Le clypéus des
Araignées est un territoire plus ou
moins étendu correspondant
à la partie toute antérieure
de la face dorsale du prosoma
(“ carapace ”
ou “ bouclier ”)
(Fig.1)
Encore appelé “ bandeau ”, il
sépare les yeux du bord frontal (B) surplombant
les chélicères. On peut
considérer qu’il fait partie de
l’acron : région “acronienne”
ou céphalique primaire prébuccale.
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Fig.1 - Clypeus
ou bandeau (C)
particulièrement développé
chez une Microdipoena (Mysmenidae) de Mahé, Seychelles (M.E.B.)
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| B, bord frontal ; C, clypeus ; Ch, chélicères ; O, groupe
oculaire |
Chez
les mâles de certaines Araignées (Theridiidae du genre
Argyrodes,
Linyphiidae Erigoninae),
il est en relation profonde avec un épiderme dont les cellules se sont différenciées
en organes
tégumentaires sécréteurs plus
ou moins
complexes, les glandes
dites clypéales.
Je l'ai découverte
il y a plus de 30 ans chez les Argyrodes
en examinant les coupes
histologiques de l'une d'entre elles, Argyrodes zonatus (Walck.),
récoltée à
Madagascar (Dr.Rakotondrainibe col.) et que j'ai
retrouvée ultérieurement dans l'île de la Réunion..
Cet organe prosomatique insolite
est propre aux mâles du genre Argyrodes
(Theridiidae), sans équivalent
chez leurs
femelles et remarquable par sa localisation
(Lopez,1974a
; Lopez, 1977b).
Il
siège en effet dans la région "céphalique"
du corps de l' Argyrodes
mâle, plus précisement dans la partie
antéro-supérieure du prosoma
où ses rapports
avec le clypeus nous avaient
initialement suggéré
son premier nom de “glande clypéale”,
consacré jusqu’ici par l’usage
et étendu à d’autres familles d’Araignées.
En
fait, cette appellation globale ne me paraît
plus justifiée car chez certaines espèces du type “acuminé” (confere
infra), la glande
n’a plus, au moins en partie, de relation directe
avec le “ bandeau ”.
Mieux vaut donc rattacher l’organe
à l’acron et le
désigner sous un nouveau nom :
glande
acronale.
Sa
présence est étroitement liée
à celle d’un dimorphisme sexuel prosomatique acronal très
marqué.
2-Le Dimorphisme sexuel prosomatique
acronal
Ce dernier est déjà
utilisé dans la classification
puisque certains auteurs (Pickard-Cambridge,
Exline & Levi, Chrysanthus)
ont eu recours aux détails du céphalothorax des mâles
dans un but systématique.
Le prosoma des femelles a un aspect banal et assez uniforme (Fig.2).
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| Fig.
2 - Argyrodes femelles
(M.E.B.)
C : Clypeus
d'aspect banal |
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En revanche, celui des mâles
présente une morphologie
extraordinaire bien visible au M.E.B.
dans sa région acronale.
Associant des saillies, bosses
ou protubérances et des dépressions,
échancrures ou sillons,
cette anatomie réalise en quelque sorte
une “galerie des monstres” tant elle est surprenante
et peut même “choquer” par sa présentation
comparative chez diverses espèces.
Suivant l’aspect général et la disposition
de ces reliefs, j’avais proposé initialement
de rattacher les mâles d’ Argyrodes à
quatre types morphologiques bien distincts,
du moins chez les espèces
alors connues : types “ nasuté ”,
“ rostré ”, “ lippu ” ou “ prognathe ”et
“ camard ” (Lopez, 1977b; Lopez, 1979).
En
fait, une nouvelle classification, comportant cette
fois 6 morphotypes,
me paraît plus appropriée.
►Le nouveau type
“ acuminé ” est caractérisé par
une protubérance unique droite
ou procurvée,
surplombant le groupe oculaire et inclut ainsi
des espèces telles qu’ Argyrodes cognatus
(Seychelles) et A.projiciens
(Pick.Cambr.) (Amérique tropicale)
(Fig.3).
►L’ancien type “ rostré ”(Fig.4
à 7) convient mieux aux mâles dont le
clypeus est divisé en
deux projections par une échancrure
(E) : la protubérance oculaire
(Po) et la bosse frontale (Bf), cette dernière
évoquant un rostre ; il concerne une
majorité d’espèces, d’abord rattachées
au “ nasuté ”, notamment
Argyrodes argyrodes…..
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| Fig.
4 - Argyrodes elevatus
mâle, Guadeloupe (M.E.B.) |
Fig.
5 - Argyrodes zonatus
mâle, Réunion (M.E.B.) |
| Bf, bosse frontale
; E, échancrure ; O, yeux ; Po, protubérance oculaire |
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| Fig. 6 -
Argyrodes nephilae
mâle, Guadeloupe (M.E.B.)
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Fig. 7 -
Argyrodes rostratus
nephilae
mâle, Seychelles (M.E.B.) |
| Bf, bosse frontale
; E, échancrure ; Po, protubérance oculaire |
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►Le type “ nasuté ”
me paraît aujourd’hui devoir être réservé à
Argyrodes nasutus
Pick.Cambr. (Inde,
Ceylan) dont la bosse frontale
se dispose en une sorte de “ nez ”
caricatural (Fig.8 : Bf) ainsi qu'à
Argyrodes borbonicus
Lopez (La Réunion) (Fig.8a à 8d).
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| Fig.
8 - Argyrodes nasutus
mâle, vue latérale gauche
(M.E.B.)
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Fig.
8 a - Argyrodes borbonicus
mâle, vue
latérale droite (M.E.B.)
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| Fig.8b- Même Argyrodes borbonicus,
vue frontale |
Fig.8c- Le même, vue latéro-supérieure
gauche |
Fig.8d - Le même, vue supérieure
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| Bf, bosse freontale
; C, clypéus ; Ch, chélicère ; H, touffe de poils ;Ol,
yeux latéraux ; P, pédipalpe ; Po, protubérance oculaire.
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►Le type “lippu” est caractérisé par une forte “bosse clypéale" surplombant les chélicères comme une lèvre inférieure éversée en avant du sillon (S). Il se rencontre chez Argyrodes ululans et amplifrons, de Guyane française (Fig.9,10).
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| Fig. 9 - Argyrodes ululans
mâle (Guyane) (M.E.B.) |
Fig. 10 -
Argyrodes amplifrons
mâle (Guyane) (M.E.B.) |
►Le type “ prognathe ” ou paraît
propre à certaines autres espèces
sud-américaines (Argyrodes benedicti Lopez,
également de Guyane française,
A.cochleaforma,
sullana,
atopus, proboscifer….)(Fig.11,12) ;
le clypeus saille
très fortement au-dessus des tiges
chélicériennes (Ch), tel
une mandibule, cette protubérance
(P), plus ou moins incurvée, étant
creusée d’une fossette poilue (F)
et pouvant avoir un aspect en “cuillère”.
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| Fig. 11 - Argyrodes cochleaforma
mâle (M.E.B.)
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Fig.
12 - Argyrodes benedicti
Lopez, mâle (Guyane) (M.E.B.),
de face, à gauche, et de profil, à
droite |
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►le type “camard” (par exemple Argyrodes caudatus et cancellatus des Antilles françaises : Fig. 13) est caractérisé par l’absence de projections ; il montre un clypeus (C) peu saillant, haut, presque droit et parait donc aplati, comme “écrasé”, si on le compare aux types précédents ; l’échancrure est remplacée par un sillon (S) transversal étroit, presque “fermé” et n’apparaissant bien que lorsqu’on examine l’animal de face.
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| Fig.13
- Argyrodes caudatus
mâle (Guadeloupe) (M.E.B.),
de 3/4 (à gauche) et de face (à droite).
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De
plus, l’étude au M.E.B. (Lopez,1979)
montre l’aspect du tégument (lisse
ou garni de reliefs en “écailles”)
et l’existence de saillies
accessoires plus ou moins tronconiques
tendant à fermer le sillon ou échancrure
(Fig.14,15).
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| Fig.14 -Saillies
accessoires chez Argyrodes argyrodes (Ténérife) (à
gauche), dans l'échancrure
et Argyrodes amplifrons
(Guyane) (à droite),
flèche. |
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Elle met aussi en évidence la structure
des poils (sillons, spinules…)
et surtout, ce qui est le plus
important, l’existence d’orifices
(Fig.15,16).
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| Fig.15
- Pores d' Argyrodes argyrodes.
P, pores ; S, saillies accessoires
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Fig.16- Pores
d' A.projiciens.
P, pores |
Ces derniers sont béants, sans bourrelet
complet,
parfois circonscrits par deux lèvres,
non surélevés, le plus
souvent de niveau avec la surface tégumentaire,
rarement dans le fond de
fentes étroites en “ boutonnières ”(Argyrodes
fissifrontella
Saaristo) . Ils peuvent
être dispersés sans ordre apparent (type
acuminé) ou réunis en 2 groupes
de 2 à 5 orifices chacun, symétriques
par rapport au plan sagittal (type rostré).
Dans tous les cas, ils sont nettement séparés
des poils, y compris chez l’espèce néozélandaise
Argyrodes antipodiana (O.P.Cambr.)
où ils ne s’ouvrent pas dans leur
alvéole basale, bien que
Whitehouse (1987 : absence d’étude histologique)
affirme le contraire.
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Fig.17 - Céphalothorax d'Argyrodes argyrodes (Tunisie) éclairci au salicylate de méthyle. Bf, bosse frontale ; E, échancrure ; G, glande acronale vue par transparence ; Po, protubérance oculaire ; flèches, pourtour de la glande. |
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Sa connaissance est fondée sur les
études histologiques
et surtout sur les recherches électronomicroscopique
(Lopez, 1980a : Argyrodes argyrodes
(Walck.) de type “rostré” ;
Lopez,1980b : Argyrodes
cognatus
(Black.), de type “ acuminé )”effectuées
essentiellement au Laboratoire souterrain du CNRS (Note 1)
Elles
en montrent respectivement la
structure d’ensemble et la structure fine
de l’unité glandulaire.
3.1- Structure histologique
Dans
les types “rostré” (Argyrodes
argyrodes,
zonatus, elevatus, nephilae) (Fig.18 à 21),
"lippu" (Argyrodes ululans)
(Fig.22) et “camard” (Argyrodes
caudatus, cancellatus)(Fig.23),
un canal collecteur principal
aboutit à chacun des
pores. Il résulte de la confluence de canalicules excréteurs de 2eme ordre ; ces derniers sont eux-mêmes formés
par l’union de canalicules excréteurs
de 1er ordre, chacun drainant une cellule sécrétrice
ou adénocyte
et constituant avec elle l’unité glandulaire . Les canaux excréteurs de tous ordres
sont entourés
par des cellules canalaires. L’ ensemble de tous ces canaux constitue
un appareil cuticulaire
s’étendant des portions réceptrices
aux pores de surface.
Les adénocytes
se groupent
par 5 ou 6 en un petit lobule
assez bien
individualisé (Fig.13) que
nous avions d’abord interprété
(à tort !) comme des acini à
lumière virtuelle rappelant ceux des glandes salivaires gnathocoxales
(Lopez,1974a)(confere
infra).
L’ensemble des lobules constitue l’un des deux massifs compacts incurvés ou des cordons sinueux (G) dont est formée la glande (Lopez,1974a ; Lopez,1977 ; Lopez,1979). Chaque massif ou cordon d’adénocytes aboutit donc séparément à l’un des deux groupes de pores du sillon ou échancrure (S) par le système des canaux interposés.(glandes “ arborescentes ”).
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| Fig. 18 -
Argyrodes
zonatus
mâle
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Fig. 19 -
Argyrodes
zonatus
mâle
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Fig.20 - Argyrodes
elevatus
mâle |
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| Fig.21 -
Argyrodes
nephilae
mâle |
Fig.22
- Argyrodes
ululans
mâle |
Fig.23 - Argyrodes caudatus mâle |
Toutefois,
chez l’espèce Argyrodes fissifrontella
(Seychelles), de morphotype rostré, l’ensemble
de l’organe ne paraît pas bilobé
mais impair ; ses unités glandulaires
sont isolées ou en lobules lâches
; leurs canaux ne forment pas un système ramifié
mais restent indépendants comme
dans le type suivant (“acuminé”) ; de plus,
leurs terminaisons ne se limitent pas à
la bosse frontale mais s’ouvrent également
sur la protubérance oculaire (Fig.24)
(Lopez,1981).
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| Fig.24
- Argyrodes fissifrontella
mâle
(Seychelles) en coupes sagittale
et transversale. Bf, bosse frontale
; G, massif glandulaire ; O, oeil ; Po, protubérance
oculaire ; S, sillon |
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Dans
le type “acuminé” (Argyrodes
cognatus) un massif glandulaire
également impair occupe
la protubérance sus-oculaire en "tourelle"
(“turret gland”) et se prolonge en “languette”
sous le tégument clypéal (Fig.25
à 27).Il est formé
par des unités juxtaposées bien
séparées ou à disposition
lobulaire peu marquée, chacune d’elles comprenant
un adénocyte, une
seule cellule canalaire
et un canal excréteur de 1er
ordre, aboutissant
directement à un pore, parois après
s’être fusionné avec un voisin juste
avant cette terminaison. Comme chez A.fissifrontella,
il n’existe pas de système
excréteur ramifié (glandes
“simples”).
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| Fig.25- Argyrodes cognatus mâle (Seychelles),
coupe sagittale. |
Fig.26- Argyrodes cognatus mâle, coupe transversale |
Fig.27- Coupe sagittale,
détail |
| A | ||