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ANATOMIE DES
ARAIGNEES :
VINGT-CINQ ANS
DE RECHERCHES
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Glande clypéale ou acronale
des Argyrodes mâles
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Le clypéus des
Araignées est un territoire plus ou
moins étendu correspondant
à la partie toute antérieure
de la face dorsale du prosoma
(“ carapace ”
ou “ bouclier ”)
(Fig.1)
Encore appelé “ bandeau ”, il
sépare les yeux du bord frontal (B) surplombant
les chélicères. On
peut considérer qu’il fait partie de
l’acron : région “acronienne”
ou céphalique primaire prébuccale.
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Fig.1 - Clypeus
ou bandeau (C)
particulièrement développé
chez une Microdipoena (Mysmenidae) de Mahé, Seychelles (M.E.B.)
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| B, bord frontal ; C, clypeus ; Ch, chélicères ; O, groupe
oculaire |
Chez
les mâles de certaines Araignées
(Theridiidae
du genre Argyrodes,
Linyphiidae Erigoninae),
il est en relation profonde avec un épiderme dont les cellules se sont différenciées
en organes
tégumentaires sécréteurs plus
ou moins
complexes, les glandes
dites clypéales.
Je l'ai découverte
il y a plus de 30 ans chez les Argyrodes
en examinant les coupes
histologiques de l'une d'entre elles, Argyrodes zonatus (Walck.),
récoltée
à Madagascar (Dr.Rakotondrainibe col.) et
que j'ai retrouvée ultérieurement dans l'île de la Réunion..
Cet organe prosomatique insolite
est propre aux mâles du genre Argyrodes
(Theridiidae), sans équivalent
chez leurs
femelles et remarquable par sa localisation
(Lopez,1974a
; Lopez, 1977b).
Il
siège en effet dans la région "céphalique"
du corps de l' Argyrodes
mâle, plus précisement dans la
partie antéro-supérieure du prosoma
où ses rapports avec le clypeus
nous avaient initialement suggéré
son premier nom de “glande clypéale”,
consacré jusqu’ici par l’usage
et étendu à d’autres familles d’Araignées.
En
fait, cette appellation globale ne me paraît
plus justifiée car chez certaines espèces du type “acuminé” (confere
infra), la glande
n’a plus, au moins en partie, de relation
directe avec le “ bandeau ”.
Mieux vaut donc rattacher l’organe
à l’acron et
le désigner sous un nouveau nom :
glande
acronale.
Sa
présence est étroitement liée
à celle d’un dimorphisme sexuel prosomatique acronal très
marqué.
2-Le Dimorphisme sexuel prosomatique
acronal
Ce dernier est déjà
utilisé dans la classification
puisque certains auteurs
(Pickard-Cambridge, Exline & Levi,
Chrysanthus) ont eu recours aux détails
du céphalothorax des mâles
dans un but systématique.
Le prosoma des femelles a un aspect banal et assez uniforme (Fig.2).
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| Fig.
2 - Argyrodes femelles
(M.E.B.)
C : Clypeus
d'aspect banal |
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En revanche, celui des mâles
présente une morphologie
extraordinaire bien visible au
M.E.B. dans sa région acronale.
Associant des saillies, bosses
ou protubérances et des dépressions,
échancrures ou
sillons, cette anatomie réalise en quelque
sorte une “galerie des monstres” tant elle
est surprenante et peut même “choquer” par sa présentation
comparative chez diverses espèces.
Suivant l’aspect général et la disposition
de ces reliefs, j’avais proposé initialement
de rattacher les mâles d’ Argyrodes
à quatre types morphologiques bien distincts,
du moins chez les espèces
alors connues : types “ nasuté ”,
“ rostré ”, “ lippu ” ou “ prognathe ”et
“ camard ” (Lopez, 1977b; Lopez, 1979).
En
fait, une nouvelle classification, comportant
cette fois 6 morphotypes,
me paraît plus appropriée.
►Le nouveau type
“ acuminé ” est caractérisé par
une protubérance unique droite
ou procurvée,
surplombant le groupe oculaire et inclut ainsi
des espèces telles qu’ Argyrodes cognatus
(Seychelles) et A.projiciens
(Pick.Cambr.) (Amérique tropicale)
(Fig.3).
►L’ancien type “ rostré ”(Fig.4
à 7) convient mieux aux mâles dont le
clypeus est divisé en
deux projections par une échancrure
(E) : la protubérance oculaire
(Po) et la bosse frontale (Bf), cette dernière
évoquant un rostre ; il concerne
une majorité d’espèces, d’abord rattachées
au “ nasuté ”, notamment
Argyrodes argyrodes…..
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| Fig.
4 - Argyrodes elevatus
mâle, Guadeloupe (M.E.B.) |
Fig.
5 - Argyrodes zonatus
mâle, Réunion (M.E.B.) |
| Bf, bosse
frontale ; E, échancrure ; O, yeux ; Po, protubérance oculaire |
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| Fig. 6 -
Argyrodes nephilae
mâle, Guadeloupe (M.E.B.)
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Fig. 7
- Argyrodes rostratus
nephilae
mâle, Seychelles (M.E.B.) |
| Bf, bosse
frontale ; E, échancrure ; Po, protubérance oculaire |
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►Le type “ nasuté ”
me paraît aujourd’hui devoir être réservé à
Argyrodes nasutus
Pick.Cambr. (Inde,
Ceylan) dont la bosse
frontale se dispose en une sorte
de “ nez ” caricatural (Fig.8
: Bf) ainsi qu'à Argyrodes
borbonicus Lopez (La Réunion) (Fig.8a
à 8d).
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| Fig.
8 - Argyrodes nasutus
mâle, vue latérale gauche
(M.E.B.)
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Fig.
8 a - Argyrodes borbonicus
mâle, vue
latérale droite (M.E.B.)
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| Fig.8b- Même Argyrodes borbonicus,
vue frontale |
Fig.8c- Le même, vue latéro-supérieure
gauche |
Fig.8d - Le même, vue supérieure
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| Bf, bosse freontale
; C, clypéus ; Ch, chélicère ; H, touffe de poils
;Ol, yeux latéraux ; P, pédipalpe ; Po, protubérance
oculaire. |
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►Le type “lippu” est caractérisé par une forte “bosse clypéale" surplombant les chélicères comme une lèvre inférieure éversée en avant du sillon (S). Il se rencontre chez Argyrodes ululans et amplifrons, de Guyane française (Fig.9,10).
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| Fig. 9 - Argyrodes ululans
mâle (Guyane) (M.E.B.) |
Fig. 10 -
Argyrodes amplifrons
mâle (Guyane) (M.E.B.) |
►Le type “ prognathe ” ou paraît
propre à certaines autres espèces
sud-américaines (Argyrodes benedicti Lopez,
également de Guyane française,
A.cochleaforma,
sullana,
atopus, proboscifer….)(Fig.11,12) ;
le clypeus saille
très fortement au-dessus des tiges
chélicériennes (Ch),
tel une mandibule, cette protubérance
(P), plus ou moins incurvée, étant
creusée d’une fossette poilue (F)
et pouvant avoir un aspect en “cuillère”.
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| Fig. 11 - Argyrodes cochleaforma
mâle (M.E.B.)
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Fig.
12 - Argyrodes
benedicti Lopez,
mâle (Guyane) (M.E.B.), de
face, à gauche, et de profil, à droite
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►le type “camard” (par exemple Argyrodes caudatus et cancellatus des Antilles françaises : Fig. 13) est caractérisé par l’absence de projections ; il montre un clypeus (C) peu saillant, haut, presque droit et parait donc aplati, comme “écrasé”, si on le compare aux types précédents ; l’échancrure est remplacée par un sillon (S) transversal étroit, presque “fermé” et n’apparaissant bien que lorsqu’on examine l’animal de face.
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| Fig.13
- Argyrodes caudatus
mâle (Guadeloupe) (M.E.B.),
de 3/4 (à gauche) et de face (à droite).
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De
plus, l’étude au M.E.B. (Lopez,1979)
montre l’aspect du tégument (lisse
ou garni de reliefs en
“écailles”) et l’existence de saillies
accessoires plus ou moins
tronconiques tendant à fermer
le sillon ou échancrure (Fig.14,15).
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| Fig.14 -Saillies
accessoires chez Argyrodes argyrodes (Ténérife) (à
gauche), dans l'échancrure
et Argyrodes amplifrons
(Guyane) (à droite),
flèche. |
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Elle met aussi en évidence
la structure des poils (sillons,
spinules…) et surtout, ce qui
est le plus important, l’existence d’orifices (Fig.15,16).
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| Fig.15
- Pores d' Argyrodes argyrodes.
P, pores ; S, saillies accessoires
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Fig.16- Pores
d' A.projiciens.
P, pores |
Ces derniers sont béants, sans bourrelet
complet,
parfois circonscrits par deux lèvres,
non surélevés, le plus
souvent de niveau avec la surface tégumentaire,
rarement dans le fond de
fentes étroites en “ boutonnières ”(Argyrodes
fissifrontella
Saaristo) . Ils peuvent
être dispersés sans ordre apparent (type
acuminé) ou réunis en 2 groupes
de 2 à 5 orifices chacun, symétriques
par rapport au plan sagittal (type rostré).
Dans tous les cas, ils sont nettement séparés
des poils, y compris chez l’espèce néozélandaise
Argyrodes antipodiana (O.P.Cambr.)
où ils ne s’ouvrent pas dans leur
alvéole basale, bien que
Whitehouse (1987 : absence d’étude histologique)
affirme le contraire.
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Fig.17 - Céphalothorax d'Argyrodes argyrodes (Tunisie) éclairci au salicylate de méthyle. Bf, bosse frontale ; E, échancrure ; G, glande acronale vue par transparence ; Po, protubérance oculaire ; flèches, pourtour de la glande. |
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Sa connaissance est fondée sur
les études histologiques
et surtout sur les recherches électronomicroscopique
(Lopez, 1980a : Argyrodes argyrodes
(Walck.) de type “rostré” ;
Lopez,1980b : Argyrodes
cognatus
(Black.), de type “ acuminé )”effectuées
essentiellement au Laboratoire souterrain du CNRS (Note 1)
Elles
en montrent respectivement
la structure d’ensemble et la structure fine
de l’unité glandulaire.
3.1- Structure histologique
Dans
les types “rostré” (Argyrodes
argyrodes,
zonatus, elevatus, nephilae) (Fig.18 à 21),
"lippu" (Argyrodes ululans)
(Fig.22) et “camard” (Argyrodes
caudatus, cancellatus)(Fig.23),
un canal collecteur principal
aboutit à chacun des
pores. Il résulte de la confluence de canalicules excréteurs de 2eme ordre ; ces derniers sont eux-mêmes formés
par l’union de canalicules excréteurs
de 1er ordre, chacun drainant une cellule sécrétrice
ou adénocyte
et constituant avec elle l’unité glandulaire . Les canaux excréteurs de tous ordres
sont entourés
par des cellules canalaires. L’ ensemble de tous ces canaux constitue
un appareil cuticulaire
s’étendant des portions réceptrices
aux pores de surface.
Les adénocytes
se groupent
par 5 ou 6 en un petit lobule assez
bien individualisé (Fig.13)
que nous avions d’abord interprété
(à tort !) comme des acini à
lumière virtuelle rappelant ceux des glandes salivaires gnathocoxales
(Lopez,1974a)(confere
infra).
L’ensemble des lobules constitue l’un des deux massifs compacts incurvés ou des cordons sinueux (G) dont est formée la glande (Lopez,1974a ; Lopez,1977 ; Lopez,1979). Chaque massif ou cordon d’adénocytes aboutit donc séparément à l’un des deux groupes de pores du sillon ou échancrure (S) par le système des canaux interposés.(glandes “ arborescentes ”).
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| Fig. 18 -
Argyrodes
zonatus
mâle
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Fig. 19 -
Argyrodes
zonatus
mâle
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Fig.20 - Argyrodes
elevatus
mâle |
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| Fig.21 -
Argyrodes
nephilae
mâle |
Fig.22
- Argyrodes
ululans
mâle |
Fig.23 - Argyrodes caudatus mâle |
Toutefois,
chez l’espèce Argyrodes fissifrontella
(Seychelles), de morphotype rostré, l’ensemble
de l’organe ne paraît pas bilobé
mais impair ; ses unités glandulaires
sont isolées ou en lobules lâches
; leurs canaux ne forment pas un système ramifié
mais restent indépendants comme
dans le type suivant (“acuminé”) ; de plus,
leurs terminaisons ne se limitent pas à
la bosse frontale mais s’ouvrent également
sur la protubérance oculaire (Fig.24)
(Lopez,1981).
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| Fig.24
- Argyrodes fissifrontella
mâle
(Seychelles) en coupes sagittale
et transversale. Bf, bosse frontale
; G, massif glandulaire ; O, oeil ; Po, protubérance
oculaire ; S, sillon |
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Dans
le type “acuminé” (Argyrodes
cognatus) un massif glandulaire
également impair occupe
la protubérance sus-oculaire en "tourelle"
(“turret gland”) et se prolonge en “languette”
sous le tégument clypéal (Fig.25
à 27).Il est formé
par des unités juxtaposées bien
séparées ou à disposition
lobulaire peu marquée, chacune d’elles
comprenant un adénocyte,
une seule cellule canalaire
et un canal excréteur de 1er
ordre, aboutissant
directement à un pore, parois après
s’être fusionné avec un voisin juste
avant cette terminaison. Comme chez A.fissifrontella,
il n’existe pas de système
excréteur ramifié (glandes
“simples”).
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| Fig.25- Argyrodes cognatus mâle (Seychelles),
coupe sagittale. |
Fig.26- Argyrodes cognatus mâle, coupe transversale |
Fig.27- Coupe
sagittale, détail |
| A, adénocytes
des unités ; C, clypéus ; Cu, cuticule ; G1, massif glandulaire
de la "tourrelle" ; G2, languette clypéale ; Gv, glande à
venin ; M, muscle ; O, oeil ; P, protubérance sus-oculaire ("tourelle")
; S, sinus sanguin |
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3.2.1- Unité glandulaire
Elle représente une structure anatomo-fonctionnelle
de
base, autonome, bien individualisée, constituée
par une
cellule glandulaire
ou adénocyte et son canalicule
excréteur de 1er ordre ou canalicule conducteur. (Schéma).
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| Schéma - Unité glandulaire d'Argyrodes argyrodes que flanquent deux
unités voisines et la totalité de son appareil cuticulaire |
| Cc, cellules canalaires ; Cd, canal
excréteur principal ; Ed, épiderme ; Ep, épicuticule
; En, endocuticule ; Ex, cavité extracellulaire ; G, golgi ; Mt,
mitochondrie ; Mt, microvilli ; R, réticulum granulaire ; Rd, canalicule
récepteur ; Sd, sécrétion dense ; Sg, sécrétion
granuleuse ; 1 et 2, canalicules excréteurs de 1er et 2eme ordtre. |
L’adénocyte est pyramidal
ou piriforme, long en moyenne de 65 µm, pourvu
d’un noyau vésiculeux généralement basal,
n’excédant pas 9 µm, et d’ un cytoplasme
assez compact et basophile en périphérie, d’aspect
vacuolisé et spongieux dans la majeure partie de
son étendue, sans sécrétion figurée.
Il renferme un canalicule axial surtout visible en coupe
transversale, et qu’entoure une zone arrondie en “réservoir”
acidophile, faiblement PAS +.
Il est enveloppé
par une gaine de lame basale le séparant du sinus hémolymphatique adjacent.
Sa membrane plasmique ne présente pas de dispositifs (replis) en
augmentant
la surface au niveau du pôle externe (basal), qui est régulièrement
arrondi, et des faces latérales,
qui sont à peu près planes. En revanche,
elle pénètre très profondément
dans le pôle apical
qui présente ainsi une invagination de l’espace extracellulaire
en “ cul de sac ”
ou “ doigt de gant ”. Ce “réservoir” occupe
en longueur la moitié de l’adénocyte, est
sinueux, bordé par des microvillosités (considérées
d’abord à tort comme
des canaux intra-cytoplasmiques!: Lopez,1975) et
renferme un canalicule récepteur
en position axiale (Fig.25). Les microvillosités sont courtes et espacées près
de l’apex, plus
longues, plus nombreuses et resserrées
dans sa partie distale, présentent
des flexuosités et sont soutenues
par du cytosquelette
(quelques microtubules, surtout
des filaments d’actine
réunis en faisceaux qui s’ancrent sur une densification
apicale).
Le noyau est plus ou moins déformé par les grains
de sécrétion,
renferme un nucléole volumineux et une chromatine finement
grenue,
dispersée, ou réunie en etites mottes
éparses.
Les
organites subcellulaires sont des mitochondries ovoïdes dispersées dans le hyaloplasme, des
ribosomes remarquablement
nombreux et surtout,un réticulum endoplasmique extrêmement développé
et de type rugueux. Il se présente sous la forme de tubules
irréguliers, surtout localisés
en périphérie, au voisinage
du plasmalemme, et de citernes, très variables dans leur aspect et leurs dimensions,
occupant surtout le reste de la
cellule. Les empilements membranaires
(“dictyosomes”) qui caractérisent en général
un appareil de Golgi
typique paraissent absents.
En revanche, une sécrétion abondante
est élaborée dans
certains adénocytes. Elle se présente sous la forme
de grains contenus dans
des vésicules semblant issues du réticulum qui les entoure : les
unes renferment un matériel peu dense,
floculant, irrégulier et grossissent
par confluence ; les autres, non coalescentes,
ont un contenu plus opaque, homogène
et subsphérique (Fig.26). Les mêmes
vésicules peuvent fusionner et extrudent
leur contenu entre les bases
des microvillosités. Cette substance, finement grenue, pénètre
ainsi dans l’espace extracellulaire, autour du canalicule
récepteur.
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| Fig.26-Argyrodes argyrodes,adénocytes
(M.E.T.)
B, lame basale ; Dr,
canalicule récepteur ; M, mitochondrie ;
Mv, microvilli ; Rg, réticulum granulaire ; S, sécrétion
en grains |
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3.2.2- Appareil cuticulaire
3.2.2.a-Canalicule
récepteur (portion réceptrice). Il présente
une lumière de 0,5 µ de diamètre
et une paroi (épaisseur : 0,2 à 0,3 µ)
comprenant deux couches : couche
interne entourant la lumière, relativement homogène,
perforée, et couche externe
plus épaisse, lâche, d’aspect vermiculé,
formée par des strates discontinues grossièrement
concentriques se disposant en “ filtre ”(sieve).
Le matériel sécrétoire finement grenu ayant
gagné l’espace extracellulaire
se retrouve dans les interstices
de ce filtre, puis rejoint la lumière
par les pores de la couche interne
et s’y accumule.
Le canalicule récepteur entouré par les microvillosités correspond à un “ appareil terminal ”(“end apparatus”) typique (Fig.25). Il s’abouche à la portion conductrice qui est dans son prolongement direct.
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| Fig. 27- Argyrodes argyrodes : canalicules récepteurs en coupe transversale
(M.E.T.) |
Fig. 28- Argyrodes argyrodes : canalicule récepteur en coupe oblique (M.E.T.) |
Fig.29 - Argyrodes argyrodes : détail d'un canalicule
récepteur en coupe transversale (M.E.T.) |
| Ce, couche
externe du canalicule récepteur ; Ci,
couche interne avec des perforations (flèches) ; Dr, canalicule récepteur ; Ex, cavité extracellulaire
; L, lumière ; Mv, microvilli ; P, plasmalemmes accolés ;
R, ribosomes ; S, sécrétion dans une vésicule (Fig.
) ou la lumière (Fig. ). |
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3.2.2.b-Portion conductrice. Elle est formée
par
un canalicule excréteur
soit simple, représentant
sa totalité lorsqu’il demeure
isolé jusqu’à la terminaison
(glande “simple”)(Fig.30), soit de 1er ordre lorsqu’il conflue ensuite (glandes “ramifiée”),
dans les deux cas d’un même diamètre,
subcylindrique et à paroi (épaisseur
600 Å) réduite à une
seule couche, homogène, régulière,
formée par de l’épicuticule. Les canaux d’ordres supérieurs (2eme ordre et excréteur
principal)
ont un diamètre plus grand (1,2 µ et
2 à 5µ), une
lumière plus large et une paroi formée
cette fois par 2 couches : l’une interne, épicuticulaire, dense, opaque et homogène
comme celle du canal de 1er ordre, mais d’épaisseur irrégulière,
paraissant festonnée
en coupes transversales ; l’autre
externe, dérivée de l’exocuticule (?),
plus claire, striée,
montrant des fibres hélicoïdales
et concentriques.
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| Fig.30-
Argyrodes cognatus
: canal excréteur simple et sa cellule canalaire
(M.E.T.) D, canalicule ; M, méso ; N, noyau ; P, pigment ; S, sécrétion |
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Les canalicules excréteurs sont entourés par
des cellules canalaires : une seule lorsque le canal est “simple”
(Argyrodes
cognatus)(Fig.26),
plusieurs qui se succèdent
en gaine continue lorsque
la glande est ramifiée (Argyrodes argyrodes),
dont une proximale, autour du canal de 2eme ordre, et les autres distales, autour
du conduit principal. Dans tous
les cas l’adénocyte s’unit à la cellule canalaire adjacente par une jonction adhérente annulaire (zonula adherens). Peu visibles dans les coupes histologiques (pigmentation mélanique
éventuelle, long noyau très
basophile), les cellules canalaires montrent
en MET, qu’elles s’enroulent autour des
conduits et renferment dans leur hyaloplasme clair
des microtubules ainsi que quelques grains de pigment mélanique. Le noyau est très allongé, aplati, indenté,
réniforme en coupe
transversale et contient une chromatine abondante,
dense et marginée.
L’enroulement de chaque cellule détermine
une invagination en méso de son
plasmalemme, avec jonction septée
(Fig.26). D’autres jonctions l’unissent
aux voisines.
Sur le plan anatomique, la structure fine des
unités
constituant la glande
acronale permet de les rattacher
à la classe 3 des cellules glandulaires épidermiques
d’Arthropodes
dans sa forme la plus simple : un canal est d’abord
entouré par une seule cellule glandulaire
où il débute, puis par une cellule canalaire
et est enfin en continuité avec la cuticule au niveau de sa terminaison.
Noirot et Quennedey (1974) ont défini pour
la première fois cette classe chez les
Insectes où existe également
un “appareil terminal”,
sensé caractéristique de
glandes exocrines tégumentaires
défensives ou sécrétrices
de phéromones.
On
sait par ailleurs que dans de nombreuses glandes exocrines d’Insectes (salivaires,
dermiques,
annexes du tractus génital), l’ appareil de Golgi
ne paraît pas polarisé,
ne se dispose pas en dictyosomes mais paraît
uniquement formé par des vésicules. Il en est
probablement de même pour la glande acronale des Argyrodes où les amas
vésiculaires marqueraient
l’emplacement de réseaux
transgolgiens.
Les
unités peuvent être discrètes
et isolées (types “acuminé” et
“nasuté”) ou former un
organe glandulaire anatomiquement défini,
plus ou moins volumineux et massif (autres
types) montrant généralement
une bipartition visible dans les coupes histologiques
transversales et la disposition symétrique
de pores au M.E.B.
La
glande acronale d’Argyrodes fissifrontella se présente
comme une
variation importante, pouvant exister
aussi chez d’autres espèces, et qui a valeur
de stade évolutif.
Sur le plan fonctionnel, la glande acronale est
étroitement
liée au comportement sexuel des
Argyrodes.
Jusqu’à nos travaux, les conformations
étranges
du prosoma des mâles ont été
considérées comme “ des
bizarreries de la Nature ….évidemment
sans utilité ” (Berland,
1932 ?) et illustrées par Millot
( 1968 : fig.479, p. 696) sans tentative d’explication
(Note
2)
Il convenait de rechercher dans l’éthologie
d’
Argyrodes certains
traits de comportement
pouvant relier des hypothèses
fonctionnelles à l’existence
de la glande.
La
relative immunité dont bénéficient
les Argyrodes
dans leurs rapports avec
l’Araignée-hôte n’est nullement
concernée. La
glande clypéale ne peut être considérée
comme un organe de défense
élaborant
une substance répulsive ou vulnérante
:
elle manque chez les femelles ; l’absence
de musculature compressive et la terminaison
des canaux excréteurs dans
une région anfractueuse conformée en
cul de sac, n’impliquent pas une projection
de substance ou sa libération massive lors des
“ stress ”.
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| Fig.30.- Prélude
à l'accouplement chez Argyrodes fissifrontella) |
Fig.31.-
Accouplement chez Argyrodes
zonatus, au centre (détail)
et à droite (d'apès Legendre) |
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De
plus, dans le cas du type “rostré”, le
seul, semble-t-il, dont l’accouplement
ait été jusqu’ici
étudié (Legendre, 1960 ; Withehouse,1987),
les chélicères
de la femelle étreignent la bosse frontale
du mâle, leur
“ doigt mobile pénétrant
” selon Legendre ”dans le repli” -
plus précisément l’échancrure- “formé
par la bosse frontale et le clypeus”
-plutôt la protubérance oculaire.
Il est probable qu’au
cours de cette manœuvre durant laquelle “ le mâle est
littéralement prisonnier
des chélicères…”, les parties buccales de la
femelle entrent en
contact intime avec l’échancrure et
la sécrétion clypéale qui
doit s’y déverser. De nouvelles recherches anatomiques
en cours, axées cette fois
sur le modelé des appendices péri-buccaux
femelles, pourraient établir certaines correspondances entre
ce dernier et les reliefs clypéaux mâles.
Il ne semble
pas que la sécrétion soit consommée
par la femelle (contrairement
à ce qui se passe chez certains
Insectes comme les Dictyoptères)
mais plutôt qu’elle
s’évapore dans la dépression où les poils
pourraient jouer un rôle pour la concentrer et (ou) la
diffuser. Sa fonction est celle d’une phéromone qui facilite
l’accouplement, donc aphrodisiaque,
soit en inhibant momentanément
l’agressivité de la femelle dont
Legendre (1960) a d’ailleurs souligné une
“certaine torpeur” (effet pacificateur),
soit en provocant son excitation
sexuelle (“arousal”, selon Withehouse,1987)
ce qui paraît plus douteux.
De plus, et contrairement à une autre assertion
de
Whitehouse (1987), rien ne prouve que la substance
soit élaborée en
permanence par le mâle qu’elle marquerait
ainsi chimiquement (“chemical badge”).
Notons déjà que la copulation s’accompagne de la mise en place d’un “bouchon d’accouplement” (“mating plug”) sur l’épigyne femelle, sécrétion possible du palpe mâle intromis.
Notes infra-paginales
Note 1 : Laboratoire CNRS,
Moulis 09200 : fixation des parties étudiées au glutaraldéhyde
à 2,9% dans le tampon Millonig 0,2 M, au cacodylate pour Kaira
alba), post-fixation au tétroxyde d’osmium à 0,2% dans le
même tampon, et inclusion en épon (au Spurr pour Kaira alba) ;
coupes fines au microtome Reichert OM U2 contrastées par l’acétate
d’uranyle, le citrate de plomb et examinées ensuite sous 50 KV,
au microscope Sopelem du Laboratoire souterrain
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