Retouché len15/11/2011
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ANATOMIE DES
ARAIGNEES :
VINGT-CINQ ANS DE
RECHERCHES
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Glande clypéale ou acronale
des Argyrodes mâles
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| Couleurs conventionnelles |
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M.E.B. : (photographie
en) microscopie électronique à balayage
M.E.T.
: (photographie en) microscopie électronique à transmission
C.H. : coupe histologique (microscopie photonique) |
Le clypéus des Araignées
est un territoire plus ou moins étendu correspondant à
la partie toute antérieure de la face dorsale du prosoma (“ carapace ” ou “ bouclier ”)
(Fig.1).
Encore appelé “ bandeau ”, il sépare les yeux du bord frontal (B) surplombant les chélicères. On peut considérer qu’il fait partie de l’acron : région “acronienne” ou céphalique primaire prébuccale.
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| Fig.1
- Clypeus ou bandeau (C) particulièrement développé
chez une Microdipoena (Mysmenidae) de Mahé, Seychelles |
| B,
bord frontal ; C, clypeus ; Ch,
chélicères ; O, groupe oculaire (© A.Lopez
M.E.B.) |
Chez les mâles de certaines Araignées (Theridiidae du genre Argyrodes, Linyphiidae Erigoninae), il est en relation profonde avec un
épiderme dont les cellules se
sont différenciées en organes tégumentaires sécréteurs plus ou moins complexes, les glandes dites clypéales.
Je l'ai découverte
il y a près de 40 ans chez les Argyrodes en examinant les coupes histologiques
de l'une d'entre elles, Argyrodes zonatus (Walck.), récoltée à
Madagascar (Dr.Rakotondrainibe), que j'ai retrouvée ultérieurement
dans la même île ainsi qu' à la Réunion
(Lopez,1990).
Cet organe
prosomatique insolite est propre aux mâles du genre Argyrodes, sans équivalent chez leurs femelles
et remarquable par sa localisation (Lopez,1974a
; Lopez, 1977b).
Il siège en effet dans la région
"céphalique" du corps de l' Argyrodes mâle, plus précisement dans la partie antéro-supérieure
du prosoma où ses rapports avec le clypeus nous avaient d'abord inspiré son
premier nom de “glande clypéale”, consacré jusqu’ici par l’usage
et étendu à d’autres familles d’Araignées.
En fait, cette appellation globale ne me
paraît plus justifiée car chez certaines espèces du type “acuminé” , la glande
n’a plus, au moins en partie, de relation directe avec le “ bandeau ”. Mieux vaut donc rattacher l’organe à
l’acron et le désigner sous un nouveau nom : glande acronale.
Sa présence est étroitement
liée à celle d’un dimorphisme sexuel prosomatique acronal très marqué.
Le prosoma des femelles a un aspect banal et assez uniforme (Fig.2).
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Fig.
2 - Argyrodes femelles :
A, patte ambulatoire ; C : clypeus
d'aspect banal ; Ch, chélicère ; O, oeil
; P, pédipalpe. (© A.Lopez
M.E.B.)
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En
revanche, celui des mâles présente une morphologie extraordinaire bien visible
au M.E.B. dans sa région acronale.
Associant des saillies, bosses ou protubérances
et des dépressions, échancrures ou sillons, cette anatomie
réalise en quelque sorte une “galerie des monstres” tant elle
est surprenante et peut même “choquer” par sa présentation
comparative chez diverses espèces.
Suivant l’aspect général et
la disposition de ces reliefs, j’avais proposé initialement de rattacher
les mâles d’ Argyrodes à
quatre types morphologiques bien distincts, du moins chez les espèces alors connues : types
“nasuté”, “rostré”, “lippu”
ou “prognathe”et “camard” (Lopez, 1977b; Lopez, 1979).
En fait, une nouvelle classification, comportant
cette fois 6 morphotypes, me paraît plus appropriée.
►Le nouveau "type acuminé ” est caractérisé par une protubérance
unique droite ou procurvée, en "tourelle" ou en "cimier", surplombant
le groupe oculaire et inclut ainsi des espèces telles qu’ Argyrodes cognatus (Seychelles) (Fig.3,4) et A.projiciens (Amérique tropicale) (Fig.5).
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| Fig. 3 - Argyrodes cognatus , vue latérale
gauche |
Fig.4 -
Argyrodes
cognatus,
vue frontale. Ensemble et détail |
Fig.5- A. projiciens |
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| Argyrodes mâles
: C, clypeus ; Ch, chélicères ; O, yeux
; P, protubérance sus-oculaire en "tourelle"(Fig.3,4) ou en "cimier" (Fig.5) (© A.Lopez M.E.B.) |
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►L’ancien type “ rostré ” (Fig.6,7) convient mieux aux mâles dont le
clypeus est divisé
en deux projections par une échancrure (E) : la protubérance
oculaire (Po) et la bosse
frontale (Bf), cette dernière évoquant
un rostre ; il concerne une majorité d’espèces,
d’abord rattachées au “ nasuté ”,
notamment Argyrodes
elevatus, de Guadeloupe (Fig.6), A.zonatus, de Madagascar (Fig.7), A.nephilae, de
Guadeloupe (Fig.8), A.rostratus nephilae,
des Seychelles (Fig.9) et le taxon cosmotropical
A. argyrodes.
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| Fig.6 - Argyrodes elevatus,
vue latérale gauche |
Fig.6 - Argyrodes zonatus, vue latérale gauche |
| Argyrodes mâles : Bf, bosse frontale ; E et flèches, échancrure ; H, poils ; O, oeil ; P, pédipalpe ; Po, protubérance oculaire (© A.Lopez M.E.B.) | |
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| Fig. 8 - Argyrodes nephilae , vue latérale gauche |
Fig.9 - A. rostratus nephilae, idem. |
| Argyrodes
mâles : Bf, bosse frontale ; E et flèches,
échancrure ; H, poils ; O, oeil ; Po, protubérance
oculaire (© A.Lopez M.E.B.) |
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►Le type "nasuté" me paraît aujourd’hui devoir être
réservé à Argyrodes nasutus Pick.Cambr., de Ceylan, dont
la bosse frontale se dispose
en une sorte de “ nez ” caricatural (Fig.10 :
Bf ) ainsi qu'à
Argyrodes borbonicus
Lopez, nouvelle espèce
de la Réunion (Fig.11 à 14).
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| Fig.
10 - Argyrodes nasutus,
vue latérale gauche |
Fig.
11 - Argyrodes borbonicus,
vue latérale droite
des palpes et du prosoma |
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Argyrodes
mâles : Bf, bosse frontale ; H, poils ; O, yeux;
Ol, oeil latéral ; P, pédipalpe ; Po, protubérance
oculaire (© A.Lopez M.E.B.) 11 et 12 à
changer
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| Fig.12 -Même Argyrodes, vue frontale | Fig.13 -Le même, vue latéro-supérieure gauche | Fig.14-
Le même, vue
supérieure ou dorsale |
| Argyrodes borbonicus : Bf, bosse
frontale ; C, clypéus ; Ch, chélicère ; H, touffe de
poils ;O, yeux ; Ol, yeux latéraux ; P, pédipalpe ; Po, protubérance
oculaire (© A.Lopez M.E.B.) |
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►Le type "lippu" (Fig. 14,15) est caractérisé par une forte
“bosse clypéale" surplombant les chélicères comme une lèvre inférieure
éversée. Cette saillie forme la berge antérieure
d'un sillon (S) que garnissent des poils.
Il se rencontre chez A. amplifrons
(
Fig. 15, 23) et Argyrodes ululans (Fig.16), de Guyane française.
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| Fig.15
- Argyrodes amplifrons
, vue latérale droite |
Fig.
16 - Argyrodes ululans, vue latérale gauche |
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Argyrodes
mâles guyanais : C, clypéus ; Ch, chélicères
; O, yeux ( antérieurs, supérieurs) ; Ol, yeux latéraux.
S, flèche rouge, sillon. Flèches jaunes :
"chicots" (© A.Lopez
M.E.B.)
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►Le type "prognathe" paraît propre à certaines
autres espèces sud-américaines : Argyrodes benedicti Lopez, également de Guyane française
(Fig.18,19), A.cochleaforma (Fig.17), A. sullana, A.atopus,et A. proboscifer. Le clypeus
saille très fortement au-dessus des tiges chélicériennes
(Ch), tel une mandibule, cette protubérance (P), plus ou
moins incurvée, étant creusée d’une fossette
poilue (F) et pouvant avoir un aspect en “cuillère” (Fig.17)
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Fig.17 - Argyrodes cochleaforma ,
vue antéro-latérale gauche |
Fig.18
- Argyrodes benedicti,
vue antérieure |
Fig.19
- Le même, vue latérale gauche |
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Argyrodes
mâles : Ch, chélicère ; F, fossette
; O, yeux ; P, palpe ; Pr, protubérance en "mandibule".
Les flèches soulignent les fossettes (© A.Lopez M.E.B.) A retoucher
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►le type “camard” (par exemple Argyrodes caudatus (Fig.20,21)
et A.cancellatus, tous deux
des Antilles françaises, est caractérisé
par l’absence de projections ; il montre un clypeus (C) peu saillant, haut, presque
droit et parait donc aplati, comme “écrasé”, si on
le compare aux types précédents ; l’échancrure
est remplacée par deux sillons transversaux symétriques
(S) étroits, presque “fermés” et n’apparaissant bien
que lorsqu’on examine l’animal
de face ou presque.
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| Fig.20 - Argyrodes caudatus, vue antérieure | Fig.21
-Le même, vue antéro-latérale gauche |
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Argyrodes
mâle : C, clypeus ; Ch, chélicères
; O, yeux ; S, sillons. Les flèches soulignent
les sillons
(© A.Lopez M.E.B.) A retoucher |
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DDe plus, l’étude au M.E.B. (Lopez,1979) montre l’aspect du tégument (lisse ou garni de reliefs en “écailles”)
et l’existence de saillies accessoires
plus ou moins tronconiques (Fig.22,24),
en "chicots" chez Argyrodes amplifrons
(Fig.15, 23), tendant
à fermer l'échancrure ou
le sillon. o
u écha
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| Fig.22 - Argyrodes argyrodes,
vue latérale gauche
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Fig.23 - Argyrodes amplifrons, vue frontale |
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Argyrodes
mâles : BF, bosse frontale ; E, échancrure ; H, poils ; O,
yeux ; Po, protubérance oculaire ; S, sillons.
Les flèches jaunes désignent les saillies accessoires (© A.Lopez M.E.B.) |
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Elle met aussi en évidence la structure
des poils (sillons, spinules…) et surtout,
ce qui est le plus important, l’existence d’orifices (Fig.15,16).
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Fig.24 - Argyrodes argyrodes, dessus
de la bosse frontale
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Fig.24 - Argyrodes projiciens, dessus
du "cimier" sus-oculaire
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Argyrodes mâles
: H, poils ; P, groupes de pores. Flèches jaunes, saillies accessoires,
et rouges, pores (© A.Lopez M.E.B.)
A refaire
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Ces derniers sont
béants, sans bourrelet complet, parfois circonscrits
par deux lèvres, non surélevés, le plus souvent
de niveau avec la surface tégumentaire, rarement dans le fond
de fentes étroites en “ boutonnières ”(Argyrodes fissifrontella, Seychelles) . Ils peuvent être
dispersés sans ordre apparent (type acuminé) ou réunis
en deux groupes de 2 à 5 orifices chacun, symétriques par rapport
au plan sagittal (type
rostré). Dans tous les cas, ils sont nettement séparés
des poils, y compris chez l’espèce
néozélandaise Argyrodes antipodiana où ils ne s’ouvrent pas dans leur
alvéole basale, bien que Whitehouse (1987) affirme
le contraire par manque d’étude histologique(Note 2)
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Fig.25 - Céphalothorax d'un Argyrodes argyrodes mâle (Tunisie) éclairci au salicylate de méthyle.Bf, bosse frontale avec ses poils ; E, échancrure ; G, glande acronale vue par transparence ; Po, protubérance oculaire ; S, saillie accessoire.
Flèches : contours de la glande.
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Sa
connaissance est fondée sur les études histologiques
et surtout sur les recherches électronomicroscopiques (Lopez,
1980a : Argyrodes argyrodes de type “rostré” ; Lopez,1980b : Argyrodes cognatus, de type “acuminé") effectuées essentiellement
au Laboratoire souterrain du CNRS (Note 1).
Elles en montrent respectivement la structure
d’ensemble et la structure fine de l’unité glandulaire.
3.1-
Structure histologique
Dans les types “rostré”
(Argyrodes argyrodes,
A. zonatus, A.elevatus, A.nephilae) (Fig.26 à 29), "lippu" (Argyrodes ululans) (Fig.30) et “camard” (Argyrodes
caudatus, A.cancellatus)(Fig.31), un canal collecteur principal aboutit à chacun des pores. Il résulte de la confluence
de canalicules excréteurs de 2eme ordre ; ces derniers sont eux-mêmes formés
par l’union de canalicules
excréteurs de 1er ordre, chacun drainant une cellule sécrétrice ou
adénocyte et constituant avec elle l’unité glandulaire . Les canaux excréteurs de tous ordres
sont entourés par des cellules canalaires. L’ ensemble de tous ces canaux constitue un appareil cuticulaire s’étendant des portions réceptrices
aux pores de surface.
Les adénocytes se groupent par 5
ou 6 en un petit lobule assez bien individualisé (Fig.13)
que nous avions
d’abord interprété (à tort !) comme des acini à lumière virtuelle rappelant
ceux des glandes salivaires gnathocoxales (Lopez,1974a).
L'ensemble des lobules constitue l’un des deux massifs
compacts incurvés ou des cordons sinueux (G) dont est formée
la glande (Lopez,1974a ; Lopez,1977 ; Lopez,1979).
Chaque massif ou cordon d'
adénocytes aboutit donc
séparément à l’un des deux groupes de pores du sillon ou échancrure
par le système des canaux
interposés (glandes “ arborescentes ”).
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| Fig.26 - Argyrodes zonatus | Fig.27
- Argyrodes
zonatus,
coupe voisine. Détail |
Fig.28 - Argyrodes elevatus |
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Glandes
acronales d' Argyrodes mâles, coupes parasagittales
du prosoma.
C, chélicère ; G, massif glandulaire
incurvé ; M, gnathocoxe ; O, oeil ; S, échancrure
clypéale
(© A.Lopez C.H.)
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| Fig.29 - Argyrodes nephilae |
Fig.30 - Argyrodes ululans
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Fig.31 - Argyrodes caudatus
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Glandes
acronales d' Argyrodes mâles, coupes sagittales et
parasagittales du prosoma.
C : chélicère
; G, massif glandulaire compact ou en cordons ; M, gnathocoxe ;
O, oeil ; R, rostre ; S, échancrure ou sillon du clypéus (© A.Lopez
C.H.)
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Toutefois, chez l’espèce Argyrodes fissifrontella (Seychelles),
de morphotype rostré, l’ensemble
de l’organe ne paraît pas bilobé mais impair ;
ses unités glandulaires
sont isolées ou en lobules
lâches ; leurs canaux
ne forment pas un système ramifié mais restent indépendants
comme dans le type suivant (“acuminé”) ; de plus, leurs
terminaisons ne se limitent pas à la bosse frontale mais s’ouvrent
également sur la protubérance oculaire (Fig.32,33) (Lopez,1981).
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| Fig.32 - A. fissifrontella, coupe sagittale | Fig.33 - A. fissifrontella, coupe en travers |
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Glande
acronale d' Argyrodes fissifrontella mâle,
coupes sagittale et transversale
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Dans le type
“acuminé” (Argyrodes cognatus) un massif glandulaire
également impair occupe la protubérance
sus-oculaire en "tourelle" (“turret gland”) et se prolonge
en “languette” sous le tégument clypéal (Fig.34 à 36).Il est formé par des unités juxtaposées bien
séparées ou à disposition lobulaire peu marquée,
chacune d’elles comprenant un adénocyte, une seule cellule canalaire et un canal excréteur de 1er
ordre, aboutissant directement
à un pore, parfois après s’être fusionné
avec un voisin juste avant cette terminaison. Comme chez
A.fissifrontella, il n’existe pas de système excréteur ramifié
(glandes “simples”).
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| Fig.34 - Argyrodes
cognatus, coupe sagittale |
Fig.35 - Argyrodes
cognatus, coupe sagittale, détail |
Fig.36- Argyrodes cognatus, coupe transversale |
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Glande acronale d' Argyrodes cognatus mâle
en coupes sagittales et transversale. A,
adénocytes des unités ; C, clypéus ; Cu, cuticule
; G1, massif glandulaire de la "tourrelle" ; G2, languette clypéale
; Gv, glande à venin ; M, muscle ; O, oeil ; P, protubérance
sus-oculaire ("tourelle") ;
S, sinus sanguin (© A.Lopez C.H.)
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Elle représente une
structure anatomo-fonctionnelle de base, autonome,
bien individualisée, constituée par une cellule glandulaire ou adénocyte et son canalicule excréteur
de 1er ordre ou canalicule conducteur (Schéma).
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| Schéma
- Unité glandulaire d'Argyrodes argyrodes que flanquent deux
unités voisines et la totalité de son appareil cuticulaire |
| Cc,
cellules canalaires ; Cd, canal excréteur principal ; Ed,
épiderme ; Ep, épicuticule ; En, endocuticule ; Ex,
cavité extracellulaire ; G, golgi ; Mt, mitochondrie ;
Mv, microvilli ; R, réticulum granulaire ; Rd, canalicule
récepteur ; Sd, sécrétion dense ; Sg, sécrétion
granuleuse ; 1 et 2, canalicules excréteurs de 1er et 2eme
ordre. |
L’adénocyte est pyramidal ou piriforme, long en moyenne
de 65 µm, pourvu d’un noyau vésiculeux généralement
basal, n’excédant pas 9 µm, et d’ un cytoplasme assez compact et
basophile en périphérie, d’aspect vacuolisé et
spongieux dans la majeure partie de son étendue, sans sécrétion
figurée. Il renferme un canalicule
axial surtout visible en coupe transversale, et qu’entoure une zone
arrondie en “réservoir” acidophile, faiblement PAS +.
Il est enveloppé
par une gaine de lame basale le
séparant du sinus hémolymphatique adjacent.
Sa
membrane plasmique ne présente
pas de dispositifs (replis) en augmentant la surface au niveau du
pôle externe (basal), qui est régulièrement
arrondi, et des faces latérales, qui sont à peu près planes.
En revanche,
elle pénètre très profondément dans le
pôle apical qui présente ainsi une invagination
de l’espace extracellulaire en “ cul de sac ” ou “doigt de gant”. Ce “réservoir” occupe en longueur la moitié de
l’adénocyte,
est sinueux, bordé par des microvillosités (considérées d’abord à
tort comme des canaux intra-cytoplasmiques!: Lopez,1975) et renferme un canalicule récepteur en position axiale (Schéma, Fig.37). Les microvillosités (Fig.37
à 40) sont courtes et espacées près
de l’apex, plus longues, plus nombreuses et resserrées
dans sa partie distale, présentent des flexuosités
et sont soutenues par du cytosquelette
(quelques microtubules, surtout des
filaments d’actine réunis en faisceaux qui s'ancrent
sur une densification apicale).
Le noyau est plus ou
moins déformé par les grains
de sécrétion, renferme un nucléole volumineux et une chromatine finement grenue,
dispersée, ou réunie en petites mottes éparses.
Les organites subcellulaires sont des mitochondries ovoïdes dispersées dans le
hyaloplasme, des ribosomes remarquablement
nombreux et surtout, un réticulum
endoplasmique
extrêmement développé et de type rugueux. Il se présente
sous la forme de tubules irréguliers, surtout localisés
en périphérie, au voisinage du plasmalemme, et de
citernes, très
variables dans leur aspect et leurs dimensions, occupant surtout
le reste de la cellule.
Les empilements membranaires (“dictyosomes”) qui caractérisent
en général un appareil de Golgi
typique paraissent absents.
En revanche, une sécrétion abondante est élaborée dans
certains adénocytes. Elle se présente sous la forme de
grains (Fig.37,39) contenus dans des vésicules semblant issues
du réticulum qui les entoure
: les unes renferment un matériel peu dense, floculant, irrégulier
et grossissent par confluence ; les autres, non coalescentes, ont
un contenu plus opaque, homogène et subsphérique (Fig.37). Les
mêmes vésicules peuvent fusionner
et extrudent leur contenu entre les bases des microvillosités. Cette substance,
finement grenue, pénètre ainsi dans l' espace extracellulaire, autour du canalicule récepteur.
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| Fig.37 - Adénocyte de glande acronale et son canalicule récepteur |
| Glande
acronale d' Argyrodes argyrodes mâle Dr, canalicule récepteur (deux sections) ; M, mitochondrie ; Mv, microvilli ; S, sécrétion en grains (© A.Lopez M.E.T.) |
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Glande
acronale d' Argyrodes argyrodes mâle
A completer
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| Fig.38 - Canalicules
récepteurs en coupe transversale |
Fig.39 - Canalicule
récepteur, coupe oblique |
Fig.40 - Canalicule
récepteur, coupe transversale : détail. |
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Glande
acronale d' Argyrodes argyrodes mâle, canalicule
récepteur et appareil terminal
Ce, couche externe du canalicule récepteur ; Ci, couche interne
avec des perforations (flèches) ; Dr, canalicule récepteur ; Ex, cavité
extracellulaire ; L, lumière ; Mv, microvilli ; P, plasmalemmes
accolés ; R, ribosomes ; S, sécrétion dans une
vésicule (Fig. 39) ou la lumière (Fig. 38,40)
(© A.Lopez M.E.T.)
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3.2.2.b-Portion conductrice.
Elle
est formée par un canalicule excréteur soit simple, représentant sa totalité
lorsqu’il demeure isolé jusqu’à la terminaison (glande
“simple”)(Fig.41,42), soit de 1er ordre lorsqu’il
conflue ensuite
(glandes “ramifiée”), dans les deux cas d’un
même diamètre, subcylindrique et à paroi
(épaisseur 600 Å) réduite à une seule couche,
homogène, régulière, formée par de l’épicuticule. Les
canaux d’ordres supérieurs (2eme ordre et excréteur principal) ont un diamètre plus grand (1,2
µ et 2 à 5µ), une lumière plus large et
une paroi formée cette fois par 2 couches : l’une interne, épicuticulaire, dense, opaque et homogène comme celle
du canal de 1er
ordre, mais d’épaisseur
irrégulière, paraissant festonnée en coupes
transversales ; l’autre externe, dérivée
de l’exocuticule (?), plus
claire, striée, montrant des fibres hélicoïdales et concentriques.
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| Fig.41 - Canal excréteur et sa cellule canalaire | Fig.42 - Les mêmes, détail |
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Argyrodes cognatus
: canal excréteur simple et sa cellule canalaire
D,
canalicule ; M, méso ; N, noyau ; P, pigment ; S, sécrétion
(© A.Lopez M.E.T.)
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Les
canalicules excréteurs sont entourés par des cellules canalaires : une seule lorsque le canal est “simple” (Argyrodes cognatus)(Fig.41), plusieurs qui se succèdent en
gaine continue lorsque la glande
est ramifiée (Argyrodes argyrodes), dont une proximale, autour du canal de 2eme ordre, et les autres distales, autour du conduit
principal. Dans tous les cas l’adénocyte s’unit à
la cellule canalaire adjacente
par une jonction adhérente
annulaire (zonula adherens). Peu visibles dans les coupes histologiques
(pigmentation mélanique
éventuelle, long noyau très
basophile), les cellules canalaires
montrent en M.E.T., qu’elles s’enroulent autour des
conduits et renferment dans leur hyaloplasme clair des microtubules ainsi que quelques
grains de pigment mélanique. Le noyau est très
allongé, aplati, indenté, réniforme en coupe
transversale et contient une
chromatine abondante,
dense et marginée. L’enroulement de chaque cellule détermine une invagination en méso de son plasmalemme (Fig.42), avec jonction septée. D’autres
jonctions l’unissent
aux voisines.
Sur le plan anatomique, la structure fine des
unités constituant la glande acronale
permet de les rattacher à la classe 3 des cellules glandulaires épidermiques d’Arthropodes
dans sa forme la plus simple
: un canal est d’abord entouré
par une seule cellule glandulaire où
il débute, puis par une cellule canalaire
et est enfin en continuité avec la cuticule
au niveau de sa terminaison. Noirot et Quennedey (1974) ont défini pour
la première fois cette classe chez les Insectes où existe également un
“appareil terminal”, sensé caractéristique
de glandes exocrines tégumentaires défensives ou sécrétrices
de phéromones. de phéromones.
On sait par ailleurs que dans de nombreuses
glandes exocrines d’Insectes (salivaires, dermiques, annexes
du tractus génital), l’appareil de Golgi ne paraît pas polarisé, ne
se dispose pas en dictyosomes mais paraît uniquement formé
par des vésicules. Il en est probablement de même pour
la glande acronale des Argyrodes où les amas vésiculaires
marqueraient l’emplacement de réseaux transgolgiens.
Les unités
peuvent être discrètes et isolées (types “acuminé”
et “nasuté”) ou former un organe
glandulaire anatomiquement défini, plus ou moins volumineux
et massif (autres types) montrant généralement une bipartition
visible dans les coupes histologiques transversales et la disposition
symétrique de pores au M.E.B.
La glande acronale d’Argyrodes
fissifrontella se présente comme
une variation importante, pouvant exister aussi chez d’autres espèces,
et qui a valeur de stade évolutif.
Sur le plan fonctionnel, la glande acronale est
étroitement liée au comportement sexuel des Argyrodes.
Jusqu’à nos travaux, les conformations
étranges du prosoma
des mâles ont été considérées comme
“ des bizarreries de la Nature ….évidemment sans utilité ”
(Berland, 1932) et illustrées par Millot (1968 : fig.479,
p. 696) sans tentative d’explication (Note 2)
Il convenait
de rechercher dans l’éthologie d’ Argyrodes certains traits de comportement pouvant relier des hypothèses
fonctionnelles à l’existence de la glande.
La relative immunité dont bénéficient les Argyrodes dans leurs rapports avec l’Araignée-hôte n’est nullement concernée. La glande acronale ne peut être considérée comme un organe de défense élaborant une substance répulsive ou vulnérante : elle manque chez les femelles ; l’absence de musculature compressive et la terminaison des canaux excréteurs dans une région anfractueuse conf en cul de sac, n’impliquent pas une projection de substance ou
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Fig.43 - Argyrodes fissifrontella (Seychelles)
Préludes,
accouplement (Ancienne diapo. de A.Lopez) |
Fig.44.-
Argyrodes zonatus, accouplement
: au centre, positions ; à droite, détail
des prosomas (schéma d'après Legendre,1960) |
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| F, femelle ; M, mâle
; P, palpe et son bulbe copulateur. Flèche : étreinte
de la bosse frontale. |
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sa
libération massive lors des “ stress ”.
De plus, dans le cas du type “rostré”,
le seul, semble-t-il, dont l’accouplement et ses préludes
aient été étudiés (Legendre, 1960 ; Withehouse,1987)
jusqu'à la rédaction de ce texte, les chélicères de la femelle étreignent
la bosse frontale du mâle, leur “ doigt mobile pénétrant
” selon Legendre ”dans le repli” - plus précisément
l’échancrure- “formé par la bosse frontale et
le clypeus” -plutôt la protubérance oculaire. Il est probable qu’au cours de cette manœuvre durant laquelle “ le mâle est
littéralement prisonnier des chélicères…”, les parties buccales de la femelle
entrent en contact intime avec l’échancrure et la sécrétion
clypéale qui doit s’y déverser. De nouvelles recherches anatomiques en cours,
axées cette
fois sur le modelé des appendices péri-buccaux femelles, pourraient établir
certaines correspondances entre ce dernier et les reliefs clypéaux
mâles.
Il ne semble pas que la sécrétion
soit consommée par la femelle (contrairement
à ce qui se passe chez certains Insectes comme les Dictyoptères)
mais plutôt qu’elle
s’évapore dans la dépression où les poils pourraient
jouer un rôle pour la concentrer et (ou) la diffuser.
Sa fonction est celle d’une
phéromone qui facilite l’accouplement, donc aphrodisiaque, soit en inhibant momentanément
l’agressivité de la femelle dont Legendre (1960) a d’ailleurs
souligné une “certaine torpeur” (effet pacificateur), soit
en provocant son excitation sexuelle (“arousal”, selon Withehouse,1987)
ce qui paraît plus douteux.
En outre, et contrairement à une autre assertion
de Whitehouse (1987), rien ne prouve que la substance soit élaborée
en permanence par le mâle qu’elle marquerait ainsi chimiquement.
Notons déjà que la copulation
s’accompagne de la mise en place d’un “bouchon d' accouplement” (“mating
plug”) sur l’épigyne femelle, sécrétion possible du palpe mâle intromis.
Notes infra-paginales
Note 1: Laboratoire
CNRS, Moulis 09200 : fixation des parties étudiées
au glutaraldéhyde à 2,9% dans le tampon Millonig 0,2
M, au cacodylate pour Kaira alba), post-fixation
au tétroxyde d’osmium à 0,2% dans le même tampon,
et inclusion en épon (au Spurr pour Kaira alba) ; coupes
fines au microtome Reichert OM U2 contrastées par l’acétate
d’uranyle, le citrate de plomb et examinées ensuite sous
50 KV, au microscope Sopelem du Laboratoire souterrain. Travail
effectué avec Lysiane Juberthie-Jupeau, directeur
de recherches au CNRS, et ses collaboratrices.
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