée en "écailles" (artéfact technique ?). Elle a une coloration naturelle jaunâtre rappelant celle de la cuticule et est légèrement APS +. Sous le socle, elle pénètre dans les canaux de copulation qu’elle semble injecter en les obturant. Bien différente de l’obturateur structuré embolique, elle présente sans équivoque l’aspect d’une sécrétion coagulée et durcie, aussi bien dans sa partie externe saillante que dans celle qui emplit les canaux de copulation. Ce matériel ne peut provenir de la femelle ; il a donc été sécrété par le mâle qui l’a apposé et injecté. Un tel dispositif peut ainsi être qualifiée d’ « obturateur non structuré » ou « sécrétoire».
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Fig. 8 - Obturateur d' Argyrodes cognatus : coupes histologiques totales
( à gauche, au centre) et partielle (à droite)
Cc, canaux de copulation injectés ; Oe, partie
externe
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Sur le plan anatomique,
les obturateurs génitaux se présentent
comme de véritables « corps étrangers »
inclus dans l’opisthosoma femelle.
Il peut s’agir d’une partie du
palpe mâle, plus précisément de son bulbe, soit l’extrémité rompue de l’embolus, soit une petite pièce préformée
et amovible, la « coiffe embolique, désigné ici sous le nom d’obturateur
structuré ou embolique:. Mais il peut
être aussi constitué par un matériel
à surface peu ou non élaborée,
amorphe, presque homogène, non chitineux,
ayant l’aspect d’une sécrétion
modifiée, le « mating
plug » des Anglosaxons, appelé ici obturateur non structuré
ou sécrétoire.
Dans ce dernier cas, j’ai noté chez les Argyrodes, genre privilégié pour les études
anatomiques (glande clypéale
en particulier)(confere supra),que l’obturateur n’est pas seulement « collé » sur la région génitale de la femelle
mais aussi injecté dans les canaux de copulation qu’il moule étroitement et s’y trouve en
quelque sorte « enraciné ».
Par ailleurs, l’origine anatomique des « bouchons »
ne semblant pas avoir été élucidée,
j’ai
acquis la conviction , d’après mes coupes
histologiques, qu’ils sont produits, par le bulbe copulateur mâle, sinon chez toutes les Araignées
qui en élaborent, du moins dans le cas des Argyrodes. Les glandes gnathocoxales de ces Theridiidae ne peuvent être impliquées dans la
sécrétion car elles sont trop peu
développées (Fig. ) et ne présentent
pas un dimorphisme
sexuel salivaire contrairement aux Linyphiidae (confere supra). En revanche, l’épithélium du tube
séminifère me parait être un
bien meilleur candidat à la production
de l’obturateur car il présente un développement
considérable. La glande qu’il édifie (confere supra) est
très complexe (Fig.9 : Gp)
et d’un volume disproportionné à celui
du conduit chitineux (Fig. 9 : Tc) ; son rôle n’est
probablement pas limité à la seule mobilisation
du sperme (induction-ejaculation secondaire) (confere
supra).
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| Fig. 9.- Deux coupes histologiques d'une glande palpaire
(Gp) d' Argyrodes zonatus. P, paroi chitineuse
du bulbe ; Tc, tube chitineux et spermatozoïdes |
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Sur le plan
fonctionnel, il est très possible qu’ en
fin d’éjaculation secondaire, une partie de la sécrétion
de cette même glande passe dans la lumière
du réceptacle ou du moins dans celle du
canal éjaculateur par des
orifices qui restent à mettre en évidence, alors
qu’ailleurs elle en est séparée par l’endocuticule
du tube séminifère
(confere supra). Ainsi
serait-elle déposée dans les canaux de copulation
puis en surface lors du retrait, s’y coagulant
ensuite pour assumer un rôle de blocage irréversible.
Ce dernier se trouve lié à une réduction de la fuite du sperme et surtout, à la compétition spermatique. Jackson (1980) considère en effet que les « mating plugs » sont des adaptations formant obstacle à l’insémination par d’autres mâles. Ils représentent en effet une barrière physique, sorte de « ceinture de chasteté » (Robinson,1980 : « chastity belt ») qu’un second partenaire devrait obligatoirement extraire, peut être avec son palpe, pour pouvoir copuler en chassant le sperme du premier, manœuvre d’autant plus hasardeuse que les femelles ne tolèrent guère des copulations prolongées !.
En revanche, cet obstacle à des inséminations
ultérieures ne doit pas être très
efficace dans le cas des obturateurs structurés car ils sont souvent
beaucoup plus petits que les canaux
où ils se logent ;
de plus, le fait qu’ils puissent être plus de deux dans l’épigyne d’une seule femelle, prouve qu’ils
n’ont pu em pécher l’accouplement de cette
dernière avec au moins deux mâles différents.
Leur efficacité ne deviendrait réelle
que s’ils étaient englobés par une matrice ou
coagulum semblable à l’obturateur
non structuré.
Bibliographie
Jackson, R.R., 1980.- J. Arachnol.,
8 : 217-240.
Levi, H.W., 1970- Bull.Mus.nat.Hist.nat.,
41, sup.1, p.108-111.
Levi,H.W.,1975.- Proc.VI Intern.Congr.Arachnol.,Amsterdam,
April 1974, p.49-50.
Lopez,A.,1977b. – Contribution à l’étude des caractères sexuels somatiques chez les mâles d’Aranéides. Thèse doct.Etat es. Sciences, Univ.Sci.Tech., Montpellier, Avril 1977, 117 pp.
Lopez,1987a.- Glandular
Aspects
of Sexual Biology in Ecophysiology
of Spiders.W.Nentwig, edit., Springer-Verlag,
p.121-132.
Lopez,A.,1986b.-
Bull.Soc.Et.Sci.nat.Béziers,
ns, XI, Vol.52, 1986,p.4-11.
Millot,J. 1968.- Ordre des Aranéides
in Traité
de Zoologie, P.P.Grassé édit.,
Masson, p. 589-743.
Pickard-Cambridge, O., 1880.- Proc.Zool.Soc.London : 320-342.
Robinson, M.H. & B.Robinson, 1980. – Pacific Insects Monogr., 36, 1.