Il est bien connu que des Myriapodes, certains Crustacés (Busnel,1963) et surtout, un grand
nombre d’Insctes appartenant à des ordres
variés (Homoptères, Orthoptères, Lépidoptères…)
peuvent émettre des sons (Fig.Galerie).
Divers Arachnides
en produisent aussi mais ce phénomène est généralement insoupçonné car
les vibrations sonores ne sont perceptibles par les Humains que dans de
rares cas. Il est ainsi décrit chez les Scorpions,
les Solifuges (in Berland,1932)
et, en ce qui concerne plus directement ce site, dans l’ordre des Aranéides.
La production de sons par les Araignées a été constatée pour la première fois
il y a plus de 130 ans, lorsque Wood-Mason (1876) signala qu’une grande
Mygale de l’Inde et Birmanie,Chilobrachys
stridulans, peut être à la source d’un bruit que l’Homme perçoit à
distance.
Il existe chez les Araignées
trois méthodes pour produire des sons, ou, si l’on préfère, trois types
d’émissions sonores : la vibration d’appendices,
la percussion du substrat et la stridulation.
La vibration des
pattes a été mise en évidence par Rovner
(1980) chez la grosse Araignée cosmotropicale
Heteropoda venatoria
(Eusparassidae) (Fig.galerie).
Elle se produirait aussi chez les Ctenidae
dont le genre Phoneutria
(Fig.galerie) ? ?
Encore appelée «tambourinage» («drumming» chez
les auteurs anglophones), la percussion du substrat est réalisée avec les palpes,
les pattes et (ou) l’abdomen.Elle a été découverte par Lahee (1904)
chez des Alopecosa nord-américaines et, par la suite,
observée bien souvent chez d’autres Lycosidae, les Clubionidae, les Anyphaenidae,
les Ctenidae, lesThomisidae et les Salticidae (revue in Uetz & Stratton,1982).
La stridulation,
ou supposée telle, qui seule nous intéresse ici, existerait dans près d’une
trentaine de familles d’Araignées.
Selon Busnel (1963), elle peut être définie chez
tous les Arthopodes comme un moyen de
production sonore qui met en jeu le frottement
de deux parties rigides du corps l’une contre l’autre. Pourvues d’une surface
tégumentaire spéciale, différenciée, ces deux parties constituent l’organe ou appareil
stridulatoire.
Le son émis chez les Araignées n’est audible sans amplificateur que
dans quelques cas privilégiés. L’oreille humaine le perçoit alors de très
près (20 cm maximum) chez certains petits Theridiidae tels que Steatoda bipunctata (Meyer,1928), à
la distance de 1 m. dans le cas de Micrathena gracilis
(Araneidae)(Uetz &
Stratton,1982) et jusqu’à 2 ou 3 ms lorsqu’une Mygale géante comme Theraphosa leblondi (Fig.galerie)
se met à striduler (in Lopez,1988).
On le décrit de manière imagée comme un bourdonnement
(Sicarius, Micrathena), un cliquetis métallique,
un sifflement (Mygales), un grincement ou le bruit obtenu en frottant les dents d’un peigne avec
l’ongle ou un couteau. Il peut être même enregistré et analysé au laboratoire
où des sonogrammes et oscillogrammes ont été obtenus dans divers groupes
araneidiens (Uetz & Stratton,1982).
Les vibrations qui le composent seraient transmises par l’air, par le substrat jouant le role d’une table d’harmonie, et perçues ensuite par les autres Araignées de même espèce, peut être aussi d’espèces différentes, ou par des prédateurs évntuels.
Chez les Araignées,
cette même perception est dévolue à des organes
sensoriels spéciaux, les trichobothries
et les sensilles à fentes («slit sensilla») qui siègent sur les pattes.
Barth (1967) l’a démontrée sur lesplans éthologique et électrophysiologique.
La signification des sons produits est très discutée.
►Valeur sexuelle lorsque la stridulation n’existe
que chez le mâle. Ils pourraient alors faciliter l’accouplement comme
c’est le cas, semble-t-il, chez les Theridiidae Teutana grossa (Fig.galerie) et Steatoda bipunctata (Gwinner-Hanke,1970).
►Valeur prémonitrice lorsque le son est émis par
les deux sexes et semble représenter un oyen d’intimidation. Il protègerait
l’Araignée contre ses ennemis nturels (Homme compris) en créant un effet
de surprise. Une telle fonction semble à peu près certaine dans le cas particulier
des Mygalomorphes et des Micrathena.
Quoiqu’il en
soit, une stridulation effective n’est que rarement constatée «de auditu ». L’appellation pourtant très suggestive de certaines
espèces d’Argyrodes
(Theridiidae : A.stridulator, A.ululans ) semble avoir été inspirée à leurs descripteurs, dont
Lawrence (1937), non par la perception d’un bruit
qu’elles auraient émis, mais par l’observation de crêtes présumées stridulatoires
(«stridulatory ridges»)
Chez la plupart
des Araignées, l’exsistence d’une stridulation est seulement
présumée lorsqu’elles possèdent un appareil
tégumentaire répondant à la définition générale
de Busnel (1963), censé stridulatoire et que l’on
estime capable de produire des sons. L’appellation pourtant très suggestive
de certaines espèces d’Argyrodes (Theridiidae : A.stridulator, A.ululans ) semble avoir été inspirée à leurs descripteurs, dont
Lawrence (1937), non par la perception d’un bruit
qu’elles auraient émis, mais par l’observation de crêtes présumées stridulatoires
(«stridulatory ridges»).
L’appareil
stridulatoire des Araignées, nom que nous adoptons ici faute de termes plus appropriés,
est une différenciation spéciale
de leur tégument, paire, symétrique
et pouvant occuper une position très variée sur le corps araneidien.
Comme chez les
autres Arthropodes, il comporte toujours
deux parties bien distinctes, dites «antagonistes», visibles à la loupe
binoculaire et surtout, au microscope électronique à balayage (M.E.B.),
moyen de recherche incomparable.000
► La «lyre» ou
«rape» («file»
des auteurs de langue anglaise), noms désormais consacrés par l’usage,
est fixe, passive et se présente comme un ensemble de rides, crêtes (Fig. ), rugosités diverses ou même,
de tigelles vibrantes.
► Le «peigne» ou
«racloir» («scraper» des anglo-saxons), autres termes définitifs, est mobile, actif et formé par des
dents, des épines, des tubercules chitineux (Fig. ) ou des soies rigides (Fig. ).
► Le peigne frotte
contre la lyre, ce jeu mécanique étant
responsable soit d’une
émission sonore présumée ou avérée, soit, du moins
chez les Theridiidae
Argyrodes,
d’une stimulation nerveuse inédite et beaucoup plus subtile qui serait
impliquée dans…l’équilibration
(Lopez,1988 ; Lopez,1994a ;
Lopez,1994b).
Les deux parties
peuvent siéger :
■ sur un même appendice
(surfaces segmentaires opposées d’une articulation
de patte) (Rovner,1975),
■ sur deux appendices
différents, tels que les pattes I et
II, les deux chélicères, le bulbe
copulateur et la gnathocoxa, le pédipalpe
et la chélicère (Fig. ), le pédipalpe et la
patte I, peut être aussi les filières antérieures chez
certaines Malkaridae (Platnick &
Forster, 1987),
■ sur les deux grands tagmes
corporels (céphalothorax ou prosoma et abdomen
ou opisthosoma), notamment chez les
Argyrodes
(Fig. ),
■ sur le pédicule (pédicelle) et l’abdomen,
■ sur un appendice
(patte IV ou postérieure) et l’abdomen (Fig.
).
Ainsi a-t-on pu définir plusieurs types ou catégories
d’appareils stridulatoires, en se basant sur les positions respectives de la lyre et du peigne et en créant ainsi au moins 4 classifications :
∙4 types, classés de « a » à « d »
par Berland (1932),
∙7 types, présentés sans ordre défini
par Millot (1949),
∙7 types encore, décrits et énumérés
de « a » à « g » par Legendre (1963,1970) dans son important travail,devenu
classique et qui est basé sur l’examen de 74 espèces appartenant à une
quinzaine de familles différentes.
∙8 types selon Uetz et Stratton (1982)
qui reprennent la classification deLegendre en lui adjoignant une catégorie
particulière dans laquelle un seul et même appendice se trouve concerné
(Rovner,1975).
Je ne présenterai ici que trois types d’appareils stridulatoires, « a », « d »
et « g » dont la découverte et (ou) l’étude
approfondie chez certaines espèces m’ont permis de contribuer à leur connaissance.
Dans tous les cas, les examens ont été réalisés
à la loupe binoculaire, en microscopie photonique sur des coupes colorées
par des méthodes histologiques de routine, et surtout, en microscopie
électronique à balayage (M.E.B) (Note ).
Le plus important, celui des Argyrodes (« a »), dit aussi «prosoma-opisthosoma», sera
d’abord développé séparément et en détails, ultrastructure comprise (microscopie
électronique à transmission : M.E.T.).
Je montrerai ensuite pour la premère fois que le
type « d »(chélicères-pédipalpes) est présent dans le
genre Holocnemus
(Pholcidae) et présenterai
le type « g » (quatrième paire de pattes, IV- opisthosoma)
chez quelques Araignées Gastéracanthines de la Guyane française.
L’un des appareils stridulatoires
les plus répandus est le type « a »,
signalé pour la première fois par Westring (1843) sans toutefois le nommer
ainsi, bien défini par Berland (1932) et surtout par Legendre (1963). Une
«lyre» céphalothoracique y serait raclée par le «peigne» ou, mieux, l'archet
abdominal.
On le connaît actuellement
dans au moins 4 familles : les Theridiidae,
les Clubionidae, les Gnaphosidae et les Hahniidae (Uetz et Stratton,1982).
Je l’ai étudié chez les Theridiidae du genre Argyrodes dont il est l’une
des nombreuses caractéristiques conférant à ces petites Araignées
un intérêt majeur. Elles sont en effet remarquables aussi par leur dimorphisme sexuel céphalothoracique, en rapport
avec l’existence d’une glande acronale ou clypéale n’existant que chez le mâle,
par des glandes à soie originales, par
le vif éclat métallique de leur abdomen, la forme curieuse de leurs cocons et par le fait qu’elles vivent généralement en kleptoparasites sur la toile d’autres Aranéides.
Un appareil assez voisin
pourrait exister aussi dans le genre Asagena.
Au moins chez
les Argyrodes, il s’associe
aux organes lyriformes du pédicelle (Lopez,1996) constituant avec
ces derniers un complexe anatomo-fonctionnel sus-pédiculaire que nous présumons stato-récepteur (Lopez, 1994a ; Lopez,1994b)
L’appareil
stridulatoire est pair,
symétrique et surplombe les parties latéro-dorsales du pédicule où sont
visibles les deux organes
lyriformes (Fig.1,2). Ici comme ailleurs, il comporte bien
un archet ("peigne") et une lyre chez toutes les espèces d’Argyrodes
étudiées, tant
au M.E.B que par l’histologie.
|
| Fig.1 - Argyrodes
argyrodes : appareil stridulatoire, côté gauche. M.E.B. (montage)
|
| A, abdomen ; Ar, archet ; C, céphalothorax
; H, poils banaux ; L, lyre ; P, pédicule avec l'organe
lyriforme gauche (flèche jaune) |
|
|
|
| Fig.2 -
Argyrodes elevatus : appareil
stridulatoire, vue latérale gauche. M.E.B. |
Fig. 3 -
Argyrodes coactatus :
appareil stridulatoire, vue dorso-latérale gauche. M.E.B. |
Fig. 4- Argyrodes fissifrontella : appareil stridulatoire,
vue dorso-latérale gauche. M.E.B. |
| A, abdomen ;
Ar, archet ; C, céphalothorax ; H, poils banaux ; L, lyre ; P, pédicule;
S, soies sensorielles. Flèche rouge(Fig.2) : organe
lyriforme gauche. Flèche jaune(Fig.3): l'une des dents d'archet. |
||
|
| Fig. 5 -
Argyrodes dracus : appareil stridulatoire,
vue latérale gauche. M.E.B. |
| A, abdomen ; D, dent d'archet ; H, poil
banal ; L1, groupe antérieur des crêtes de la lyre ; L2, groupe postérieur
; P, pédicule . Flèche jaune : organe lyriforme ; flèches
rouges ; soies sensorielles de l'archet. |
4.1.2- Aspect histologique
4.1.2.a - La lyre
Les coupes histologiques sériées montrent que la lyre est un épaississement chitineux d'aspect rigide,
formé surtout d'exocuticule.
Sa face profonde est lisse, régulière et repose sur un épiderme banal, uniforme, plus ou moins pigmenté,
qui ne la pénètre pas. Cet épithélium entre
lui même en rapport avec un petit sinus hémolymphatique
et des fibres musculaires striées. La
face superficielle est en revanche régulièrement
crénelée par la série des crêtes et ne présente
aucune solution de continuité, la cuticule
étant ininterrompue dans toute la lyre (Fig.6 à 8).
Cette dernière est donc bien un simple épaississement cuticulaire
périodique, sans participation de l'épiderme
sous-jacent.
|
|
|
| Fig. 6 - Argyrodes argyrodes : appareil stridulatoire.
|
Fig. 7 - Argyrodes
caudatus: appareil stridulatoire. |
Fig. 8- Argyrodes fissifrontella : appareil stridulatoire.
|
| Cu, cuticule ; D,
dent d'archet ; E, épiderme ; I, divedrticule intestinal ; L, lyre et ses
crêtes ; M, muscle strié ; R, tissu réticulé du prosoma ; S, poil sensoriel
; Sn, axe sensoriel. Flèche bleue (Fig.6) : dent apparaissant derrière le
poil. Flèche rouge (Fig.8) : pédicule. |
||
4.1.2.b
- L'archet
Il est formé par un ensemble d'unités plus
ou moins espacées
Au niveau de chacune
d'elles, la cuticule est non seulement épaissie en bloc mais
forme aussi à sa surface chaque dent observée
au M.E.B. Cette saillie est plus ou moins effilée et régulière ; elle flanque
le poil ou soie,
qui s'y superpose dans une même coupe histologique (Fig.6) ou est
retrouvé, plus dégagé
et donc plus apparent,
dans la section voisine (Fig. ).
L'épiderme
sous-jacent est plus ou moins chargé de mélanine
et présente un aspect banal entre les unités
de l'archet. Au niveau de chacune d'elles, il
se différencie en un petit massif cunéiforme s'engageant dans la cuticule jusqu'à l'alvéole
du poil et pénétrant aussi dans la base de la
dent (Fig.6,8). Dans ce massif,
qui correspond à l'axe sensoriel de la M.E.T, on peut discerner une cavité
mal définie, deux cellules nerveuses à gros
noyau nettement nucléolé et cytoplasme clair, leurs prolongements
qui s'effilent vers la dent et le poil, ainsi que des cellules
"satellites" plus petites et plus chromatiques (Fig.8). Leur ensemble entre en
rapport avec des hémocytes, des fibres musculaires striées et les diverticules intestinaux de la partie antéro-supérieure
de l'abdomen (Fig.6).
4.1.3 - Ultrastructure
Alors que la lyre est continue,
l'archet se compose de plusieurs unités bien distinctes qui sont indiscutablement sensorielles . Des sensilles
cuticulaires d'ultrastructure trés voisine se juxtaposent en revanche dans le pédicule adjacent pour y former un organe lyriforme unique.
4.1.3.a - La lyre
Elle comporte vers l'extérieur une épicuticule régulièrement ondulée, mince (0,4 nm) et présentant deux
couches : l'une externe, trés dense aux électrons ; l'autre interne, moins
dense, moins homogène et d'épaisseur plus réduite. A leur zone de contact,
ces couches forment de fines denticulations qui s'interpénètrent et les engrènent
étroitement l'une dans l'autre.
L'endocuticule est épaisse d'environ
10 nm et suit les ondulations de l'épicuticule,
atténuées toutefois sur sa face interne. Elle présente des canaux poraires étroits dans lesquels l'épiderme sous-jacent, uniformémént plat, ne s'engage
pas.
4.1.3.b- L'archet
Toutes
les unités qui le constituent possèdent une même ultrastructure
confirmant son aspect histologique d'organe nerveux. Il s'agit de sensilles mécanoréceptrices
du type I défini et décrit par
Mc Iver (1975) chez les Arthropodes.
Chacune d'elles comporte un capteur
externe cuticulaire et un axe sensoriel. Ce dernier est formé par 2 neurones bipolaires et par 3 cellules enveloppes entourant les dendrites
de chacun d'eux......
L’étude ultrastructurale
montre bien que chaque poil fait partie d’une
sensille cuticulaire. (Lopez,1994a ;
Lopez,1994b) Elle ccomporte
deux neurones et leurs cellules enveloppes. L’un des dendrites possède un corps tubulaire et paraît s’infléchir sur une saillie
en forme de « levier » (apodème) qu’émet la «dent» à sa partie profonde
(Fig. , Schéma). Les deux dendrites sont entourés par une gaine scolopale s’insérant à la base du poil.
…………..
Berland, L.,1932.- Les
Arachnides. Encycl.Entomol.,XVI.
Paul Lechevalier & fils edit.,Paris.
Busnel,R.G.,
1963.- Acoustic Behaviour
of Animals. Elsevier edit.
Gwinner-Hanke,H.,1970
– Z.Tierpsychol.,27 (6), p.649.
Lawrence,
R.F., 1937- Ann.Natal.Mus., 8 (2),p.211-273.
Legendre,R.,1963.- Ann.Biol.,
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Lopez,A.,1988.- Bull.Soc.Et.Sci.nat.Béziers,N.S.,
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Lopez,A.,1994a (avec L.Juberthie-Jupeau).- Bull.Soc.Et.Sci.nat.Béziers,N.S.,
XIV(55),1993-1994, p.32-37.
Lopez,A.,1994b (avec L.Juberthie-Jupeau).-Mém.Biospéol.,
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Lopez,A.,1996 (avec L.Juberthie-Jupeau).- Mém.Biospéol.,
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Uetz,G.W.
& G.E.Stratton, 1982.- Acoustic communication and reproductive isolation
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