Les
glandes à soie d'
Araignées
sont toutes situées dans l'
abdomen.
Seules font exception celles
des
Scytodes (Fig. 1
à 4),
ce genre
possédant
en plus une
composante séricigène
intra-prosomatique, la seule connue jusqu'ici chez les
Aranéides. Elle a été découverte par Millot
(1930) à la suite d'observations éthologiques montrant
que les
Scytodes
collent leurs proies sur le support avec une glue projetée
à faible distance par les
chélicères courtes et peu puissantes (Fig.2).
Chaque
glande à venin
est en effet particulièrement volumineuse et d'ailleurs
responsable d'une forte convexité céphalothoracique
dorsale, ornée d'un dessin en "lyre", conférant leur
aspect "bossu"
à ces curieuses
Araneides
(
Fig.1 à 3).

|

|

|
Fig. 1 - Scytodes
thoracica, femelle, vue dorsale
|
Fig. 2 - Même femelle,
autre vue dorsale
|
Fig. 3 - Autre femelle,
transportant sa ponte. Vue latérale droite
|
Flèche rouge : "gibbosité "
dorsale
|
Flèche jaune : "gibbosité" ;
flèche rouge : chélicères
|
P, ponte appliquée sur le sternum
par les palpes. Flèche : "gibbosité"
|
Enorme et
bilobée, elle présente dans les coupes
histologiques une trés large lumière et surtout deux
poches, dont la
structure et la sécrétion ont un
aspect différent : une
poche
antérieure élaborant toujours du venin ;
une poche postérieure plus grande, devenue
réellement séricigène et sécrétant
la substance visqueuse que projettent les
chélicères
(
Fig.4 ). Le
canal
excréteur est commun aux deux.
 |

|
Fig.
4
- Scytodes
thoracica, femelle : coupes histologiques parasagittales du
céphalothorax. Trichrome, à gauche ; A.P.S., à
droite.
|
Ch, chélicère ; D, canal
excréteur; G, gnathocoxe ; M, muscles; N, ganglions nerveux ; O,
oeil ; P, paroi de la poche séricigène ; S, sa
sécrétion ; V, portion antérieure restée
venimeuse. Flèche : "gibbosité"
|
Chez toutes
les Araignées, sans exception, le
canal
excréteur de chaque
glande
à soie aboutit à une
filière et s'ouvre
extérieurement par une
fusule.
Les
filières,
qui représentent sur le
plan phylogénétique des
appendices
modifiés, sont situées près de
l'extrémité
de l'
abdomen, en avant du
tubercule anal. Généralement au
nombre
de trois
paires,
antérieure,
moyenne et
postérieure,
chacune d'elles montre respectivement 3,1 et 2
segments.
Leur disposition est
des plus variables, parfois presque en un seul plan chez les
Hahnia
(
Fig. ). Leur longueur
peut être trés importante, surtout dans le cas des
Hersilia
dont la paire postérieure semble démesurée (
Fig. ).
Les
filières sont pourvues
d'une
musculature bien
développée leur
assurant
une grande mobilité, aussi bien individuelle que
coordonnée en travail d'ensemble durant la construction des
cocons et des
toiles.Une
4eme
paire, médiane
antérieure et siégeant sur le
segment
10, est considérée comme ancestrale et n'a
persisté, fonctionnelle, que chez quelques
Mesothelae. En revanche, elle a subi une
réduction extrême dans le cas de beaucoup d'
Araignées écribellates comme les
Araneidae (
Fig.5), les
Linyphiidae, les
Theridiidae,
les
Theridiosomatidae (
Fig.6) et
les
Thomisidae ; elle s'y présente
comme
une saillie vestigiale, impaire et médiane, appelée
colulus, manquant dans d'autres groupes (
Fig.7),
mais sans raison apparente, car cet organe ne parait pas exercer de
fonction .
|
|
|
Fig. 5-Cyrtophora citricola, femelle :
filières. M.E.B.
|
Fig.
6 - Theridiosoma sp., femelle
:
filières. M.E.B.
|
Fig. 7 - Araignée sp.,
femelle
: filières. M.E.B.
|
A,
filières antérieures ; C, colulus ; M, filières
médianes ; P, filières postérieures ; T, tubercule
anal
|

|

|
Fig. - Hahnia
sp. (Réunion) , femelle : filières, les
postérieures réclinées. M.E.B.
|
Fig. -
Hersilia
savignyi , femelle : vue partielle de filière
postérieure. M.E.B.
|
| A,
filières antérieures ; F, fusules; H, poils ; M,
filières
médianes ; P, filières postérieures ; T, tubercule
anal |
Les
fusules
(Fig.8 à 10) ont l'aspect de "canules" effilées
recevant chacune un canal excréteur qui la parcourt axialement
jusqu'à son extrémité libre et s'y ouvre par un
pore. Le "corps" est plus ou
moins strié mais non cannelé. L'embase a une forme
conique ou cylindrique (Fig. 8 à 10). Elles rappellent beaucoup
celles des
glandes
épigastriques prégonoporales.
 |
 |
 |
| Fig. 8 - Cyrtophora
citricola : filière
postérieure. M.E.B. |
Fig.9 - Argyrodes sp.
: Fusules d'une filière médiane. M.E.B.
|
Fig.10 - Argyrodes sp.
: filière
médiane. M.E.B. |
| A, alvéoles
de poils ; F, fusules ; H, poils ; P, pore apical de fusule ; S1,
segment externe
de la filière ; S2, segment interne. Flèche :
embase cylindrique ou conique de fusule. |
Chez
Telema
tenella (
Telemidae)
par exemple,
il y a trois paires de
filières,
décrites brièvement par Fage (1913)
mais dont notre étude en M.E.B a fourni une description
plus complète
(Lopez,1983a)
Les
filières antérieures
encadrent un large
colulus,
sont allongées, cylindriques et comportent deux
articles. Le
terminal est pourvu de 7
fusules coniques, à
embase annulaire,
réparties sur un plateau oblique : 6 d'entre elles, recevant
probablement les
canaux des
glandes piriformes, y
sont groupées deux par deux ; la septième est
isolée, plus courte et plus interne.......;
Les
Araignées
dites
cribellates possèdent en outre un
appareil
fileur additionnel, le
cribellum,
situé juste en avant des
filières
classiques.
Plusieurs
catégories
principales de
glandes peuvent
être individualisées sur les plans morphologique (
Schéma
1) et histologique
(
Fig.11) : les
glandes ampullacées,
aciniformes,
piriformes,
agrégées,
tubuliformes et
flagelliformes
Chaque catégorie
de glande élabore une soie présentant ses propres
caractères spécifiques et a ainsi une fonction
particulière.
- Les glandes
piriformes aboutissent toutes aux filières antérieures
(antéro-latérales) et produisent les disques de fixation pour la toile.
- Les glandes ampullacées aboutissent aux filières
antérieures et moyennes ; elles produisent les fils de
charpente de la toile ainsi que
les fils de rappel ("drag lines")
- Les glandes
aciniformes aboutissent aux filières moyennes
et
postérieures ; elles
élaborent les
soies
d'enveloppement des proies, de la
toile
spermatique (chez le seul mâle) et de la paroi
externe du
sac ovigère
- Les
glandes tubuliformes se
terminent également dans les
filières moyennes
et
postérieures ; elles ne
produisent que la
soie des cocons.
- Les
glandes
agrégées, considérées comme propres
aux
Araneidae se retrouvent
aussi chez les
Tetragnathidae, les Linyphiidae, les Theridiidae et
élaborent la
glue visqueuse quel
qu'en soit le support, y compris dans les
"bolas"
de
Mastophora.
Elles
sont remarquablement modifiées en
glandes
botryoïdes dans le genre
Kaira.
- Les
glandes flagelliformes
sécrètent le
fil
qui supporte la
glue et
s'associent généralement aux agrégées en
"triade fonctionnelle" (
Schéma 2)
2.4 - Glandes agrégées
Dans
les quelques familles qui en possèdent, elles n'excèdent
pas deux paires (Schéma 1), mais pourraient avoir
résulté, à leur origine, de la coalescence d'un
nombre
de glandes élémentaires
beaucoup plus élevé.
Chez les
Araneidae, elles manquent
totalement dans le genre
Cyrtophora (
Lopez,1982), cependant pourvu de
glandes flagelliformes.
Elles sont par contre
présentes chez Mecynogea
lemniscata (Lopez,1985 ; Lopez,1988), dont la toile rappelle pourtant
beaucoup celle du taxon précédent, sans s'associer
toutefois à des glandes
flagelliformes qui font ici défaut.
2.4.1-
Morphologie
Elles sont volumineuses d'aspect souvent multilobé et
présentent ainsi une lumière anfractueuse, avec
de nombreux diverticules.
Chez Mecynogea
lemniscata, les glandes
agrégées sont toutefois petites,
non lobées
et situées, en
outre,trés
postérieurement. De leur côté, les
Theridiidae, tels que le genre
Argyrodes
(Fig. ), en possèdent deux,
dites
atypiques,
diffèrant des autres,
typiques,
par une taille plus réduite
et un
canal excréteur large,
trés court, naissant à l'entrée des
filières postérieures.
Glandes
séricigènes des Argyrodes
|
 |

|
| Fig. Argyrodes
argentatus, femelle.
Abdomen, coupe transversale |
Fig. Argyrodes
argentatus, mâle.
Abdomen, coupe sagittale |
| Ac,
aciniformes ; Am, ampullacées majeures ; An, ampullacées
mineures ; Ag1, agrégées typiques ; Ag2,
agrégées atypiques ; Cp, céphalothorax ; Cr, coeur
; Di, diverticules
intestinaux ; E, glande épigastrique ; F, filière ; G,
gonopore ; M, muscles
; P, pédicule ; Ov, ovaires ; T, tégument. Flèches
jaunes :
guaninocytes. |
2.4.2 - Histologie
Dans la famille des
Araneidae (exception
faite toutefois du cas
extraordinaire de
Kaira
alba), leur
épithélium
présente toujours un aspect uniforme, identique dans les quatre
glandes, et est
constitué par une seule catégorie d'
adénocytes.
Ces derniers
élaborent un seul produit : une glycoproteine acide, bien
colorable par la méthode à l'A.P.S. (
Fig.14) et
extrudée comme un liquide gluant et finement fibrillaire.
2.7.1 - Généralités
On sait que les Araignées
dites Cribellates se singularisent , sur
le plan anatomique, par l'existence d' un cribellum,
organe "fileur" trés particulier situé ventralement
juste en avant des filières
habituelles et qui a valu son nom à cet infra-ordre de
statut trés discuté. Les
Araignées cribellates appartiennent en
effet à des familles si différentes et sans
aucun autre rapport apparent, qu'il est difficile de le
considérer comme monophylétique
Le cribellum
se présente comme une petite plaque transversale simple (Hypochilus),
divisée en deux parties (Amaurobius)(Fig.15),
ou, beaucoup plus rarement en quatre (Dresserus). Elle est
hérissée densement de petites fusules
délicates (Fig. ),
dont le nombre s'accroît à chaque mue et peut
s'élever jusqu'à 40000 chez un Stegodyphus
adulte (Eresidae).Ces
fusules sont normalement perpendiculaires à la surface de la
plaque, en "crins de brosse" mais peuvent s'agglutiner pour former des
faisceaux (
Fig.9 : artéfact de technique). De plus,
.......
Chez certaines
Eresidae des genres Stegodyphus
et Eresus (
Lopez,1979),
cet organe, haut d'environ 500 µ, porte à sa surface des
microfusules d'aspect
cannelé, en pas de vis, tout comme chez d'autres Stegodyphus
(Kullmann,1968)....
|
Fig. 15 -
Amaurobius erberi, femelle : cribellum
divisé. M.E.B.
|
Cr, cribellum divisé en deux
plaques symétriques ; H, poils banaux. Fléches : fusules
agglutinées (artéfact)
|
La présence du cribellum
va de pair avec celle d'un calamistrum,
rangée simple ou double de poils
arqués, en "dents de peigne", siégeant sur la face
dorsale du métatarse de chaque patte ambulatoire postérieure (PIV) (Fig.16 à 18).
Ils y sont plus ou moins dissimulés par des
poils banaux adjacents.
|
|
Fig. 16 - Amaurobius erberi, femelle
: calamistrum, situation. M.E.B.
|
Fig. 17 - Amaurobius erberi, femelle
: calamistrum, détail.
M.E.B.
|
Cm,
calamistrum ; H, poils banaux ; Mt, métatarse. Flèches :
poils spécialisés, en "dents de peigne". Ils sont
inversés dans la Fig.7
|

|
| Fig.18 - Zosis (Uloborus) geniculata,
femelle : calamistrum. M.E.B. |
| Cm,
calamistrum ; H, poils banaux ; Mt, métatarse. |
Le cribellum émet
par ses propres fusules des fils
extrêmement fins qu'extraient et "peignent" ensuite les deux calamistra par des mouvements rhythmiques
alternatifs. Ainsi est produite une
soie en rubans trés
particulière
("hackle band"), dite
"calamistrée". Simultanément,
les fusules des filières
postéro-médianes et latérales entrent
aussi en jeu pour adjoindre leurs propres fils aux
précédents. Il s'ensuit que le matériel commun qui
en résulte est plus élaboré que celui des Araignées écribellates
(Peters,1987) (
Fig.).....
D'après Peters et Kovoor (1980), la
soie complexe des
Araignées Cribellates provient
de 3 sortes de
glandes :
cribellaires,
paracribellaires
et
pseuflagelliformes.
2.7.2 - Glandes
cribellaires (cribelliennes)
Elles sont les plus petites glandes à soie connues (diamètre
max.: 70µ), présentent une forme sphérique et ont
donc une morphologie typiquement acineuse
(
Fig. 19 à
21). Chez les
Eresidae Stegodyphus
dufouri et
Eresus
niger, elles sont extrêmement nombreuses (plusieurs
milliers), plus ou moins déformées par tassement
réciproque et ne montrent, dans chacune de leurs sections, que
quelques
adénocytes
basophiles à
noyaux anguleux
(
Lopez,1979). Leur ensemble constitue un
trés grand massif cunéiforme postéroventral
plaqué contre le cribellum.
Au point de vue histochimique,
elles sécrètent une mucine acide (
Fig.19), avec
des groupes sulfate et carboxyle. Il
n'y a pas de tyrosine.
|
|
Fig. 19 - Filistata insidiatrix, femelle : glandes cribellaires et acineuse
spéciale
|
Fig. 20 - Filistata insidiatrix, femelle : glandes cribellaires ( détail) et aciniformes
|
Ac, glande
aciniforme globulaire ; Ap, glande ampullacée ; As, glande
acineuse spéciale ; Cr, glandes cribellaires ; Di,
diverticule intestinal
|
2.7.3 - Glandes
paracribellaires
Elles sont ainsi nommées car
leur siège est voisin de
celui des précédentes (
Fig.21,
22)...............
|
|
Fig. 21 - Uloborus sp., femelle : glandes cribellaires et paracribellaires
|
Fig. 22 - Hyptiotes paradoxus, femelle : glandes paracribellaires
|
C, canaux
excréteurs ; Cr, glandes cribellaires ; M, muscles striés
abdominaux ; Pcr, glandes paracribellaires ; T, tégument de la
filière.
|
2.7.4 - Glandes
pseudo-flagelliformes.....
Elles ont été
découvertes par Kovoor (1977) dans le genre Uloborus (Uloboridae)
et sont ainsi désignées aujourd'hui par analogie avec les
glandes flagelliformes
des Araneidae.
Chez les Eresidae solitaires (Lopez,1979),
ces pseudo-flagelliformes
se présentent comme deux tubes glandulaires, onduleux et clairs,
s'insinuant trés postérieurement entre, d'une part les glandes tubuliformes, d'autre
part les glandes
ampullacées et piriformes.
Leur épithélium
festonné est criblé de vacuoles dont le contenu
parait comme rétracté ; il entoure une lumière où le
produit de sécrétion est peu abondant (car peut
être presque tari chez les exemplaires étudiés),
légèrement basophile. Les deux tubes se mêlent
à un groupe de glandes
tubuliformes pour se terminer dans
les filières postérieures, ces dernières recélant en
outre une seonde paire de pseudo-flagelliformes. La taille de ces dernières est
plus faible et leur extrémité distale dépasse
à peine la zone d'émergence des filières.
3
-Commentaires
Sur le
plan fonctionnel et des
corrélations existant entre la structure des toiles et celle
des appareils séricigènes nous avons
étudié plus spécialement certaines
Araneidae,
des Theridiidae (genre
Argyrodes), des Eresidae
solitaires (non coloniaux) et Telema
tenella..
3.1 - Cas des Cyrtophora
Le genre
Cyrtophora réunit des Araneidae
tropicales et subtropicales, présentes d'ailleurs dans certains de nos
départements d' Outre-Mer
(Réunion...) et dont nous avons particulièrement
étudié trois espèces :
Cyrtophora citricola et deux
autres taxons asiatiques (
C.cicatrosa
;
C.moluccensis). Elles
tissent généralement leurs
toiles
dans la végétation, parfois aussi dans les constructions
humaines et jusqu'entre les cables du réseau
téléphonique
(observations de Kovoor et Lopez au Sri Lanka, ). Le groupement
colonial
est fréquent (
Fig.23)

|
Fig.23- Cyrtophora
citricola : énorme colonie de toiles sur agaves et
bananiers
Madère (
Photo A.Lopez). |
|
Du point de
vue structural, chaque
toile est un
édifice soyeux tridimensionnel complexe (
Fig.24),
trés proche de celui du genre
Mecynogea, rappelant à
première vue la construction habituelle des
Linyphiidae (
Fig.),
fort dissemblable de l'orbe classique tissée par les
"Epeires" et les "Argiopes", de ce fait "aberrant" dans la famille des
Araneidae surtout
composée d' Orbitèles typiques. Il est totalement
dépourvu de
fils gluants et comporte une
nappe horizontale de pourtour arrondi que
soutiennent deux
réseaux
irréguliers, sus et sous-jacents. La nappe est
formée d'innombrables
radii et
d'un
fil spiral sans
gouttelettes visqueuses, donc
non adhésif. En se croisant, ces fils constituent un tissu
robuste, avec des
jonctions en nombre
extraordinairement élevé et dont les petites
mailles carrées ou
d'aspect losangique par étirement (Fig.25, 28,29) sont si
fines
et si
régulières qu'elles évoquent la structure d'un
filet à plancton (Lubin,1973 : C.moluccensis).
Le tissu s'incurve en dôme ou en entonnoir surbaissé,
unique chez la plupart des
Cyrtophora,
mais pouvant être aussi multiple (Kullmann,1964) comme dans
le cas de
Cyrtophora cicatrosa
(Fig. ).
Le mâle
pygmée n'a en revanche qu'une activité
séricigène réduite se limitant au tissage d'un
petit
réseau irrégulier
pour son repos, de la
toile spermatique et
du "
fil de cour" ("Balz-Faden") dans
les préludes
de l'accouplement (Blanke,1972,1974). Toutes ces structures sont
fixées
sur la propre toile de la femelle.
Cette dernière,
adaptée aux milieux ouverts et exposés aux
intempéries,
remplit plusieurs fonctions (Kullmann,1958 ; Lubin,1973) :
- Abri pour l 'Araignée
qui se tient sur la face inférieure du dôme,
généralement au moyeu, ventre en l'air et dans des
attitudes variées.
-Véritable nasse
conçue pour la capture d' Insectes volants qui
heurtent les
fils-barrière du
réseau irrégulier supérieur,
sont ainsi projetés sur le
dôme ou
"toile réceptrice", saisis à travers
ce tissu par la
Cyrtophora qui les mord avec ses chélicères
et emmaillotés enfin de soie
selon une technique rappelant celle des Araneus
et des Argiope.
- Lieu
de stockage des débris de proies, de matériel de
camouflage (fragments végétaux divers tombés dans
la toile) et même de
réserve hydrique.
- Abri unique pour le tissage et la
conservation des cocons
ovigères à structure,
tissage et mise en place particuliers (Kullmann,1958), cocons souvent d'ailleurs
colorés en brun verdâtre.
De plus, elle est
habitée presque constamment par des Argyrodes (Theridiidae) kleptoparasites.
Il est à noter que
dans le cas de Cyrtophora
purpurea (La Réunion, Madagascar, Mayotte : Lopez,
obs.pers.), la toile est souvent encombrée de feuilles mortes,
l'une d'elles, incurvée avec de la soie servant de retraite à
l'araignée (Fig. 26 à 28).
Fig. 24 - Toile de Cyrtophora citricola : vue d'ensemble.
Encart : Araignée.
|
Fig. 25 -
Détail de la nappe, près de l 'Araignée
: radii et fil spiral, mailles carrées
|
N,
nappe en
entonnoir sans fils gluants ; Ri, réseau irrégulier
inférieur ; Rs, réseau irrégulier
supérieur. Flèche : moyeu .
Ténérife ( Photos
A.Lopez).
|

|

|
| Fig.
26 - Toile de Cyrtophora purpurea:
vue d'ensemble. |
Fig.
27 - Autre toile de Cyrtophora purpurea:
vue d'ensemble. |
| N,
nappe en
entonnoir sans fils gluants ; Ri, réseau irrégulier
inférieur ; Rs, réseau irrégulier
supérieur. Flèche : retraite.
Mayotte ( Photos
A.Lopez, 2009). |

|

|
| Fig.
28 - Toile de Cyrtophora purpurea:
radii et fil spiral, mailles carrées |
Fig.
29 - Détail d'une autre toile:
mailles carrées près de l'Araignée
|
| A,
araignée (avec ses deux tubercules abdominaux
postérieurs) ; R, retraite (vue partielle).
Mayotte ( Photos
A.Lopez, 2009). |
La
structure de l'appareil
séricigène produisant un édifice aussi
spectaculaire n'avait jamais
été étudiée avant nos propres travaux (Lopez,1982). Ils ont permis les commentaires
suivants.
L'ampleur de la toile a pour corollaire un grand
développement des glandes ampullacées et l'absence
complète de spirale adhésive, celle des glandes
agrégées et flagelliformes, donc de l'unité ou
triade fonctionnelle à l'origine de la spirale captrice des
toiles.
Le manque de ces deux dernières
catégories de glandes
séricigènes est le fait des Cyrtophora
des deux sexes, adultes et immatures. En revanche, si une même
absence de glandes est
observée chez tous les adultes du genre Pachygnatha (Tetragnathidae) qui ne
construisent pas de véritables toiles, leurs jeunes ont un
équipement glandulaire permettant la construction d'édifices orbiculaires complets.
Les réseaux et surtout la nappe à
mailles trés fines comportent des jonctions fil à fil
dont
le nombre élevé doit être en rapport avec
l'abondance des glandes piriformes,
en beaucoup plus grande quantité que chez les autres Araneidae : les
solides
jonctions rayons-substrat et
autres
fils secs-substrat,
assurées par la
soie la plus
adhésive, issue des
glandes (a) ;
les
jonctions
rayons-spirale provisoire, plus fragiles, formée par
la
soie moins adhésive des
glandes (b), à petit
collet.
Il s'ensuit
que le cas des
Cyrtophora
est probablement l'un de ceux qui montrent avec le plus de
clarté les
corrélations étroites entre la structure des
toiles et la composition de l'
appareil séricigène.
La soie
d'emmaillotage des proies est fournie par les glandes aciniformes qui ressemblent beaucoup, par leurs
formes, caractères histochimiques et proportions relatives des
deux catégories (A=90%, B=10%) à celles des Araneus
et Argiope,
Araignées utilisant
une même technique d'enveloppement contrairement aux Néphiles.
La soie des cocons
est produite par les glandes tubuliformes dont la troisième
paire est sans nul doute à l'origine du pigment brun
qui teinte fréquemment ce tissu, comme dans le cas d'
Argiope
lobata et d'une manière générale, chez
toutes les
Araignées
confectionnant des
cocons
ovigères au moins partiellement colorés.
3.2 - Cas des Mecynogea
Les Mecynogea,
dont on connait plusieurs espèces, certaines encore douteuses,
sont des Araneidae
du sud des Etats Unis et de l'Amérique
tropicale (Grandes Antilles, Salvador, Guyane, Brésil,
Argentine). Outre certains caractères anatomiques
spéciaux comme la disposition des yeux, de longues pattes grêles et la
forme de l'abdomen, la
particularité la plus remarquable du genre réside dans la
structure de sa toile.
Nous
avons étudié spécialement deux espèces :
Mecynogea
lemniscata (Walck.), commune au
sud des U.S.A. où elle a été
récoltée en Louisiane et Alabama (T.Christenson,
B.D.Opell) ;
"Mecynogea
guianensis" (Keyser.) que j'ai capturée en Guyane
française (1982) et dont le statut taxonomique est d'ailleurs
discutable.
Leur toile a
été bien décrite par Mc Cook
(1878,1889) et Exline (1948) chez Mecynogea
lemniscata (USA), espèce la
plus anciennement connue. Il s'agit d'un édifice
composite, rappelant à première vue celui des Linyphiidae,
mais se rapprochant en fait beaucoup plus de la toile des Cyrtophora.
Il comporte également chez les Mecynogea
une orbe à
pourtour horizontal et
deux réseaux
tridimensionnels sus et sous-jacents (Fig. ).
L'orbe s'incurve en un
dôme ténu (20 cm de diamètre
environ) et dans lequel de trés nombreux radii (jusqu'à
200) délimitent de trés petites mailles carrées
avec le fil spiral.
Ce dôme serait visqueux au toucher (Exline,1948 ; Gertsch,1979)
contrairement à celui des Cyrtophora.
Les deux réseaux irréguliers
le maintiennent en place et sous tension parmi les
végétaux (Fig.
). La femelle s'y tient sous le moyeu
en position inversée (Fig.
) et cohabite avec le mâle comme dans le cas des Linyphia,
rendant la ressemblance encore plus frappante.
Les cocons ovigères sont
disposés au dessus du moyeu
en un chapelet vertical (Fig. :C)
suspendu à un gros fil horizontal composé
chez Mecynogea
lemniscata.