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ANATOMIE DES ARAIGNEES
:
VINGT-CINQ ANS DE RECHERCHES
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Glandes
gnathocoxales et leur dimorphisme sexuel
Couleurs
conventionnelles
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Les pédipalpes (palpes) d’Araignées sont des appendices prosomatiques
très importants différenciés chez le mâle
en organes d’accouplement
(confere infra). Leur hanche
ou coxa
est insérée sur le côté de la lèvre inférieure (labium) et limite donc la bouche latéralement. Chez les Liphistiomorphes
et beaucoup de Mygalomorphes,
elle ne diffère de celle des pattes ambulatoires que par une brosse
de poils utilisée pour la
filtration des aliments. En revanche, chez
d’autres Mygalomorphes, elle présente
une nette protubérance antéro-interne qui s’individualise
en lame maxillaire dans le cas des
Aranéomorphes. Cette gnathocoxa (gnathocoxe)
a une forme et un développement
variables, peut devenir beaucoup plus volumineuse que la hanche elle-même et présente
un bord interne aminci dont la brosse de poils est appelée
scopula . Son sommet porte une serrula, carène
denticulée et tranchante Ces différenciations permettent
à l’ Araignée de déchirer et mastiquer ses proies,
d’où son autre nom de «patte-machoire»
donné au pédipalpe (Fig.1, ..).
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| Fig.1.- Araneomorphe,
vue ventrale des gnathocoxae
(G) avec leur scopula (S) . C, crochet et T, tige des
chélicères ; B, orifice buccal ; H, hanche ou coxa;
L, labium (M.E.B.). |
Les lames maxillaires contiennent des glandes dites gnathocoxales ou «salivaires» découvertes par Campbell
(1881) et ne devant pas être confondues avec les glandes péri-buccales maxillaires en « coussinet »
(confere supra). Il était communément
admis que leur nombre et leur importance varient selon les familles,
qu’elles ont une structure uniforme considérée comme
« acineuse » par Millot (1968) et qu’elles présentent
tout au plus des variations numériques entre le mâle
et la femelle (Legendre, 1953).
En fait, les glandes gnathocoxales (maxillaires ou « salivaires ») de certaines Araignées présentent un dimorphisme sexuel remarquable. Je l’ai découvert en 1972 chez un mâle d’Araniella cucurbitina (Clerck) photographié sur le terrain avant sa capture (in Lopez,1977a, p. 37) (Fig.2). Je l’ai signalé ultérieurement chez d’autres Araneidae, chez des Linyphiidae (Lopez,1974a) et retrouvé ensuite dans plusieurs genres de ces mêmes familles, dont Leptyphantes (Lopez,1978a) ainsi que chez les Leptonetidae (Lopez,1986b).
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| Fig.
2.- Araniella cucurbitina
: femelle, à gauche (vue latéroventrale) et mâle
"historique"(dorsale), à droite |
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Ce dimorphisme est lié à la
présence, chez le seul mâle, de glandes particulières qui siègent
dans la gnathocoxa avec les glandes salivaires classiques qu’elles entourent. Elles peuvent
y rester confinées ou la déborder
pour s’engager plus ou moins largement dans le prosoma, ont une structure acinoïde et renferment, dans
leurs adénocytes, des grains de sécrétion que l’éosine
colore intensément, d’où le nom de «glandes à grains éosinophiles»
qui leur a été attribué initialement (Lopez, 1974a) avant d’être remplacé,
faute de mieux, par l’appellation «glandes sexuelles» (Lopez,1977a).
Les recherches d’histologie ont porté sur
un vaste «éventail » spécifique
d’Araneidae (Lopez,1977a
; Lopez,1986a), Linyphiidae (Linyphiinae, Erigoninae)(Lopez,1977a ;
Lopez,1990) et Leptonetidae (Lopez,1978a ;
Lopez,1978b ;
Lopez,1980), dont Leptoneta infuscata minos (Fig.3).
Pour la microscopie électronique (M.E.T,
M.E.B.) , nous avons surtout utilisé comme matériel
d’études Leptyphantes
sanctivincentii (Simon) (Linyphiidae)
(grotte de Cailhol, Minervois : Ouest de l’ Hérault,
France) (Fig.3), et Leptoneta microphthalma Simon
(grotte de L’Espugne, Saleich, Haute Garonne, France ; grotte de Lestelas,
Cazavet, Ariège)(Fig.4), examiné en
M.E.T. au Laboratoire souterrain du CNRS, plus
accessoirement Linyphia
frutetorum Koch) au Laboratoire de l’INRA (Note 1).
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| Fig.3.- Leptoneta infuscata
minos, femelle : irisations à la lumière
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Fig.4.-
Leptoneta microphthalma, mâle sur sa toile en nappe. |
2.1- Localisation et rapports
2.1.1- Chez les Araneidae,
la sous-famille des Araneinae semble offrir seule
un dimorphisme sexuel : Araniella cucurbitina (Fig.5), Araneus quadratus, Nuctenea cornuta et sclopetaria, Aculepeira ceropegia et annulipes (Fig.6), Cyclosa conica et caroli, Zygiella X-npotata, Kaira alba (Fig.7), Wixia ectypa,
Micrathena schreibersi (Lopez,1977a
; Lopez,1986b ; Lopez,1990).
Les glandes «sexuelles» mâles y occupent une grande partie de la lame maxillaire mais
n’en débordent pratiquement pas (Fig.5 à 7). Ainsi sont-elles baignées en totalité
par son sinus hémolymphatique tout comme les glandes « classiques »
ou banales des femelles d’Araneinae quelle
qu’en soit l’espèce et toutes proportions corporelles gardées
(Fig.6). Fait capital, ces mêmes genres ont un palpe dont le style est dépourvu
de coiffe embolique ou ne se rompt pas lors de la copulation (confere infra) (Lopez,1977a
; Lopez,1986a). En revanche, les
mâles d’Araneinae sans glandes
sexuelles possèdent une coiffe ou
du moins, un embolus qui subit une rupture apicale in copula (Araneus, Neoscona, Nemoscolus, Metepeira).
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| Fig. 5.- Araniella cucurbitina, mâle de la Fig.2. |
Fig.6.- Aculepeira ceropegia, mâle |
Fig.7.- Kaira alba, mâle |
| Coupes
longitudinales de gnathocoxae: Ch, chélicère
; E, glande gnathocoxale épidermique ; Gc, glandes "classiques" ; Gs, glandes "sexuelles" ; M, muscle. |
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2.1.2- Chez les Linyphiinae et les Erigoninae, deux sous-familles bien séparées au sein
des Linyphiidae, les glandes «sexuelles» mâles débordent en revanche
largement des gnathocoxae
alors que les glandes «classiques» y restent confinées ( genres
Linyphia, Leptyphantes, Tapinopa, Pityohyphantes, Erigone, Styloctetor, Grammonota, Moebellia, Wideria, Hypomma : Lopez,1977a
; Lopez,1990)(Fig.8,9).
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| Fig.8.- Linyphia triangularis, mâle :
coupe parasagittale du prosoma. |
Fig.9.- Moebellia
penicillata, mâle : coupe parasagittale du prosoma. |
| Ch, chélicère
; Gc, glandes "classiques" ; Gn, gnathocoxa
; Gs, glandes "sexuelles" ; M, muscle ; N,
cerveau ; Tr, tissu réticulé, V, glande à venin. |
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Elles semblent «envahir» littéralement l’interstitium du céphalothorax (prosoma) et y deviennent en quelque sorte
«ectopiques», parfois à un tel degré
que leurs canaux excréteurs restent seuls en place dans la lame maxillaire avec les glandes «classiques».
Les glandes «sexuelles» mâles constituent schématiquement
trois groupes « acineux » de localisations différentes.
►Un groupe antéro-inférieur, intra-gnathoxoxal, correspond à celles qui sont
demeurées en place dans la gnathocoxa et y entourent les glandes «classiques».
►Un groupe postérieur, rétro-pharyngien et sous-neural, s’interpose entre l’épiderme («hypoderme») ventral et la face inférieure
des ganglions nerveux
thoraciques sous-oesophagiens (Fig.8,9). Il entre
aussi en rapport avec des néphrocytes, les glandes coxales, rétro-gnathocoxales (confere infra), du tissu réticulé («organe antérieur »
de Legendre,1959) et peut atteindre un volume considérable,
jusqu’à 500 µm de long chez le mâle minuscule
de l’ Erigonine Styloctetor
penicillatus ( 1,7 mm).
►Un groupe supérieur, précérébral, coiffe les ganglions sus-oesophagiens, encadre la cavité buccale et s’insinue sous les glandes à venin.De plus, il s’engage fréquemment
dans l’interstitium
du rostre, paraît s’y «incarcérer»
et entre ainsi en rapport plus ou moins direct avec du tissu réticulé, la glande rostrale, l’endosternite et divers faisceaux musculaires (Fig.10, 11).
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| Fig.10.-
Leptyphantes sanctivincentii,
mâle : coupes histologiques sagittale et frontale du rostre |
Fig.11.- Wideria antiqua, coupe frontale du rostre |
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| Gc, glandes "classiques" ; Gr, glande rostrale ; Gn, gnathocoxa
; Gs, glandes "sexuelles" ; M, muscles ; R,
rostre et muscles transversaux ; V, glandes à
venin |
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Une
telle « incarcération » ou pénétration rostrale peut d’ailleurs
s’observer dans le cas des diverticules intestinaux prosomatiques
(Eresidae ; Hersiliidae : Lopez,1984) et de certaines glandes à venin (Filistata, Pholcidae ; Diguetidae : Lopez,1983).
2.1.3- Dans le cas des Leptonetidae, à côté
des glandes classiques, seules présentes
chez les femelles (Fig.12), les glandes
«sexuelles» mâles occupent la partie proximale
de la gnathocoxe et pénètrent
également dans le céphalothorax. Elles y
contractent des rapports de contiguïté presque aussi étendus
que ceux des Araneidae et Linyphiidae avec le rostre, sa glande (confere supra),
le pharynx, les glandes venimeuses, la partie antérieure du syncerebron et la masse ganglionnaire sous-oesophagienne
(Fig.13). Elles ont été découvertes
chez Leptoneta infuscata minos (Avant-monts, Montagne noire, ouest
de l’Hérault,34 : Lopez,1977b :
Fig.3), décrites ensuite chez L.microphthalma (Lopez,1978b)
(Fig.4) et retrouvées
enfin chez 11 autres espèces et sous-espèces (France,
Espagne) ainsi que dans le genre Paraleptoneta (P.bellesi Ribera & Lopez)(Lopez,1982).
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| Fig. 10.- Leptoneta infuscata, femelle : coupe parasagittale
du prosoma |
Fig. 11.- Leptoneta fagei, mâle : coupe parasagittale
du prosoma |
| Ch,
chélicères ; G, gnathocoxa ; Gc, glandes "classiques" ; D, canaux et leurs cellules
; Gs, glandes "sexuelles" ; M, muscles
; N, Syncérébron et ganglions |
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2.2- Structure histologique
2.2.1- Glandes « classiques »
Les glandes « salivaires »
classiques de la femelle et du
mâle occupent une position surtout centrale dans la gnathocoxe des Araneidae et plutôt distale
dans celle des Leptonetidae.
Elles sont bien différentes des glandes
péribuccales épidermiques
en "coussinet".
De plus, elles sont remarquablement moins nombreuses
que les sexuelles dans toutes
les familles (6 en moyenne chez les femelles et 3 chez les mâles).
Chacune d’elles est formée
par un corps glandulaire et
un canal excréteur qui semble le pédiculiser, structure
générale décrite par Legendre (1953) dans
le cas des Tégénaires.
2.2.1.a -Le corps a une forme globuleuse (diamètre
moyen = 100 µ), évoquant ainsi un acinus et, de ce fait, acinoïde. Il
se compose d’adénocytes et d’une cellule
intermédiaire. Les
adénocytes sont allongés et se disposent radiairement
en assise unique autour d’une cavité axiale peu visible. Leur
noyau basal est volumineux, arrondi et nettemnt nucléolé.
Le cytoplasme abondant paraît criblé de vacuoles que séparent
des travées à basophilie diffuse,
se colorant en outre par la pyronine (Fig. ) et lui conférant
un aspect spongieux (Fig.13). La cellule intermédiaire se présente comme un vague liseré frangé
séparant la cavité des pôles apicaux adénocytaires. Elle n’est repérable qu’à son noyau clair, visible
au niveau de collet.
2.2.1.b -Le canal excréteur, surtout visible en section transversale,
unit le corps
glandulaire à
un orifice (pore) de la cuticule. Il est plus ou moins oblique, court,
assez large, bien délimité et montre une paroi
épaisse, acidophile, que flanque le noyau aplati, peu chromatique, d’une cellule satellite. ou canalaire. Dans chaque gnathocoxe, l’ensemble des canaux de glandes classiques converge vers sa face interne, près
de la scopula ; leurs orifices s’y groupent en aire (plage) poreuse ou «criblée» (Fig.14).
2.2.2- Glandes « sexuelles »
Comme les précédentes,
chacune d’elles est formée par un
corps glandulaire et un canal excréteur qui semble également le
pédiculiser.
2.2.2.a
-Le corps glandulaire est
plus volumineux, plus allongé que celui des glandes « classiques »
(l = 50 à 100 µm ; L = 130 à 250 µm),
de forme oblongue surtout marquée chez les Leptonetidae (Fig.13) et présente
ainsi un aspect tubulo-acinoïde (Fig.14). Il est encore constitué
par des adénocytes reposant
sur une basale et par une cellule intermédiaire
repérable à son seul noyau visible près
du collet .Les adénocytes
sont pyramidaux et convergent
vers une lumière axiale étroite, presque virtuelle chez les
Leptonetidae, contenant parfois un matériel sécrétoire qui peut la distendre.
Chez les Araneidae et
les Linyphiidae, leur cytoplasme
est souvent empli jusqu’à
l’apex par des sphérules
acidophiles, grains de sécrétion arrondis colorés par
l’éosine en un rouge brillant intense ayant valu aux glandes sexuelles leur appellation initiale
(Lopez,1974a)
(Fig.16). Ces grains captent également le bleu d’aniline
mais ne se teintent qu’en rose pâle par la méthode à
l’A.P.S. Le cytoplasme n’est basophile que dans sa partie la plus externe
où apparaît une faible affinité pour la pyronine
(méthode dite de Unna-Pappenheim) (Fig. 17)..Il
est fréquent aussi qu’ils s’évacuent des adénocytes pour passer dans la cavité centrale et disparaître presque totalement du corps tubulo-acinoïde. Les cytoplasmes ainsi «déshabités» sont
clairs, vacuolisés et offrent un aspect banal, plus proche de
celui des glandes «classiques».
Dans le cas des Leptoneta
(Leptonetidae),
les glandes sexuelles réunies
en groupe proximal, ont un corps allongé en « massue »,
situé en quasi-totalité dans le prosoma. Le cytoplasme de ses adénocytes, faiblement colorable, ne contient
jamais de grains acidophiles mais
est criblé de vacuoles innombrables,
assez régulières,
sans sécrétion bien visible, lui conférant
un aspect spumeux. Le noyau est petit
(6 µm), rond, avec des blocs chromatiniens
et un nucléole (Fig.18). Une cellule intermédiaire, d’abord interprétée à tort comme
la partie inférieure de la cellule satellite du canal (Lopez,
1978b) s’interpose entre cette dernière et les adénocytes. Elle a un cytoplasme clair
et un noyau vésiculeux, à nucléole très
apparent.
2.2.2.b - Les canaux excréteurs sexuels des Araneidae, sont brefs, acidophiles,
d’à peu près la même longuer que leurs homologues
classiques et jamais ramifiés.
En revanche, ceux des Linyphiidae
sont beaucoup plus spectaculaires. Longs et grêles (d.
moyen = 2 µm), ils tendent à se grouper en
deux faisceaux, l’un horizontal
et dirigé dans le sens postéro-antérieur (Fig. ), l’autre descendant, oblique
en bas et en dedans vers la gnathocoxa. Ils peuvent aussi se fusionner en troncs communs chitineux
de teinte jaunâtre, leur disposition générale
étant alors arborescente comme dans certaines formes de la glande acronale chez les Argyrodes . Les canaux excréteurs des glandes sexuelles sont toujours accompagnés
par des cellules satellites canalaires, peu visibles, repérables à leur seul
noyau aplati et en nombre variant selon la longueur des conduits,
donc impossible à préciser. Ils
se terminent à la partie interne
de la gnathocoxa, par des pores siégeant sur la plage criblée, au milieu des orifices homologues des glandes classiques.
Les canaux excréteurs
des Leptonetidae sont
plus longs que ceux des glandes classiques,
grêles, arrondis, réguliers et chacun accompagné
par une cellule satellite canalaire remarquablement apparente (Fig. ). Elle est en effet de très grande taille (L =
100µm), prismatique allongée, avec un cytoplasme clair
vacuolisé de contour polygonal, un noyau excentrique aplati, à chromatine
très fine, et entoure le canal qui y occupe en général
une position axiale. Ce conduit est peu net dans les coupes longitudinales
mais beaucoup plus visible en section transversale, sous la forme
d’un anneau minuscule inscrit dans le
polygone cellulaire et relié à la membrane par une densification linéaire (Fig. ). Tous
les canaux se terminent au fond
d’une dépression cuticulaire par
un orifice étroit que porte une
saillie papilliforme (Fig.
).
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| Fig. ..Leptoneta trabucensis, mâle : canaux (flèches) et leurs cellules canalaires à noyau (N) parfois visible. |
Ces orifices ne forment chez la femelle
qu’un groupe distal situé au-dessous et en dehors de la scopula, y sont toujours peu nombreux (6
environ), arrondis et adoptent une disposition presque rectiligne
(Fig. ).
Par contre, chez le mâle , ils
constituent deux groupes distincts (Fig. ): l’un antérieur ou distal, formé
de 9 pores alignés comme
ceux de la femelle (Fig. ) ; l’autre postérieur
ou proximal, occupant une aire en triangle orientée vers le
rostre et le labium (Fig. ).
Les orifices y sont très
nombreux (une cinquantaine), ovales (2,5 µm/1,5 µm),
avec une saillie en dôme correspondant à la « papille »
du canal excréteur et un bourrelet marginal qui s’étire
en « raquette » (Fig. ).
Dans le cas de Leptyphantes sanctivincentii, objet
d’une étude plus sommaire, les orifices excréteurs arrondis se
mêlent à ceux des glandes salivaires
« classiques » au fond d’un « puits » cuticulaire de la gnathocoxa, plage
ou aire criblée
de la microscopie photonique. Il n’y a donc point deux groupes distincts.
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| Fig. - Leptyphantes
sanctivincentii, mâle : gnathocoxa,
vue interne totale. M.E.B. |
Fig. - Détail
de la précédente : le "puits"
et ses orifices. |
| O, orifices excéteurs (pores) ; P, dépression
cuticulaire en puits ; S, scopula ; Sc,
sécrétions sur le rebord du puits. |
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Nous avons utilisé comme matériel
d'études Leptyphantes sanctivincentii (Simon) (Linyphiidae) (grotte de Cailhol, Minervois :
Ouest de l’ Hérault, France), et Leptoneta microphtalma Simon (grotte
de L’Espugne, Saleich, Haute Garonne, France ; grotte de Lestelas,
Cazavet, Ariège), examiné en M.E.T. au Laboratoire souterrain du CNRS (Note 1), plus accessoirement Linyphia frutetorum
Koch étudiée au Laboratoire de l’INRA (St Christol
les Alès, 30).
La M.E.T. complète les données
histologiques et montre que chaque glande, sexuelle ou classique, peut
être considérée comme une unité anatomo-fonctionnelle présentant toujours un même plan ultrastructural.
Cette unité comporte : plusieurs
adénocytes et une cellule
intermédiaire, correspondant au corps tubulo-acinoîde ; un canal excréteur
ou conducteur qu’entourent jusqu’au pore des cellules
canalaires, plus ou moins nombreuses, leur ensemble formant
un appareil
cuticulaire (Schéma).
4.1- Corps glandulaire
4.1.1- Glandes « classiques »
Elles sont appelées
« glandes de catégorie I »dans
le cas particulier de Leptyphantes sanctivincentii (Lopez,1991).
4.1.1.a.- Adénocytes
Chaque adénocyte du corps glandulaire tubulo-acinoïde, est une
grosse cellule pyramidale dont le
pôle apical, serti par la cellule intermédiaire, présente une invagination de l’espace extracellulaire en relation avec la cavité axiale. Cette invagination, souvent très étroit, est bordée par des microvilli irrégulières,
enchevêtrées, contenant des microfilaments longitudinaux
. Au niveau du pôle basal, qui repose sur une lame, le plasmalemme montre,
du moins chez Leptoneta une série de profonds replis compartimentant le hyaloplasme. Dans
le cas du même genre, les faces
latérales s’engrènent
par des interdigitations tandis que des axones riches en
petites vésicules claires et en grains de sécrétion à cœur dense (amines biogènes) courent
entre leurs plasmalemmes (Fig. ).
Le noyau présente un gros nucléole, une chromatine granuleuse dispersée et est
plus ou moins déformé par les organites subcellulaires voisins.
Ces derniers sont essentiellement un réticulum endoplasmique granuleux expliquant la basophilie observée en microscopie optique et un appareil de Golgi à dictyosomes très nombreux chez Leptyphantes, paraissant plus rares chez Leptoneta.
Les cisternae du réticulum granulaire élaborent chez Linyphia (Lopez 1977a) et chez Leptoneta (Lopez,1980) un matériel dense, opaque aux électrons, et le libèrent ensuite dans des vésicules. Ces dernières, qui correspondent aux vacuoles des coupe histologiques, sont arrondies, juxtaposées, plus ou moins confluentes. Le matériel sécrétoire s’y disperse en devenant moins dense et granuleux.. Des microvésicules et fragments de membranes réticulaires peuvent s’y mêler. Chez Leptyphantes (glandes I), les vésicules naissent du Golgi, grossissent progressivement,ont une membrane plus ou moins bien délimitée, renferment un matériel d’opacité variable, peuvent atteindre jusqu’à 5µm (Fig. ), gagnent la partie supérieure de l’adénocyte et y confluant en « flaques » polylobées dont le contenu s’extrude dans la cavité extracellulaire entre les pieds des microvilli (Lopez,1991).
Les autres organites sont des mitochondries allongées, à crêtes parallèles, et des lysosomes opaques.
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| Fig. - Leptoneta microphthalma, mâle,
adénocytes classiques et cellule intermédiaire |
Fig. - Adénocytes
classiques, détails |
| Ce, cavité
extracellulaire d'adénocyte ; Cci, cavité extracellulaire
de la cellule intermédiaire (In) ; V, vésicules
(M.E.T.). |
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4.1.1.b.- Cellule intermédiaire
Correspondant
bien au liséré acidophile qui entoure la lumière dans les coupes histologiques,
elle très irrégulière, comme «découpée-laciniée»,
soutient les pôles apicaux
des adénocytes, réunit ces
derniers en un groupement unitaire et assure leur liaison avec
le canal excréteur (Schéma). Son extrémité supérieure
ou proximale s’invagine, du moins chez Leptoneta, en une cavité extracellulaire prolongeant celles
des adénocytes. Ses expansions
s’insinuent entre les adénocytes
et leur sont unies par des zonulae adherens
près des apex. Une jonction annulaire du même type
solidarise l’extrémité inférieure ou distale
de la cellule intermédiaire et
la cellule du canal.
4.1.2- Glandes sexuelles
► Cas de Leptyphantes
A la suite de la découverte histologique du dimorphisme sexuel «salivaire» chez Leptyphantes (Lopez,1978a) et d’autres taxons du
même genre, un premier examen ultrastructural de L.sanctivincentii
(Lopez, 1986b) nous a montré qu’il existe chez
le mâle non pas deux comme décrit initialement, mais
trois catégories de glandes gnathocoxales, appelées I, II et III et bien une seule (catégorie I) chez la femelle
où elle vient d’être décrite.
Les glandes I viennent d’être
décrites.
Les glandes II et III se composent toutes d’unités anatomo-fonctionnelles dont
le corps a été seul décrit en détails
dans nos travaux axés
sur leurs remarquables sécrétions (Lopez,1986b
; Lopez,1991),
et dont le canal excréteur va
s’ouvrir sur la face latéro-interne de la gnathocoxe dans une dépression commune
en crypte (« pit »).
4.1.2.a- Adénocyte
Chaque adénocyte est une grosse cellule pyramidale.
Son pôle apical présente une invagination de l’espace extracellulaire en “cul de sac” occupant le grand axe adénocytaire,
souvent très étroite et bordée de microvilli irrégulières et enchevêtrées.
Les grains de sécrétion des glandes II, présents chez le seul mâle,
sont nombreux, sphériques, et contiennent un matériel
granuleux plus ou moins condensé en mottes irrégulières
(Fig. ).
Quant aux grains des glandes
III, propres aussi au mâle, ils sont très
nombreux, répartis dans tout le cytoplasme, subsphériques
et atteignent 3,2 µm de diamètre. D’une complexité
remarquable, ils renferment au moins trois
composants : un matériel finement grenu et assez clair ; un matériel marginal
en « coiffe » ou « croissant »,
plus dense et plus grossier, au moins partiellement d’aspect réticulé ;
des granules «riziformes»
très caractéristiques de la sécrétion des
glandes III.
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| Leptyphantes mâle : glandes II |
Leptyphantes mâle
: glandes III |
Leptyphantes mâle : glandes III |
| C, "coiffe" marginale ; D, dictyosome E, réticulum ; D, grain dense ; G, matériel granuleux ; N, noyau ; Nu, nucléole ; R, réticulum .......en attente | ||
Ces derniers sont bien individualisés, de contours réguliers, d’opacité
modérée, de forme ovoïde permettant de les comparer
à de petits grains de riz (d’où leur nom) et d’une taille
assez constante ( longueur : 0,17 µm). (Fig.).
Ainsi, l’aspect des grains de sécrétion est extrêmement variable, conditionné par les proportions
respectives des trois composants et correspondent sans aucun doute à
différents degrés ou stades de maturation. Les granules riziformes semblent se développer
à partir de la composante réticulée, passent ensuite
dans la phase finement grenue qui devient de plus en plus claire,
se fond dans le hyaloplasme tandis que la membrane du grain
s’efface, sont ainsi libérés au pied des microvilli, et finalement seuls extrudés
dans la lumière de l’acinus qu’ils
remplissent (Fig.).
4.1.2.b- Cellule intermédiaire
La cellule intermédiaire a des contours irréguliers
et sertit les parties apicales des adénocytes. Elle est
très riche en microtubules.
La cohésion de l’ensemble
est assurée par des desmosomes zonaires et des jonctions septées.
►Cas de Linyphia
Dans le cas de Linyphia frutetorum, seule étudiée initialement
et de manière succincte au M.E.T. (Lopez,
1977a), l’adénocyte « sexuel »
renferme aussi un réticulum granuleux très développé.
Les grains de
sécrétion correspondent bien aux sphérules
acidophiles de la microscopie photonique mais ont un aspect ultrastructural
très différent de ceux de Leptyphantes. Ils sont volumineux, subégaux,
réguliers, sphériques mais assez mal délimités, et paraissent formés par des cisternae réticulaires qui s’y reploient en « circonvolutions »
et «volutes» tourbillonnantes. Un matériel
modérément opaque aux électrons englue et
estompe ces curieuses structures en forme de « boule »(Fig. ). Chez Linyphia, dans
les adénocytes classiques où ne sont visibles que des
vacuoles juxtaposées à contenu
granuleux plus ou moins dense (Fig. ). Un tel aspect est visible aussi dans les
glandes sexuelles après dégranulisation
et succèderait alors aux « boules »,
confirmant les données histologiques.
► Cas de Leptoneta
4.1.2.a - Adénocyte
L’adénocyte sexuel
est une longue cellule
piriforme, accolée aux voisines par
des faces sinueuses et convergeant avec
ces dernières, au nombre total de 4 ou 5 par
coupe transversale, vers une cavité centrale collabée
très difficile à reconnaître.
Le pôle apical présente encore une invagination de l’ espace extracellulaire également collabée et réduite
à un lacis formé par des microvilli enchevêtrées
(Fig. )
Le cytoplasme sous-jacent contient de nombreux ribosomes et des microfilaments s’engageant dans les axes villositaires. Ses régions moyenne et basale contiennent des mitochondries à crêtes parallèles, de rares dictyosomes (Golgi), des ribosomes libres, des polysomes et surtout, de très nombreuses vésicules. Correspondant aux vacuoles de l’histologie, et très
différentes des grains de sécrétion de Linyphiidae, elles sont subsphériques,
de taille variable, plus ou moins confluentes et renferment parfois
un matériel dispersé et peu contrasté.
|
| Fig. - Leptoneta
microphthalma, mâle, adénocyte sexuel : N, noyau ; Nu, nucléole
; V, vésicules M.E.T. |
Le petit noyau, souvent déformé
par les vésicules adjacentes,
contient un nucléole excentrique et des masses chromatiniennes de taille assez uniforme, tendant
à s’accoler à l’enveloppe nucléaire.
4.1.2.b- Cellule intermédiaire
Elle est volumineuse, allongée, très irrégulière
au contact des adénocytes
entre lesquels s’insinuent ses longues digitations mais s’ordonne autour du
canal excréteur en un «manchon» plus ou moins aplati.
Le noyau est volumineux,
ovalaire et pourvu d’une chromatine en
masses dispersées.
Le hyaloplasme
est clair et très abondant. Il renferme quelques mitochondries, des polysomes épars , de petites vésicules à paroi mince contenant
parfois un grain sphérique et surtout, des microtubules. Ces derniers sont nombreux
et se groupent en faisceaux compacts
parallèles aux canal excréteur, lui formant ainsi une sorte de «gaine».
La cellule intermédiaire
est unie par des zonulae adhaerens,
d’une part aux adénocytes (digitations), d’autre part à la cellule canalaire (extrémté opposée).
4.2 - Appareil cuticulaire
Succincte chez Linyphia
et Leptyphantes (Lopez,1977a
; Lopez,1986), son étude a été beaucoup
plus poussée chez Leptoneta (Lopez,1980)
et montre dans leurs unités sexuelles un même aspect fondamental,
retrouvé d’ailleurs dans les unités glandulaires classiques. Les canaux excréteurs sont entourés par des cellules canalaires.
4.2.1-Glandes classiques
4.2.1.a - Cellules canalaires
Cellule satellite de la microscopie photonique, chacun
de ces éléments enveloppe le canal excréteur en se refermant sur lui-même
et en formant un méso de plasmalemme par l’accolement de ses faces opposées.
Il reste toutefois séparé du canal par une cavité extracellulaire où font saillie des microvillosités groupées en bouquets. Leur
extrémité libre présente souvent une zone
plus dense aux electrons (Fig. ).
Le cytoplasme des cellules canalaires renferme un grand nombre de mitochondries longues et sinueuses,
ainsi que des grains très osmiophiles.
4.2.1.b-Canal excréteur
Il est arrondi, régulier,
montre une lumière
béante et une
paroi épaisse, formée par deux couches, interne et externe.
La première est un liséré osmiophile
fin et sinueux, tandis qiue la seconde, beaucoup plus épaisse,
montre une structure hétérogène, finement granuleuse
avec des vermiculations. Toutes deux se raccordent à l’épicuticule tégumentaire après avoir formé un
«bec» aigu, correspondant en coupe à la saillie papilliforme déjà signalée
(histologie, M.E.B.)........
4.2.2-Glandes sexuelles
4.2.2.a - Cellules canalaires
Elles
forment aussi un «manchon» en se refermant sur elles-mêmes
et en créant ainsi un méso, sans
toutefois s’accoler partout aux conduits et en restant plus ou moins séparées
par une étroite cavité extracellulaire.
Il y a deux cellules canalaires proximales chez Leptyphantes (probablement aussi chez Linyphia), la première succédant
à la cellule
intermédiaire qui lui est unie par une jonction annulaire, et des distales, en nombre plus ou moins grand selon
la longueur du canal. Elles présentent des microvilli d’ailleurs peu visibles au-dessous de la cuticule, renferment
un chondriome assez développé ainsi
que de nombreux microtubules mais paraissent dépourvues
de toute activité sécrétrice. Leur noyau est excentrique, allongé,
aplati et contient de petites mottes chromatiniennes.
Par contre, il n’y en a qu’une seule
dans le cas de Leptoneta microphthalma. Elle est trés allongée,
également unie à la cellule intermédiaire par une jonction annulaire et détermine,
par l’accolement localisé de ses deux faces et de leurs
plasmalemmes un méso particulièrement long, net
et sinueux, correspondant à la «densification»
des coupes histologiques. La face interne libre est hérissée
de microvillosités longues, irrégulières
et enchevêtrées occupant la cavité extracellulaire.
Le noyau excentrique est allongé, plat
et pourvu de petites mottes chromatiniennes.
Le cytoplasme étendu se singularise par
son extrême richesse en vésicules sphériques, régulières,
de taille assez variable, les plus petites portant des ribosomes sur leur face externe, et les plus
grandes contenant fréquemment un matériel homogène,
opaque aux électrons.
|
| Fig. - Canaux de Leptyphantes : C, paroi ; M, mitochondrie
; S, "méso"; T, microtubules ( M.E.T.). |
Le canal
excréteur sexuel reste ensuite déprimé,
rarement béant près de sa terminaison. Sa lumière paraît vide ou renferme
un matériel peu abondant et d’opacité modérée
aux électons. Sa paroi comporte
deux couches, interne et externe, analogues à celles des canaux excréteurs de glandes classiques (confere supra).
Ses rapports avec l’épicuticule
tégumentaire sont également semblables.
5.1.- Sur le plan anatomique,
la structure fine des unités constituant
les glandes gnathocoxales classiques et sexuelles les diffèrencie sensiblement de celles des autres glandes d’Araignées
anatomiquement définies. Elle permet de leur reconnaître
un modèle fondamental commun à trois étages (Schéma) : un étage proximal
tubulo-acinoïde, comprenant plusieurs adénocytes, et leurs cavités extracellulaires ; un étage moyen formé par
une cellule intermédiaire non sécrétrice dont
la cavité fait suite aux précédentes
;
un étage distal constitué
par le canal excréteur et sa (ses) cellule(s) canalaire
(s).
Ce modèle évoque celui
des glandes tégumentaires d’Opilions (Martens,1973), de Myriapodes (Nguyen Duy- Jacquemin,1978 ;
Juberthie-Jupeau, 1976), de Crustacés (Juberthie-Jupeau & Crouau,1977),
d’Insectes Aptérygotes
(Juberthie-Jupeau
& Bareth, 1977) et de très
nombreux Ptérygotes.
Toutefois, les glandes gnathocoxales possèdent un nombre d’adénocytes beaucoup plus élevé,
surtout chez Leptoneta. En outre, elles sont totalement
dépourvues des canalicules récepteurs en «filtre» ou «crible»
(au sens de Pastells, 1968, et de Quennedey,1978) et de l’appareil terminal («end apparatus») qui les complète,
aussi bien dans d’autres organes sécréteurs d’Araignées (glandes acronale, rétognathocoxale, labiosternale, rétrogonoporale…) que dans ceux d’ordres arthropodiens différents.
Par leur structure composite
très particulière, les glandes gnathocoxales ne
peuvent donc être rattachées
à la classe 3 des glandes épidermiques
d’Insectes et autres Arthropodes, d’autant plus que
Leptoneta la
cellule canalaire sexuelle montre
des signes d’activité sécrétoire très
marquée, à peu près inconnus dans les autres
ordres.
Les grains de sécrétion
ont une origine golgienne et leur aspect variable,
lié aux proportions respectives de leurs trois composants,
correspondent à différents degrés ou stades
de maturation. Chez Linyphia, les rapports étroits des grains avec le réticulum
et leur disposition en «boules circonvoluées»
uniformes s’oppose à cette complexité et à une origine
golgienne, mais il ne s’agit peut
être là que d’un aspect également temporaire, impossible
à cerner faute d’études plus complètes. Il n’est
pas sans rappeler les « tourbillons »
que Crossley & Waterhouse (1969) ont décrit dans
l’osmeterium de certains Insectes
Lépidoptères (chenilles de
Papilio).
En revanche, il n’y a pas de signes d’activité
…..
5.2.- Sur le plan
fonctionnel, les glandes maxillaires propres aux mâles
ont certainement un rôle lié au comportement sexuel
comme dans le cas de la glande acronale (clypéale).
Elles pourraient intervenir
dans 3 fonctions qui
ne s’excluent d’ailleurs pas mutuellement lors de la copulation et ses préliminaires, à savoir : une lubrification de l’embolus palpaire lorsque
l’accouplement est prolongée
et (ou) répété ; une obturation des voies génitales
femelles assurant
au mâle sa « priorité
spermatique » ; une action attractive ou, inversement, inhibitrice sur la partenaire.
5.2.1- Une fonction lubrificatrice du pédipalpe mâle
(«palpal lubrication») paraît la plus vraisemblable.
Divers auteurs ont en effet signalé qu’au cours de la copulation, le mâle de nombreuses Araignées introduit souvent ses palpes entre les chélicères et les
pièces buccales
comme pour les « machonner »
(«palpal chewing ), « humecter »
ou « nettoyer », manœuvre observée
notamment chez les Linyphiidae (Wiehle, Rovner) et chez certaines
Araneidae Araneinae telles qu’Araniella cucurbitina
(Blanke,1973a).
Selon toutes probabilités,
les glandes maxillaires mâles élaborent alors
une substance qui recouvre l’organe copulateur, en particulier son bulbe et l’embolus, assure
l’ «entretien» extérieur de cet organe
complexe (confere infra) ou du moins le lubrifie,
facilitant ainsi son intromission rotative dans les voies génitales de la femelle.
Chez les Linyphiidae (Linyphiinae et Erigoninae), le développement des glandes gnathocoxales est tel qu’une sécrétion
profuse doit «inonder» littéralement, avant
leur insertion, les pièces chitineuses de bulbes complexes, plusieurs fois utilisés
au cours de longs accouplements.
De même, chez les Araneinae à dimorphisme gnathocoxal les mâles peuvent s’accoupler
plusieurs fois car l’intégrité de leurs emboli a été conservée
et leur sécrétion maxillaire
abondante les lubrifie avant chaque copulation.
Plusieurs arachnologistes (Peck et
Whitcomb,1970 ; Rovner, Gering…) ayant décrit aussi une
lubrification palpaire dans certaines familles (Clubionidae,Lycosidae,Agelenidae) dont les mâles
m’ont paru dépourvus de glandes maxillaires
« sexuelles », il semblerait qu’ une «humidification» des bulbes puisse fort bien être assurée
par des glandes
«salivaires normales » ou «classiques» et constitue, de ce fait,
un trait éthologique assez répandu chez les Araignées.
J’admet donc à l’appui de mon hypothèse que l’apparition de structures
génitales complexes aurait
entrainé une différenciation de glandes « lubrifiantes »
mâles spécialisées dans deux familles apparentées
(Linyphiidae, Erigoninae comprises ; Araneidae), chez les Leptonetidae, et peut être aussi dans d’autre
groupes taxonomiques à explorer.
5.2.2 - Bien que séduisante, une fonction obturatrice
du gonopore femelle par la sécrétion gnathocoxale
est moins assurée. Les obturateurs
génitaux (« bouchons d’accouplement », « mating plugs ») qu’elle pourrait constituer
en se solidifiant ne paraît pas signalé chez les Linyphiidae, famille pourtant la mieux « équipée »
en « glandes
sexuelles ». En revanche, des «bouchons» ont été signalés chez les Salticidae, Clubionidae, Oxyopidae, Thomisidae et Theridiidae tous dépourvus, semble-t-il,
des mêmes organes mâles. Au sein de la denière famille,
le cas des Argyrodes est particulièrement éloquent :
la présence d’obturateurs génitaux spectaculaires chez la femelle contraste
avec des glandes
gnathocoxales
réduites et identiques dans les deux sexes (Lopez,
1974b) (Fig. ) ; leur élaboration par
une partie au moins de la glande palpaire semble être la plus vraisemblable
(confere infra).
5.2.3 - Une action attractive
ou inhibitrice sur la femelle impliquerait que la sécrétion
maxillaire « sexuelle » est aussi de nature
phéromonale. En effet, dans le cas au moins d’Araniella
cucurbitina, le mâle enduit de sécrétion,
non seulement les palpes mais aussi ses pattes antérieures au cours du nettoyage (Blanke,1973).
La substance jouerait alors un rôle sémiochimique
lors des attouchements inhibiteurs d’agressivité que les
pattes exercent sur le prosoma femelle pendant la « cour à
brève distance ».
L’existence de divers grains de sécrétion (Leptyphantes) pourrait y traduire plusieurs composantes
5.3.- Sur le plan systématique,
le dimorphisme sexuel gnathocoxal
des genres Leptoneta (Lopez,
1978a ; Lopez,1978b ;
Lopez,1980),
Paraleptoneta
(Lopez,1982) et même Sulcia (Lopez :
observation histologique non publiée) se présente
comme un nouveau caractère familial d’intérêt
majeur. Il a été d’ailleurs pris
en compte par Brignoli (1979) dans son étude des Leptonetidae. Jusqu’alors,
la diagnose de cette famille
ne reposait que sur un les caractères définis par Fage
(1913) et y incluait Telema tenella.
En fait, cette petite Araignée
pyrénéenne ne montre
pas de dimorphisme
sexuel gnathocoxal mais possède d’autres caractères
positifs remarquables (spermatophores,
organe copulateur mâle, spermathèque de la femelle, sphérites intestinaux ) permettant
formellement de l’extraire des Leptonetidae pour la rattacher
aux Telemidae.
L’existence d’un dimorphisme gnathocoxal avec des glandes sexuelles encore plus «exubérantes»,
comme «ectopiques», et souvent pourvues d’un système
canalaire complexe est un argument de poids supplémentaire
pour associer «Linyphies»
et «Erigones» sensu lato dans une seule
et même famille : les Linyphiidae. Soulignant toutes
les difficultés d’une limitation taxonomique dans cette
famille, Lehtinen et Saaristo (1970) avaient d’ailleurs propsé
un examen combiné de divers critères anatomiques et
des caractères cytologiques. Malgré des
différences leur conférant un statut de sous-familles,
Linyphiinae et Erigoninae, ces Araignées n’en sont pas moins étroitement
apparentées, d’autant plus que leur prosoma contient souvent aussi des glandes acronales.
Une subdivision bifurquée en deux familles distinctes,
Linyphiidae et Erigonidae, est donc bien impossible
(Lehtinen, 1975).
En ce qui concerne l’immense groupement des Araneidae, sa sous-famille des Araneinae devrait
fairel’objet d’une révision taxonomique complémentaire
fondée cette fois, et entre autres critères, sur l’anatomie des glandes gnathocoxales ou maxillaires (Note 3) et leur rapport,
lorsqu’elle existe, avec une coiffe embolique (confere supra).
5.4.- Sur le plan phylogénique, et bien qu’il n’ait guère été
pris en compte par d’autres auteurs (nord-américains en
particulier : Note 3), le dimorphisme sexuel gnathocoxal justifie pleinement qu’ Araneidae et Linyphiidae soient réunies dans la même super-famille des Araneoidea (ex Argiopiformia ou Argiopidea).
Selon Lehtinen (1975), les Linyphiidae y descendraient d’ailleurs directement
de la première famille. Il insiste par ailleurs sur les
difficultés d’une limitation taxonomique chez les Linyphiidae et en propose même un examen combiné, non seulement du colulus, de la sclérification abdominale, des trichobothries, du palpe femelle et des caractères cytologiques.
Le dimorphisme des Leptonetidae n’autorise aucun rapprochement avec
la superfamille précédente et semble,
pour l’instant, les isoler au sein
des Haplogynes.
5.5.- Sur le plan de l’anatomie comparée,
le dimorphisme sexuel «salivaire»
est une grande rareté anatomique se retrouvant, en dehors
des trois familles d’ Araignées qu’il concerne, dans l’ordre des Insectes
Mécoptères et celui des Hétéroptères Lygaeidae. Chez
les Mécoptères, des Panorpidae telles que
Panorpa communis (Fig.
) et peut-être aussi les Choristidae,
possèdent en effet des glandes salivaires
ou labiales rudimentaires chez
la femelle mais énormes chez le mâle où elles
s’étendent jusqu’au 6eme segment abdominal
(Grell,1938) (Fig.).
Elles interviennent dans la parade
nuptiale lorsque le mâle régurgite de la salive
que la femelle ingère ensuite (Mercier,1915). Chez le Lygaeide Stilbocoris
natalensis le mâle possède un lobe salivaire postérieur très
allongé et en injecte la sécrétion dans
une graine de moracée qu’il offre ensuite à la femelle
(Carayon,1964). Un tel don salivaire
entre partenaires sexuels n’a jamais été observé
chez les Araignées où les seules sécrétions
mâles qui soient absorbées, ou du moins « contactées »
par la femelle, sont émises au niveau du clypeus par la glande
acronale de Theridiidae (Argyrodes surtout) et
de Linyphiidae (Erigoninae, quelques Linyphiinae des genres
Bolyphantes,
Tapinopa).
|
|
|
| Panorpa communis, mâle |
Coupes longitudinales
du mâle M , de la femelle F : glandes salivaires
en rouge; G, gonopodes;
R,rostre |
Panorpa communis, femelle |
Blanke, R., 1973. – Forma et Functio, 6, p. 279-290.
Brignoli, P-M., 1979 .- J.Arachnol.,7, p.231-236.
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