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ANATOMIE DES ARAIGNEES :
VINGT-CINQ ANS DE RECHERCHES
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Appareil "stridulatoire" des Araignées(Argyrodes en particulier)Couleurs
conventionnelles
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Il est bien connu que des Myriapodes, certains Crustacés (Busnel,1963) et surtout, un grand
nombre d’Insctes appartenant
à des ordres variés (Homoptères,
Orthoptères, Lépidoptères…) peuvent émettre des
sons (Fig.Galerie).
Divers Arachnides
en produisent aussi mais ce phénomène est généralement insoupçonné
car les vibrations sonores ne sont perceptibles par les Humains
que dans de rares cas. Il est ainsi décrit chez les Scorpions, les Solifuges (in Berland,1932)
et, en ce qui concerne plus directement ce site, dans l’ordre des Aranéides.
La production de sons par les Araignées a été constatée pour la première fois
il y a plus de 130 ans, lorsque Wood-Mason (1876) signala
qu’une grande Mygale de l’Inde et Birmanie,Chilobrachys stridulans, peut être à la source d’un
bruit que l’Homme perçoit à distance.
Il existe chez les Araignées
trois méthodes pour produire des sons, ou, si l’on préfère,
trois types d’émissions sonores : la vibration d’appendices,
la percussion du substrat
et la stridulation.
La vibration des
pattes a été mise en évidence
par Rovner (1980) chez la grosse Araignée
cosmotropicale Heteropoda venatoria (Eusparassidae) (Fig.galerie).
Elle se produirait aussi chez les Ctenidae dont le genre Phoneutria
(Fig.galerie) ? ?
Encore appelée «tambourinage» («drumming» chez
les auteurs anglophones), la percussion du substrat est réalisée avec les palpes,
les pattes et (ou) l’abdomen.Elle a été découverte par Lahee (1904)
chez des Alopecosa nord-américaines et, par
la suite, observée bien souvent chez d’autres Lycosidae, les
Clubionidae, les Anyphaenidae, les Ctenidae, lesThomisidae et
les Salticidae (revue in Uetz & Stratton,1982).
La stridulation,
ou supposée telle, qui seule nous intéresse ici, existerait
dans près d’une trentaine de familles d’Araignées.
Selon Busnel (1963), elle peut être définie chez
tous les Arthopodes comme
un moyen de production sonore qui met en jeu le frottement de deux parties rigides
du corps l’une contre l’autre. Pourvues d’une surface tégumentaire
spéciale, différenciée, ces deux parties constituent l’organe ou appareil
stridulatoire.
Le son émis chez les Araignées n’est audible sans amplificateur que
dans quelques cas privilégiés. L’oreille humaine le perçoit
alors de très près (20 cm maximum) chez certains petits Theridiidae tels que Steatoda bipunctata (Meyer,1928), à
la distance de 1 m. dans le cas de Micrathena gracilis
(Araneidae)(Uetz
& Stratton,1982) et jusqu’à 2 ou 3 ms lorsqu’une Mygale géante comme Theraphosa leblondi (Fig.galerie)
se met à striduler (in Lopez,1988).
On le décrit de manière imagée comme un bourdonnement
(Sicarius, Micrathena), un cliquetis métallique,
un sifflement (Mygales),
un grincement ou le bruit obtenu en frottant les
dents d’un peigne avec l’ongle ou un couteau. Il peut être même
enregistré et analysé au laboratoire où des sonogrammes et oscillogrammes
ont été obtenus dans divers groupes araneidiens (Uetz & Stratton,1982).
Les vibrations qui le composent seraient transmises par l’air, par le substrat jouant le role d’une table d’harmonie, et perçues ensuite par les autres Araignées de même espèce, peut être aussi d’espèces différentes, ou par des prédateurs évntuels.
Chez les Araignées,
cette même perception est dévolue à des organes sensoriels spéciaux, les trichobothries et les sensilles à fentes («slit sensilla») qui siègent sur les pattes.
Barth (1967) l’a démontrée sur lesplans éthologique et électrophysiologique.
La signification des sons produits est très discutée.
►Valeur sexuelle lorsque la stridulation n’existe
que chez le mâle. Ils pourraient alors faciliter l’accouplement
comme c’est le cas, semble-t-il, chez les Theridiidae Teutana grossa (Fig.galerie) et Steatoda bipunctata (Gwinner-Hanke,1970).
►Valeur prémonitrice lorsque le son est émis par
les deux sexes et semble représenter un oyen d’intimidation. Il protègerait
l’Araignée contre ses ennemis nturels (Homme compris) en créant un effet
de surprise. Une telle fonction semble à peu près certaine dans le cas particulier
des Mygalomorphes et des Micrathena.
Quoiqu’il en
soit, une stridulation effective n’est que rarement constatée «de auditu ». L’appellation pourtant très suggestive de certaines
espèces d’Argyrodes
(Theridiidae : A.stridulator, A.ululans ) semble avoir été inspirée à leurs descripteurs, dont
Lawrence (1937), non par la perception
d’un bruit qu’elles auraient émis, mais par l’observation de
crêtes présumées stridulatoires («stridulatory ridges»)
Chez la plupart
des Araignées, l’exsistence
d’une stridulation est seulement présumée lorsqu’elles possèdent
un appareil tégumentaire répondant à la définition générale de Busnel (1963),
censé stridulatoire et que l’on estime capable
de produire des sons. L’appellation pourtant très suggestive
de certaines espèces d’Argyrodes (Theridiidae : A.stridulator, A.ululans ) semble avoir été inspirée à leurs descripteurs, dont
Lawrence (1937), non par la perception
d’un bruit qu’elles auraient émis, mais par l’observation de
crêtes présumées stridulatoires («stridulatory ridges»).
L’appareil stridulatoire des Araignées, nom que
nous adoptons ici faute de termes
plus appropriés, est une
différenciation spéciale de leur
tégument, paire, symétrique et pouvant
occuper une position très variée sur le corps araneidien.
Comme chez les
autres Arthropodes, il comporte
toujours deux parties bien distinctes, dites «antagonistes»,
visibles à la loupe binoculaire et surtout, au microscope électronique
à balayage (M.E.B.), moyen de recherche incomparable.000
► La «lyre» ou
«rape» («file» des auteurs de langue anglaise), noms
désormais consacrés par l’usage, est fixe, passive et se présente
comme un ensemble de rides, crêtes (Fig. ), rugosités diverses ou même, de tigelles vibrantes.
► Le «peigne» ou
«racloir» («scraper» des anglo-saxons), autres termes définitifs, est mobile, actif et formé par des
dents, des épines, des tubercules chitineux (Fig. ) ou des soies rigides (Fig. ).
► Le peigne frotte
contre la lyre, ce jeu mécanique
étant responsable soit d’une
émission sonore présumée ou avérée, soit, du moins
chez les Theridiidae
Argyrodes,
d’une stimulation nerveuse inédite et beaucoup plus subtile
qui serait impliquée dans…l’équilibration (Lopez,1988 ; Lopez,1994a ;
Lopez,1994b).
Les deux parties
peuvent siéger :
■ sur un même appendice
(surfaces segmentaires opposées d’une articulation de patte) (Rovner,1975),
■ sur deux appendices
différents, tels que les pattes
I et II, les deux chélicères, le bulbe
copulateur et la gnathocoxa, le pédipalpe
et la chélicère (Fig. ), le pédipalpe et la patte I, peut être aussi les filières antérieures chez
certaines Malkaridae (Platnick
& Forster, 1987),
■ sur les deux grands tagmes
corporels (céphalothorax ou
prosoma et abdomen ou opisthosoma), notamment chez les Argyrodes
(Fig. ),
■ sur le pédicule (pédicelle) et l’abdomen,
■ sur un appendice
(patte IV ou postérieure)
et l’abdomen (Fig. ).
Ainsi a-t-on pu définir plusieurs types ou catégories
d’appareils stridulatoires, en se basant sur les positions respectives de la lyre et du peigne et en créant ainsi au moins 4 classifications :
∙4 types, classés de « a » à « d »
par Berland (1932),
∙7 types, présentés sans ordre défini
par Millot (1949),
∙7 types encore, décrits et énumérés
de « a » à « g » par Legendre (1963,1970) dans son important
travail,devenu classique et qui est basé sur l’examen de 74
espèces appartenant à une quinzaine de familles différentes.
∙8 types selon Uetz et Stratton (1982)
qui reprennent la classification deLegendre en lui adjoignant
une catégorie particulière dans laquelle un seul et même appendice
se trouve concerné (Rovner,1975).
Je ne présenterai ici que trois types d’appareils stridulatoires, « a », « d »
et « g » dont la découverte
et (ou) l’étude approfondie chez certaines espèces m’ont permis
de contribuer à leur connaissance.
Dans tous les cas, les examens ont été réalisés
à la loupe binoculaire, en microscopie photonique sur des
coupes colorées par des méthodes histologiques de routine,
et surtout, en microscopie électronique à balayage (M.E.B) (Note ).
Le plus important, celui des Argyrodes (« a »), dit aussi «prosoma-opisthosoma», sera
d’abord développé séparément et en détails, ultrastructure
comprise (microscopie électronique à transmission : M.E.T.).
Je montrerai ensuite pour la premère fois que le type « d »(chélicères-pédipalpes) est présent dans le genre Holocnemus (Pholcidae) et présenterai le type « g » (quatrième paire de pattes, IV- opisthosoma) chez quelques Araignées Gastéracanthines de la Guyane française.
L’appareil stridulatoire de type " d " associe une lyre, portée par la chélicère, et un archet, situé sur le pédipalpe ou patte machoire.
Décrit pour la première fois par Simon (1893) chez l’Araignée sud-africaine Sicarius hahni (Sicariidae), il a été retrouvé ensuite chez les Scytodidae (Pickard-Cambridge,1895), les Diguetidae de Californie (Chamberlin, 1924) et, beaucoup plus récemment, chez certains Pholcidae américains du genre Physocyclus (Gertsch, 1979,1982).
Je l’ai également observé dans cette dernière famille (Lopez, 1988) mais il s’agit en l’occurrence d’ Holocnemus pluchei (Scop.), un Pholcide " indigène " très répandu dans nos garrigues héraultaises et jusque dans les habitations du Bittérois sensu lato, ainsi que leurs dépendances (Lopez, 1973) (Fig.galerie). Holocnemus est fort intéressant aussi sur le plan histologique par ses curieuses cellules pigmentaires étoilées de siège profond, non épidermique (Lopez, ).
Les exemplaires étudiés, uniquement au M.E.B. (Note), proviennent
de Cessenon (Ouest de l’Hérault, France) , ainsi d’ailleurs que
de Téboursouk (Tunisie), leur espèce présentant une aire de répartition
circumméditerranéenne très vaste.
5.1 – La Lyre
Elle est située sur la face externe de la chélicère, plus précisément sur celle de son article basal, la tige ou paturon. Sous la loupe binoculaire, elle apparaît comme une bande brillante, de couleur rougeâtre, comme striée en travers et disposée verticalement selon le grand axe de la tige chélicérienne ;
Au M.E.B., il s’agit d’une zone oblongue, entièrement glabre mais cernée par de nombreux poils, et déprimée en gouttière peu profonde (Fig. ). Elle porte sur toute sa surface une série de 30 à 40 crêtes parallèles, équidistantes, bifurquées parfois à leurs extrémités et séparées par des sillons uniformes qui ont tous la même longueur (Fig. ).
Cette lyre existe chez toutes les
femelles, où son aspect ne varie guère (Fig.1 à 3),
chez les immatures où elle paraît déjà bien formée (Fig.5)
et chez les mâles (Fig.4) dont les crêtes
semblent plus longues, un peu moins régulières, plus nombreuses
et tendent à s’anastomoser.
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| Fig. 1 -
Holocnemus pluchei, femelle : appareil
stridulatoire droit. M.E.T. |
Fig. 2 - Holocnemus pluchei, autre femelle :
appareil stridulatoire droit. M.E.T. |
Fig. 3 -
Holocnemus pluchei, autre femelle
: lyre, détail. M.E.T. |
| Ch,
chélicère (tige ou paturon) ; F, fémur ; Fg, crochet venimeux ;
G, gnathocoxe ou lame maxillaire ; H, poils ; L, lyre et ses crêtes
; T, trochanter avec petite saillie (Fig.2 : flèche) |
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5.2– L’ archet
Il est représenté par le trochanter du pédipalpe (Fig.1 à 4). Entrant en rapport intime avec la lyre, cet article est beaucoup plus volumineux et renflé que chez Pholcus phalangioides, espèce très commune d’un genre voisin, dépourvue, pour sa part, d’appareil stridulatoire sur la tige chélicérienne à surface unie (Fig. 6). Il est fortement convexe et porte même à sa surface une petite saillie hémisphérique (Fig.2 : flèche) pouvant accroître les frottements exercés sur les rugosités chélicériennes.
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| Fig. 4 -
Holocnemus pluchei, mâle : stridulatoire.
M.E.T. |
Fig. 5 -
Holocnemus pluchei, immature :
lyre. M.E.T. |
Fig. 6 Pholcus phalangioides, femelle : chélicères.
M.E.T. |
| Ch,
chélicère (tige ou paturon) ; Fg, crochet venimeux ; G, gnathocoxe
ou lame maxillaire ; H, poils ; L, lyre et ses crêtes. Flèche rouge
(Fig.4) : trochanter. Flèche jaune (Fig.6) : emplacement de la lyre,
ici absente |
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6 - Appareil stridulatoire des Gasteracanthinae.
L’appareil stridulatoire du type " g " se compose d’un archet situé sur la 4eme paire de pattes ambulatoires (P IV) et d’une lyre placée sur la face inférieure de l’abdomen. Carpenter (1898) l’a découvert chez Rhaebothorax brocchus et Falconer (1910) l’a retrouvé un peu plus tard en Angleterre chez une autre Erigonide, Eboria caliginosa.
La lyre de ces Araignées est une surface rugueuse correspondant à l’ "opercule", "plaque" ou "couvercle" chitineux du poumon ("booklung cover" des auteurs de langue anglaise). Le peigne qui balaye cette lyre est un relief en forme de dent aiguë siégeant sur le bord interne de la 4eme hanche. Selon Savory (1928), ils n’existeraient que chez le mâle.
En dehors des Erigonidae, seuls cités par Legendre (1963), le type " g " n’a été retrouvé ultériueurement, et jusqu’à ma propre étude (Lopez,1988,) que chez une Lycoside, Pardosa fulvipes (Col.)(Kronestedt, 1973) et surtout, chez les Gasteracanthinae, sous famille d’Araneidae remarquables par leur "armature" épineuse, leurs couleurs souvent vives (Fig.galerie) et l’aspect original des filières (Fig. )
Hinton et Wilson (1970) précisent que l’archet ("scraper") des Gasteracanthinae est formé par des soies rigides dressées sur la base du fémur de P IV et que leur plaque pulmonaire est couvrerte de crêtes extrêmement fines et nombreuses ("file"). Leur description est basée sur une étude au M.E.B. concernant les femelles des Micrathena gracilis et schreibersi, espèces américaines. De son côté, Levi (1985) présente une planche photographique montrant les appareils stridulatoires de Chaetacis aureola et Micrathena mitrata, le couvercle du poumon de la première ayant une forme quadrangulaire, celui de la seconde une forme arrondie.
Personnellement, j’ai examiné l’appareil stridulatoire du type " g " chez des Gasteracanthines de la Guyane française. Cette sous-famille est représentée dans notre département néotropical par de nombreuses espèces que les Zoologistes français, Arachnologues compris (Note ), semblent avoir pratiquement ignoré jusqu’à ma mise au point (Lopez,1994c.)
6.1 – Chaetacis cornuta (Taczanowski)
La femelle a des plaques pulmonaires allongées, ovalaires, brunâtres, disposées obliquement par rapport à l’axe longitudinal de l’abdomen (Fig.7). Chacune d’elles mesure environ 0,6 mm de long sur 0,2 mm de largeur maximum.
6.1.1 - La lyre
Il s’agit d’un ennsemble de crêtes nombreuses (environ 150), fines, très serrées, légèrement incurvées et s’anastomosant, à leur extrémité, en un réseau "gaufré" (Fig.8). Cet aspect rappelle celui qu’offre une espèce voisine, Chaetacis aureola (C.L.Koch) au M.E.B. (Levi,1985 : pl.3). Toutefois, sa plaque pulmonaire paraît plus petite et montre un moins grand nombre de crêtes que chez C. cornuta.
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| Fig. 7
- Chaetacis cornuta : stridulatoire
gauche. M.E.B. |
Fig. 8 - Chaetacis cornuta : lyre gauche, détail
. M.E.B. |
Fig.
9- Micrathena scheibersi : lyre
gauche. M.E.B. |
| Ar,
archet (soies) ; Cx, coxa (hanche) ; E, partie toute antérieure de
la région épigastrique ; F, fémur ;
L, lyre ; P, pédicule ; R, réseau "gaufré". Flèches
: crêtes trés apparentes |
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6.1.2 – L’ archet
Il est constitué par deux soies courtes, raides, incurvées vers l’arrière et s’implantant sur la base fémorale (Fig.7,8) comme celles que Hinton et Wilson (1970) ont figurées chez des Micrathena. Contrairement à ce qu’a écrit Levi (1985), il ne s’agit donc pas de tubercules coxaux ou fémoraux.
Je ne puis fournir de renseignements sur le mâle, non récolté.
6.2 – Micrathena schreibersi (Perty)
Cette espèce est la plus belle des Gastéracanthines guyanaises (Lopez,1994c).
Bien que Hinton et Wilson (1970) ne l’aient pas spécifié, son mâle possède aussi un appareil stridulatoire.
6.2.1 - La lyre
Elle correspond à la plaque pulmonaire, zone oblongue, d’un noir intense et luisant, arrondie à son extrémité postéro-externe, encochée, près du pédicule à l’antéro-interne (Fig.9), mesurant 0,6 mm dans sa plus grande longueur, 0,3 mm de large, et portant environ 150 crêtes qui sont parfois bifurquées (Fig.10).
6.2.2 - L’archet
Il est encore formé par des soies fémorales de sorte que l’appareil stridulatoire rappelle, en plus petit, celui de la femelle, seule examinée par Hinton et Wilson (1970).
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| Fig.10-
Micrathena scheibersi : lyre gauche,
détail. M.E.B. |
Fig.11
Micrathena clypeata : stridulatoire
droit. M.E.B. |
Fig.12-
Micrathena clypeata : lyre
droite, détail. M.E.B. |
| Ar,
archet (soies) ; Cx, coxa (hanche) ; E, région épigastrique ;
F, fémur ; L, lyre ; P, pédicule .
Flèches : crêtes trés apparentes, dédoublées
et unies entre elles. |
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6.3 – Micrathena clypeata (Walckenaer).
Cette troisième Gastéracanthine est une curieuse espèce, aplatie, foliacée, breaucoup plus répandue en Guyane (lopez,1994c) que ne semble l’indiquer la citation trop restrictive de Levi (1985 : Saint Laurent du Maroni).
6.3.1 - La lyre
Elle reste confinée à la plaque pulmonaire, a une forme trapézoïdale (Fig.11) et mesure 0,6 mm de hauteur pour une base de 0,7 mm. Les crêtes y sont extrèmement nombreuses et si rapprochées (environ 3 µ) que je n’ai pu les compter ; elles ne sont pas rectilignes et se dédoublent fréquemment pour s’unir en oblique (Fig.12).
6.3.2 - L’ archet
Il est toujours fémoral et constitué par des soies.
L’un des appareils stridulatoires
les plus répandus est le type « a », signalé pour la première fois
par Westring (1843) sans toutefois le nommer ainsi, bien défini
par Berland (1932) et surtout par Legendre (1963). Une «lyre» céphalothoracique y
serait raclée par le «peigne» ou, mieux, l'archet
abdominal.
On le connaît actuellement
dans au moins 4 familles : les Theridiidae, les Clubionidae, les Gnaphosidae et les Hahniidae (Uetz et Stratton,1982).
Je l’ai étudié chez les Theridiidae du genre Argyrodes dont il est
l’une des nombreuses caractéristiques conférant à ces petites Araignées
un intérêt majeur. Elles sont en effet remarquables aussi
par leur dimorphisme sexuel céphalothoracique,
en rapport avec l’existence d’une glande acronale
ou clypéale n’existant que
chez le mâle, par des glandes à soie
originales, par le vif éclat métallique de leur abdomen, la forme curieuse
de leurs cocons et par le fait qu’elles vivent
généralement en kleptoparasites sur
la toile d’autres Aranéides.
Un appareil assez voisin
pourrait exister aussi dans le genre Asagena.
Au moins chez
les Argyrodes,
il s’associe aux organes lyriformes
du pédicelle
(Lopez,1996) constituant avec
ces derniers un complexe anatomo-fonctionnel sus-pédiculaire que nous présumons stato-récepteur (Lopez, 1994a ; Lopez,1994b)
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| Fig.13 - Argyrodes argyrodes : appareil stridulatoire,
côté gauche. M.E.B. (montage) |
| A, abdomen ; Ar, archet
; C, céphalothorax ; H, poils banaux ; L, lyre ; P, pédicule
avec l'organe lyriforme gauche (flèche jaune) |
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| Fig.
14 - Argyrodes
elevatus : appareil stridulatoire, vue latérale gauche.
M.E.B. |
Fig.
15 - Argyrodes
coactatus : appareil stridulatoire, vue dorso-latérale
gauche. M.E.B. |
Fig.16-
Argyrodes fissifrontella
: appareil stridulatoire, vue dorso-latérale
gauche. M.E.B. |
| A, abdomen ; Ar, archet ; C, céphalothorax ; H, poils banaux ; L, lyre ; P, pédicule; S, soies sensorielles. Flèche rouge(Fig.2) : organe lyriforme gauche. Flèche jaune(Fig.3): l'une des dents d'archet. | ||
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| Fig. 17 -
Argyrodes dracus
: appareil stridulatoire, vue latérale gauche. M.E.B. |
| A, abdomen ; D,
dent d'archet ; H, poil banal ; L1, groupe antérieur des crêtes
de la lyre ; L2, groupe postérieur ;
P, pédicule . Flèche jaune : organe lyriforme ; flèches rouges
; soies sensorielles de l'archet. |
7.1.2 -
L'archet
Il se compose de plusieurs
unités indépendantes qui s'échelonnent en file oblique et un peu
arquée (Fig.13,16 à 18) ; elles y sont bien séparées
les unes des autres, excepté dans sa partie supérieure où peut apparaitre
un couple isolé (Fig.16). Les axes de l'archet et de la lyre ne
semblent pas parallèles ; ils délimitent un angle aigu , à sinus supéro-interne
(Fig.15 à 17). Chez A. argyrodes
et A.fissifrontella, il y a généralement
5 ou 6 unités par archet (Fig.13,16).
Nous en avons compté moins chez A. elevatus
et dracus (Fig.14,17).
Ces unités ont un même aspect fondamental : elles
montrent un poil, ou soie, et son alvéole
dont une partie de la margelle forme une dent excentrique (Fig....).
Le
poil est long en moyenne de 50 µm chez
A.argyrodes (Fig.18,19). Il s'effile progressivement depuis sa base, où l'on ne
note pas de constriction, jusqu'au sommet, trés aigu et dépourvu de pore. Orientant cette pointe vers la lyre, il a une surface lisse et présente généralement
une courbure à concavité postéro-inférieure. L'alvéole (largeur totale 15 µm chez A.argyrodes) est une cupule
plus ou moins profonde et d'orientation antéro-inféro-externe. Elle montre
un fond "articulaire" et une margelle plus ou moins saillante. Cette margelle est toujours épaissie en ergot dans sa partie
supéro-interne où elle constitue la dent ainsi excentrée : saillie acuminée
triangulaire chez A.argyrodes (Fig.18,19)
ou A.sp, espèce indéterminée (Fig.21),
"biseau" oblique d' A.cognatus, relief globuleux d' A.fissifrontella
( Fig. 20). Variable d'une espèce à l'autre,
la dent l'est aussi chez un même individu
où elle tend parfois à s'émousser du haut en bas de l' archet (A. cognatus
). Toujours lisse sur son sommet, elle peut présenter des rides basales
(Fig.19) et est dépoourvue de tout pore
excréteur. Elle a enfin une orientation constante et se situe toujours
au-dessus et en arrière du poil, ce qui pourrait
refléter un plan de symétrie bilatérale dans l' organe
sous-jacent.
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| Fig. 18
- Argyrodes argyrodes : archet,
vue d'ensemble. M.E.B. |
Fig. 19- Argyrodes argyrodes : 2 unités d'archet,
détail. M.E.B. |
| D,
dent ; H, poil banal ; S, soie ou poil sensoriel. Flèches rouges :
alvéoles |
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| Fig. 20-
Argyrodes fissifrontella
: unité d'archet, détail. M.E.B. |
Fig. 21-
Argyrodes sp.
: unité d'archet, détail. M.E.B. |
| D, dent ; H,
poil banal ; Ma, margelle S, soie ou poil sensoriel. Flèches rouges : alvéoles
(fond et membrane articulaire bien visibles dans Fig.21) |
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7.2.1 - La lyre
Les coupes histologiques sériées montrent
que la lyre est un épaississement chitineux
d'aspect rigide, formé surtout d'exocuticule.
Sa face profonde est lisse, régulière
et repose sur un épiderme banal, uniforme,
plus ou moins pigmenté, qui ne la pénètre pas. Cet épithélium entre lui même en rapport avec
un petit sinus hémolymphatique et
des fibres musculaires striées. La face
superficielle est en revanche régulièrement
crénelée par la série des crêtes et
ne présente aucune solution de continuité, la cuticule étant ininterrompue dans toute la
lyre (Fig.22 à 24).
Cette dernière est donc bien un simple
épaississement cuticulaire périodique, sans participation de
l'épiderme sous-jacent.
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| Fig.
22 - Argyrodes argyrodes
: appareil stridulatoire. |
Fig. 23 - Argyrodes caudatus: appareil stridulatoire.
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Fig. 24-
Argyrodes fissifrontella
: appareil stridulatoire. |
| Cu,
cuticule ; D, dent d'archet ; E, épiderme ; I, divedrticule intestinal
; L, lyre et ses crêtes ; M, muscle strié ; R, tissu réticulé
du prosoma ; S, poil sensoriel ; Sn, axe sensoriel. Flèche bleue
(Fig.6) : dent apparaissant derrière le poil. Flèche rouge (Fig.8)
: pédicule. |
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7.2.2 - L'archet
Il est formé par un ensemble d'unités plus ou moins espacées
Au niveau de chacune d'elles, la cuticule
est non seulement épaissie en bloc mais forme aussi à sa surface
chaque dent observée au M.E.B. Cette
saillie est plus ou moins effilée et régulière ; elle flanque
le poil ou soie,
qui s'y superpose dans une même coupe histologique (Fig.22)
ou est retrouvé, plus dégagé et donc plus apparent, dans la section
voisine.
L'épiderme
sous-jacent est plus ou moins chargé de mélanine
et présente un aspect banal entre les unités
de l'archet. Au niveau de chacune d'elles, il
se différencie en un petit massif cunéiforme s'engageant dans la cuticule jusqu'à l'alvéole
du poil (Fig.22,24).
Dans ce massif, qui correspond à l'axe sensoriel
de la M.E.T, on peut discerner une cavité mal définie, deux cellules nerveuses à gros noyau
nettement nucléolé et cytoplasme clair, leurs
prolongements qui s'effilent vers la
dent et le poil, ainsi que des cellules "satellites" plus petites et plus
chromatiques (Fig.24). Leur ensemble entre en rapport avec
des hémocytes, des fibres
musculaires striées et les diverticules intestinaux
de la partie antéro-supérieure de l'abdomen
(Fig.22)......
7.3 - Ultrastructure
Alors que la lyre
est continue, l'archet se compose
de plusieurs unités bien distinctes qui sont indiscutablement sensorielles . Des sensilles
cuticulaires d'ultrastructure trés voisine se juxtaposent en revanche dans le pédicule adjacent pour y former un organe lyriforme unique.
7.3.1 - La lyre
Elle comporte vers l'extérieur une épicuticule régulièrement ondulée, mince (0,4 nm) et présentant deux
couches : l'une externe, trés dense aux électrons ; l'autre interne,
moins dense, moins homogène et d'épaisseur plus réduite. A leur
zone de contact, ces couches forment de fines denticulations qui
s'interpénètrent et les engrènent étroitement l'une dans l'autre.
L'endocuticule
est épaisse d'environ 10 nm et suit les ondulations de l'épicuticule, atténuées toutefois sur sa face
interne. Elle présente des canaux poraires
étroits dans lesquels l'épiderme sous-jacent,
uniformémént plat, ne s'engage pas.
7.3.2- L'archet
Toutes les unités
qui le constituent possèdent une même ultrastructure confirmant
son aspect histologique d'organe nerveux et évoquant d'emblée des
sensilles mécanoréceptrices du type I
défini et décrit par Mc Iver (1975) chez
les Arthropodes.
Chacune d'elles comporte un capteur externe cuticulaire et un axe sensoriel.
Ce dernier est formé par 2 neurones bipolaires
et par 3 cellules enveloppes entourant
les dendrites.
7.3.2.a -Capteur externe
Il est formé par le poil, son alvéole et l’excroissance en dent qu’elle porte.
Le poil est lisse, de section circulaire et creusé d’un canal. Ce dernier ne renferme pas de prolongements nerveux et ne communique pas avec l’extérieur. Sa paroi est épaisse, formée par de l’épicuticule et surtout , par de l’exocuticule se poursuivant, à la base, dans la membrane articulaire qui constitue le fond de l’alvéole.
La dent est un épaississement considérable de la margelle dans sa partie antérieure, entièrement chitineux, ayant la forme d’un cône grossier, haut d’environ 10 µm et dépourvu de cavité. Son endocuticule lamellaire émet un apodème, expansion profonde dont l’aspect évoque un " levier " vertical, légèrement incurvé (Fig.23, 27,28). Cet apodème fait saillie dans une cavité qui excave la cuticule sous la membrane alvéolaire, entre la base de la dent et la zone d’implantation du poil, très excentrée.
|
| Fig. 25 - Argyrodes
argyrodes : capteur et partie
de l' axe sensoriel. M.E.T. |
| Al, alvéole ; Ap, apodème ;
Ce, cellules enveloppes (partie)
; D, dent d'archet ; Ct, corps tubulaire ; Cv, cavité sous-cuticulaire
; D, dent d'archet ;
Ma, membrane articulaire ; Mg, margelle ; S, soie sensorielle. Flèche
: gaine scolopale |
7.3.2.b - Axe sensoriel
Comme l’histologie permettait de l’envisager, il est bien constitué par deux neurones. Bipolaire, chacun d'eux montre un axone, un corps cellulaire et un dendrite se terminant par un cil.
► Axone
Il est riche en mitochondries
et neurotubules mais ne peut être observé
sur un long trajet. Avec son homologue, il rejoint peut être le nerf du pédicule (nerf segmentaire I de Legendre,
1958).
► Corps cellulaire
Il est ovoïde, assez volumineux et mesure approximativement
15 µm dans son grand axe, 10 dans le petit.
|
| Fig. 26 - Argyrodes
argyrodes : corps d'un neurone et cellules enveloppes.
M.E.T. |
| Ce, cellules enveloppes et leurs noyaux
; D, dictyosomes ; M, mitochondries ; N, noyau du neurone ; R, réticulum
|
Le noyau est plus ou moins arrondi, régulier et à chromatine peu dense, répartie en mottes, les plus petites s’accolant à l’enveloppe nucléaire. Le cytoplasme renferme du réticulum endoplasmique granulaire formant des saccules plus ou moins enroulés, des dictyosomes et de nombreuses mitochondries (Fig.26).
|
|
| Fig. 27 - Argyrodes argyrodes , axe sensoriel : neurone, dendrites, enveloppes |
Fig. 28 - Argyrodes argyrodes , axe sensoriel : cils (en oblique), enveloppes |
| Cl 1, Cl
2, cils ; Ct, corps tubulaire (partie) D1, D2, dendrites ; Ep, noyau de
cellule épidermique ; Mv, microvilli ; N, neurone (corps) ; P, pigment
; Th, cellule thécogène ; Tr, cellule trichogène. Flèches : gaine scolopale. |
|
►Dendrites
Deux dendrites, un
pour chaque neurone, pénètrent latéralement
dans la cellule thécogène, d’abord séparés
puis contigus (Fig.27). Leur segment interne
(diamètre moyen : 1 µm) renferme des neurotubules,
de nombreuses mitochondries, des ribosomes, des corps mlultivésiculaires
et du glycogène. Chacun d’eux donne naissance
à un cil à la base duquel se trouve un seul centriole d’où partent des
racines ciliaires très courtes. Les microtubules
y sont répartis en 9 doublets périphériques.
Les cils (Fig.28,29) ont d’abord
le même diamètre à leur base (0,4 µm). L’un d’eux devient ensuite plus
gros que l’autre puis s’élargit brusquement à son extrémité distale où se
différencie un corps tubulaire volumineux (Fig.25,
30 à 32 ). Ce dernier, long d’environ 15 µm pour un diamètre
de 5, renferme de nombreux microtubules associés
à un matériel peu osmiophile les unissant entre eux et à la membrane du cil. Il
pénètre dans la cavité sous-cuticulaire, y entre
latéralement en contact étroit avec l’apodème
(Fig.25,30,31) et gagne la base du poil
dans sa partie la plus proche de la dent chitineuse.L’autre
cil diminue progressivement de diamètre et disparaît
au niveau de la base du corps tubulaire.Libres
à leur origine sur un trajet très court (1 à 2 µm), les deux cils sont ensuite enfermés dans une gaine cuticulaire ou scolopale.
Elle les enserre d’abord étroitement, au niveau des cellules thécogène et trichogène
(partie inférieure), puis forme une cavité spacieuse, remarquable par
les sinuosités de ses contours, jusqu’à la base du corps tubulaire . Au niveau de ce dernier, elle
se rapproche de la membrane du cil et n’en est plus séparée que par une couche
de gros granules. Ils mesurent 150 à 200
nm de diamètre et selon l’incidence des coupes, paraissent libres ou unis
par un pédicule à la face interne de la gaine
qui paraît alors les bourgeonner. Ils sont hétérogènes, montrent un cortex
à deux couches, l’une dense, l’autre claire, ainsi qu’une zone centrale d’aspect
réticulé (Fig.32) et refoulent la membrane
du cil sans qu’elle se plaque outefois sur
les microtubules sous-jacents. Au delà du
corps tubulaire, la gaine
ne contient plus de prolongement nerveux mais
s'infléchit, s'étire en cône et va finalement s'insérer sur la base du
poil en s'y confondant.
|
|
|
Fig. 29 - Argyrodes
argyrodes , axe sensoriel : cils
(en travers), enveloppes
|
Fig. 30 - Argyrodes argyrodes : capteur (apodème) et
corps tubulaire. M.E.T. |
| Ap, apodème
; Ci 1, Ci 2, cils ; Cv, cavité sous-cuticulaire ; Gr, grains ; Mv,
microvilli ; Mt, microtubules. P, pigment épidermique
; Th, cellule thécogène ; Tr, cellule trichogène.
Flèches : gaine scolopale |
|
|
|
| Fig. 31- Argyrodes argyrodes : autre vue. M.E.T. |
Fig. 32- Argyrodes argyrodes : autre vue. Corps tubulaire, détail. M.E.T. |
| Ap, apodème
; Cv, cavité sous-cuticulaire ; Gr, grains
; Mt, microtubules ; S (Fig.29) et flèches rouges (Fig.28), gaine scolopale.
Flèches jaunes (Fig.29) : partie centrale réticulée des grains. |
|
►Cellules enveloppes
Etoitement accolées, elles sont au nombre de 3
par unité d’archet : cellules thécogène, la plus interne, trichogène et tormogène,
la plus externe.Elles sont garnies de microvilli apicales en bordure des
cavités extracellulaires (Fig.28,30 )
La cellule thécogène est trés allongée
et entoure les dendrites dès leur apparition.
Son noyau est basal, ovoïde et riche en chromatine formant de grosses mottes denses. Trés
riche en ribosomes libres, son cytoplasme renferme des dictyosomes
et de fins granules probablement à l'origine
de la gaine scolopale. Cette dernière se
matérialise dans la cavité extracellulaire où
est également visible un matériel subhomogène, dense aux électrons.
La cellule trichogène se referme
sur elle même par un méso en formant un manchon.
Sa partie inférieure enserre étroitement la cellule
thécogène, tandis que sa partie supérieure présente une cavité extracellulaire que bordent quelques microvillosités. Le noyau
est basal, trés allongé et riche en chromatine.
Moyennement dense aux électrons, le cytoplasme
renferme de nombreuses mitochondries, des
grains de sécrétion, de nombreuses vésicules
de réticulum lisse et des vacuoles à contours irréguliers avec des parois
plus ou moins densifiées et un contenu amorphe.
Volumineuse et aplatie, la cellule tormogène
fait suite à la précédente. Sa cavité extracellulaire
est trés spacieuse, emplie d'une substance finement grenue, en continuité
avec la sous-cuticulaire, prolonge celle de
la cellule trichogène et est bordée par de nombreuses
microvilli (Fig.28,30).Ces dernières
sont nombreuses, irrégulières et prennent souvent l'aspect de lamelles émettant
des prolongements anastomosés. Le noyau est
latéral, aplati, riche en chromatine. Le cytoplasme contient un grand nombre de mitochondries et de vacuoles.
8 - Commentaires
8.1 - Sur le plan anatomique, l’ appareil stridulatoire d’Holocnemes pluchei correspond au soustype " d II " (" organe de Simon ") individualisé par Legendre (1963) Présent dans les deux sexes, il diffère donc de celui des Pholcidae américains Physocyclus, propre aux mâles et dont l’archet est un " éperon " aigu siégeant sur la base du fémur pédipalpaire (Gertsch,1982).
En ce qui concerne les
Gasteracanthinae les appareils
étudiés se rattachent bien au type " g ". Comme Hinton
et Wilson (1970) l’ont suggéré à propos des Micrathena schreibersi et gracilis,
il existe bien des différences intergénériques
et interspécifiques dans la microsculpture de la polaque pulmonaire.
Mais outre l’espacement des crêtes, elles semblent intéresser aussi leur structure même
ce que devrait confirmer une révision exhaustive.
Ces mécanorécepteurs sont " purs ", l’ultrastructure de leur poil, dépourvu de tout pore apical ou autre ouverture externe, et de terminaison nerveuse intra-luminale, permettant d’éliminer une composante chémoréceptrice.comme celle décrite par exemple dans les sensilles appendiculaires de Ciniflo (Dictynidae : Harris & Mill, 1973). Ils peuvent donc être toujours unique (rapprochés de ceux, également " purs ", décrits dans les tarses d’autres Araignées (genre Araneus : Chu-Wang & Foelix, 1973) et retrouvés plus tard dans tous les poils tactiles. Leurs corps tubulaires ont une ultrastructure spéciale très voisine. Tous renferment en effet de curieux granules logés entre la gaine scolopale et la membrane dendritique, granules pouvant être d’origine cuticulaire. Observés chez des Araignées de familles différentes (Ctenidae, Dictynidae)(Barth,1971 ; Harris & Mill, 1977), ainsi d’ailleurs que chez les Scorpions et les Tiques (Acariens), ces granules pourraient dériver de la cuticule, d' où leur autre nom de "globules cuticulaires".
L’innervation de chaque unité d’archet est multiple, comme dans tous les mécanorécepteurs d’ Arachnides, et la distingue donc des sensilles mécanorécepteurs d’ Insectes à neurone toujours unique (Mac Iver,1975). Mais elle est également double, ce qui l’oppose aussi aux poils tactiles banaux d’ Araignées toujours pourvus de 3 neurones que leurs terminaisons dendritiques rattachent à la base pilaire (Chu-Wang & Foelix, 1973 ; Harris & Mill, 1977), ainsi qu’aux trichobothries qui peuvent en posséder (Christian,1971).
Cette double innervation
de l’unité d’archet rappelle en revanche celle des lyrifissures, isolées
ou réunies en organes lyriformes, sur les appendices de Cupiennius (Barth,1971) et
surtout, en ce qui nous concerne ici, sur le pédicule des Argyrodes où des organes lyriformes
en " bourrelet " (Lopez,1996) s’associent
aux appareils "stridulatoires" pour former un " complexe " au moins anatomique.
Les rapports étroits entre le corps tubulaire et l’ apodème
du bord de l’alvéole rappellent ceux qui ont
été signalés par Hawke et al. (1973) dans l’ ovipositeur
d’un Insecte Hyménoptère, Orgilus lepidus. Une formation
évoquant la structure en "levier" qu’émet l’apodème
d’ Argyrodes a été décrite par
Gaffal et Hansen (1972) dans les sensilles antennaires
d’un autre Insecte, l’Hémiptère
Dysdercus intermedius. Elle se détache toutefois du poil lui-même et en transmet vraisemblablement au
dendrite la pression mécanique.
8.2 - Sur le plan fonctionnel, les deux appareils stridulatoires " d " et " g " ne peuvent intervenir dans l’équilibration.
8.2.1 - Lorsque celui d’Holocnemus pluchei entre en activité, son composant trochantérien doit être animé d’un mouvement oscillatoire, uni ou bilatéral, qui lui fait frotter les crêtes de la lyre. Les vibrations émises chez le Pholcide sont vraisemblablement impliquées dans la reconnaissance intra-spécifique. Ce rôle paraît beaucoup plus plausible qu’une fonction d’avertissement, donc de défense, vis à vis des agresseurs éventuels, et surtout, d’une attaction sexuelle car l’appareil est présent chez le mâle, la femelle ainsi que les immatures.
8.2.2
- Le frottement des soies
fémorales de Gastéracanthines contre les crêtes pulmonaires est générateur
de vibrations. Amplifiées par le poumon jouant ainsi un rôle de caisse de
résonance, elles ont pu être enregistrées en laboratoire (Hinton
& Wilson,1970 ; Uetz & Stratton, 1982), sont perçues aussi
au toucher lorsqu’on saisit une Micrathena avec
les doigts et peuvent être audibles comme un bourdonnement, lorsqu’on
l’importune sur sa toile. Ce bruit (" low-pitched buzz ") serait
perceptible jusqu’à 1 m de Micrathena gracilis
(Hinton & Wilson,1970 ; Uetz & Stratton, 1982). Levi (1985)
n’a pu toutefois confirmer son émission chez plusieurs autres espèces.
Quoi qu’il en soit, l’appareil
stridulatoire des Gastéracanthines n’a pas de fonction sexuelle
pour les précédents auteurs, mais représente,
par ses vibrations, un système défensif :
►Effet de " surprise " temporaire que l’ Araignée met à profit pour s’enfuir, se comportant
ainsi comme certains Insectes stridulants (Masters, 1979)
►Imitation, par la fréquence sonore, des battements alaires
de certaines Guêpes chasseresses que redoutent les
autres Arthropodes, cette sorte de "mimétisme vibratoire" protégeant
ainsi l’ Araignée.
►Diffraction d’une lumière
rasante par les lyres pulmonaires, du moins dans le cas de Micrathena schreibersi (Hinton &
Wilson, 1970), le spectre émis jouant un
rôle de couleurs d’avertissement comme dans le cas de l’appareil stridulatoire abdominal des Mutillidae (Insectes Hyménoptères)
(Hinton, Gibbs & Silberglied, 1969). Complémentaires ou pas dela
stridulation, ces couleurs d’avertissement "intimideraient" l’adversaire
des Micrathena en renforçant
l’effet aposématique de leur livrée abdominale
brillante.
8.2.3
- L’appareil stridulatoire
" a " des Argyrodes est, sans aucun doute, impliqué dans l'équilibration.
Comme chez certains Insectes,
l’apodème de l’unité d’archet et son "levier"
pourraient transmettre au corps tubulaire d’
Argyrodes les vibrations ou déplacements
de la dent, et la gaine
dendritique, les mouvements et l’incurvation plus ou moins marquée
du poil sous la poussée de la lyre.
Il est vraisemblable que la transduction du stimulus mécanique en potentiel
de récepteur se produit au niveau du corps tubulaire
comme dans les autres sensilles d’Arthropodes (Mc Iver,1975). Ce corps serait
comprimé (Thurm,1964) ou subirait une incurvation tendant la membrane dendritique
contre le cytosquelette des microtubules. Il en résulterait une dépolarisation
(Rice & al.,1973). Quant aux granules ou
globules cuticulaires, ils jouent peut-être un rôle de "couplage" ou d’ "accrochage"
(Christian,1971 : "clamping device")
Les cellules enveloppes doivent sécrèter
le liquide qui emplit les espaces extracellulaires ("inner and outer receptor
lymph cavities ") et y assure pour les dendrites
une fonction nutritive ou facilitant leurs activités électriques. De plus,
l’une d’elles, la cellule thécogène, est productrice
de la gaine scolopale.
En ce qui concerne la fonction réelle de l’appareil dit "stridulatoire", une émission sonore paraît très peu probable chez les Argyrodes. Bien qu’ elle soit suggérée par les noms des deux espèces Argyrodes ululans et stridulator, on ne l'a jamais été démontrée dans le genre .La biologie des Argyrodes est aujourd’hui bien connue sous l’angle des mœurs sexuelles liées en partie à la glande acronale, kleptoparasitaires et prédatrices, au cours desquelles une intervention sonore, audible ou du moins enregistrable, n’a jamais été constatée pas plus d’ailleurs que dans la grande majorité des autres appareils. Il s’ensuit que la prédiction de Legendre (1963) les créditant d’un " rôle beaucoup plus important que celui que nous tentons de (leur) attribuer " est aujourd’hui confirmée.
Une comparaison de la
lyre et de l’archet des Argyrodes avec certains champs sensoriels particuliers
existant chez les Insectes permet d’en fournir une interprétation fonctionnelle.
Par leur structure et surtout leur situation
dans les deux parties du corps (tagmes :
céphalothorax et abdomen)
indépendantes, bien que très voisines, et surtout, mobiles l'une par
rapport à l'autre lors des déplacements de l' Araignée, la lyre et l’archet
peuvent être rapprochés de certains "champs de soies"
existant chez les Hyménoptères sociaux.
Parmi ces plages sensorielles pilifères décrites
en détail chez l ‘Abeille, celle dite de
"l’articulation du pétiole" (Lindauer & Nedel, 1959 ; Markl, 1968)
rappelle tout particulièrement le prétendu appareil
stridulatoire d’ Argyrodes. Il
s’agit de deux champs de soies, pairs et symétriques,
situés sur le deuxième segment abdominal
et que des prolongements et replis thoraco-abdominaux "antagonistes ",
les " butoirs " (Schéma), viennent heurter et tendent à courber plus
ou moins lorsque l’Abeille se déplace.
|
| Apis
mellifica : région du pétiole et champs de soies (d'après
Markl) |
| A, abdomen ; P III, patte arrière
; T, thorax ; flèches : champs de soies |
Les sensillae trichodea
de ces soies, innervées aussi par des cellules bipolaires, ont une ultrastructure (Thurm,1964)
rappelant celle de chaque unité d’archet d’
Argyrodes, si toutefois l’on
excepte leur innervation unique, et sont indiscutablement sensibles à
la pesanteur comme l’ont montré diverses recherches expérimentales (in
Markl., 1968). Par rapport à l’ensemble du corps, elles percevraient l’emplacement
de parties toutes entières, mobiles suivant la gravité, et permettraient
par voie réflexe, un contrôle musculaire de la position des axes corporels
les uns par rapport aux autres.
L’existence de tels mécanorécepteurs paraît conditionnée par celle d’un abdomen volumineux, susceptible de déséquilibrer l’animal à tout instant : "gastre" des Abeilles et Fourmis mais aussi et surtout, abdomen ou opisthosoma des Argyrodes. Ce dernier, que pare souvent un vif éclat métallique (guaninocytes intestinaux), est en effet remarquablement volumineux et disproportionné par rapport au reste du corps (galerie photographique), plus ou moins élevé, conique, pesant et doit donc être sollicité sans cesse par les forces de gravité.
De ce fait, la petite Araignée est exposée à une distorsion du pédicule menaçant les organes fragiles qui le traversent lorsque son abdomen vient à s’incliner latéralement ou bascule contre le céphalothorax. A l’instar des Hyménoptères sociaux, où les sensilles abdominales sont excitées par le thorax, on peut admettre chez Argyrodes que la stimulation des sensilles d’archet (opisthosoma) par la lyre (prosoma) entraine des contractions musculaires suivant un arc réflexe et rétablit ainsi son équilibre : l’opisthosoma oriente en l’air sa face ventrale dans une position de "confort " optimum.
Cette stimulation pourrait être uni ou bilatérale, d’intensité plus ou moins grande suivant le degré d’incurvation des poils et le nombre des sensilles affectées, que la dent joue un simple rôle de butée, limitant la course du poil dans un plan donné, ou qu’elle heurte aussi les stries de la lyre. Dans ce cas, le maintien à un niveau constant du degré d’excitation de l’appareil par le jeu équilibré des poils et des dents deviendrait coincevable comme chez les Insectes Hyménoptères (Markl, 1968).
L’ultrastructure de l’appareil "stridulatoire" des Argyrodes et sa comparaison avec les champs sensoriels articulaires d’Insectes plaident donc en faveur d’un rôle dans la statoréception.
Il est possible que du moins chez Argyrodes, le complexe pédiculaire formé avec les organes lyriformes en "bourrelet" ne se réduise pas à de simples rapports anatomiques de voisinage mais soit une véritable association fonctionnelle entre récepteurs de gravité. Coordonnant leur activité suivant un processus qui nous échappe encore, ils permettraient à l’Araignée d’orienter dans l’espace les deux tagmes de son corps, sans préjudice pour le pédicule fragile et en fonction de sa position de repos habituelle.
Un tel concept du type " a " sera peut être étendu ultérieurement à d’autres appareils présumés "stridulatoires", les vibrations sonores, si tant est qu’elles existent réellement, se présentant alors comme un simple épiphénomène.
Note : Pour la M.E.B., les spécimens ont été examinés au microscope à balayage JEOL SM.35, après déshydratation et métallisation à l’or (Laboratoire de Microscopie électronique, Université des Sciences et Techniques du Languedoc, 34 Montpellier)
Couleurs conventionnelles : en bleu-vert, tous les termes anatomiques (macroscopie,histologie,microscopie électronique) ; en marron clair, termes d’éthologie et de physiologie ; en rouge foncé, noms d’organes décrits dans une autre partie du même sous-site ; en violet, noms génériques et spécifiques ; en vert, noms de familles ; en bleu foncé, groupements systématiques d’un rang plus élevé ; en rouge, parties les plus importantes et résumés ; en orange, notes infra-paginale.
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