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ANATOMIE DES ARAIGNEES :
VINGT-CINQ ANS DE RECHERCHES
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The Sik Apparatus of Kaira alba (Araneae : Araneidae) Summary An adult spider of the american genus Kaira feeds exclusively on the males of Tineoidea and Noctuoidea, attracting these preys through "agressive chemical mimicry" of their female pheromones. The volatile substance is produced by strikingly modified aggregate silk glands ("botryoïd" organs) including astounding giant cells pads and is diffused by a small specialized "zigzag" web, secretion of reduced flagelliform glands. |
| Couleurs conventionnelles |
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M.E.B. : (photographie
en) microscopie électronique à balayage
M.E.T.
: (photographie en) microscopie électronique à transmission
C.H. : coupe histologique (microscopie photonique) |
1 - Introduction
Les Araneidae du genre Kaira (une quinzaine d’espèces
connues) vivent dans le sud de la zone néarctique et dans la zone néotropicale
(Guyane française probablement comprise). La mieux connue est Kaira alba, d' Amérique du nord (USA).
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| Schéma 1 - Kaira alba femelle, vue latérale (a) et vue dorsale (b) ; Kaira mâle (c), vue dorsale. |
| Flèches
rouges : tubérosités abdominales ; flèche bleue : palpe
gauche du mâle. Toutes les pattes ne sont pas visibles |
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| Fig.1-
Kaira alba, mâle
: coupe de lame maxillaire (gnathocoxe) |
| E, épithélium
gnathocoxal ; Gc, glandes "salivaires" "classiques" ; Gs, glandes "sexuelles" (© A.Lopez C.H.) |
Au point de vue phylogénique, elles se rapprocheraient surtout des
Metepeira par leurs genitalia et la tache blanche de leur abdomen (Levi,1977). Contrairement à la plupart des autres
Araneidae, elles ne tissent pas
de toile orbiculaire. En fait,
l’usage de la soie n’a pas été
totalement abandonné pour la capture des proies comme le prouvent
les observations de Stowe (USA) sur Kaira alba.
Cette espèce
construit de petites toiles rudimentaires
en forme de “ trapèze ”, avec des “ zigzags ”
montrant un fil central que recouvre un enduit blanchâtre. L’ensemble
parait homologue de la spirale visqueuse
captrice d’une orbe conventionnelle.
Mais il ne s’agit pas là de toiles
de capture car elles n’engluent pas le proies. En effet, les “ zigzags -
et non le corps de l’ Araignée
contrairement aux Mastophorinae - semblent exercer un effet attractif sur
des mâles
de(Pyralidae) (Lépidoptères
"Hétérocères")
que Kaira alba, suspendue au “ trapèze ”
par les pattes arrière (Fig.2), saisit directement avec les antérieures
lorsqu’ils parviennent à sa portée (Stowe,1986).
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| Fig.2 - Kaira femelle sur sa toile à
"zigzag", vue ventrale (col.A.Lopez) |
| T,
toile-support en "trapèze". Flèches rouges : "zigzag" |
Il semblait donc trés probable que l 'appareil séricigène
que possède toute Araignée ait subi chez elle des modifications. De
fait, mes études
histologiques et ultrastructurales
(MET) y ont mis en évidence des particularités anatomiques extraordinaires
découvertes en 1985 (Lopez,1985a
; Lopez,1985b ; Lopez,1986), rappelées ensuite plus tard (Lopez,1998a
; Lopez,1998b
; Lopez,2001) et qui sont en rapport avec son comportement
de chasse original..
Nous avons utilisé comme seul matériel d'étude
l’espèce Kaira alba (Hentz) (Araneidae), taxon nord-américain connu du
Mexique et du Sud-est des U.S.A. où elle vit surtout en Floride. Ses
exemplaires des deux sexes et à divers stades évolutifs ont
été récoltés dans l’état précédent
(M.K.Stowe), préparés pour l'histologie
par A.Lopez selon des
techniques banales et, pour la MET, inclus en Floride et examinés
ensuite au Laboratoire ariégeois de Moulis (Note 1).
Comme chez les autres Araneoidea, l' appareil séricigène de Kaira alba comporte 6 catégories de glandes chez la femelle et 4 seulement chez le mâle, privé de tubuliformes et de flagelliformes. Les ampullacées majeures et mineures, les piriformes, les aciniformes et les tubuliformes présentent une structure typique des Araneidae (Lopez,1985a ; Lopez,1986).
2.1 - Glandes ampullacées
Il en existe 4, une paire de majeures et une paire de mineures.
Leur corps est formé par un tube distal trés sinueux et par une "ampoule"proximale fuselée. Ce réservoir
est latéral, long de 800 µm chez la femelle et se dirige
vers l'arrière de l' abdomen dans le cas des ampullacées majeures ; il est plus interne, long d'environ 500
µm, presque transversal et s'oriente vers le plan sagittal dans le cas des ampullacées mineures. Son épithélium montre toujours deux catégories cellulaires
: adénocytes proximaux
(hauteur : 20 à 30 µm) et adénocytes distaux
(35 à 40 µm), ces derniers formant aussi tout le tube contourné terminal (distal).
Les
canaux excréteurs
sont trés longs et coudés
deux fois sur leur trajet. La paroi comporte
une intima cuticulaire s'épaississant en bourrelet
conique à sa jonction avec l''ampoule (Fig.4) et un épithélium
régulier dont les cellules étroites
ont des apex striés et des noyaux basaux. Leurs calibre et diamètre
sont beaucoup plus importants
(6 µm, 100 µm) pour les ampullacées majeures qui aboutissent aux filières antérieures, que pour les mineures (4 µm, 40 µm) se terminant dans les filières moyennes.
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| Fig.
4 - Glande ampullacée |
| B, bourrelet cuticulaire ; D, canal (coupé 2 fois) ; Dt, partie distale de l'ampoule ; Pr, sa partie proximale ; Td, tube contourné distal. (© A.Lopez C.H.) |
2.2 - Glandes piriformes
Au nombre d'une trentaine chez le ♂, d'une centaine chez la ♀
, elles se situent dans la partie postéro-ventrale de l' abdomen. Leur corps allongé montre la structure bipartite
classique. Son épithélium se compose d'adénocytes proximaux
à grains
basophiles et d'adénocytes distaux
acidophiles ; les sécrétions respectives ne se mélangent pas dans
la lumière
(Fig.5). Les canaux excréteurs sont trés grêles, réunis
en faisceaux et se terminent dans les filières antérieures avec ceux des ampullacées majeures.
2.3
- Glandes aciniformes
Au nombre approximatif d’une quarantaine
chez le ♂ et de 120 chez la ♀, elles se répartissent en un groupe
médian, dont les canaux se rendent aux filières moyennes, et en deux groupes dorsaux qui aboutissent
aux filières
postérieures.
Leur corps ne montre toujours qu’une seule catégorie
d’adénocytes
mais permet de distinguer 2 types
glandulaires : les glandes A, qui sont assez petites (80 à 100
µm), pourvues d’un épithélium bas (10 µm), élaborent une
sécrétion zonée et prédominent largement
; les glandes
B, qui ont un épithélium
plus épais (20 µm),
élaborent une sécrétion homogène et sont beaucoup moins nombreuses
( 4 au maximum) mais de plus grande taille (120 µm) (Fig.6, 10).
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| Fig. 5 - Glandes piriformes |
Fig. 6 - Glandes aciniformes
B |
| Bd, canal de botryoïde ; Dt, portion distale
; E, épithélium d'aciniforme ; Fl, glande flagelliforme ; I,
diverticule intestinal ; Pr, portion proximale ; S, sécrétion
(© A.Lopez C.H.) |
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2.4 - Glandes tubuliformes
Avec les glandes agrégées, elles ont seules fait l'objet d'un examen
au M.E.T.
Il y en a 3 paires, propres à la ♀. Glandes séricigènes
les plus externes, elles ne pénètrent
pas dans les tubérosités
dorsales (Fig.1) où
s’engagent seulement des diverticules intestinaux. Leur corps est cylindrique (diamètre : 100 µm
; calibre : 20 µm), régulier, très sinueux et ne dépasse
pas en avant le niveau des poumons (Fig.7,8).
Sur le plan ultrastructural, les adénocytes de son épithélium renferment un noyau basal ovoïde, un ergastoplasme en anneau bipolaire correspondant à
des feuillets concentriques
du réticulum
granulaire (parasomes), des mitochondries flexueuses et des grains de sécrétion très clairs aux électrons.
Les canaux excréteurs (diamètre : 100 µm) montrent
une paroi épaisse à deux assises épithéliales non pigmentées. L’une des 3 paires
se termine dans les filières
moyennes avec les ampullacées mineures et des aciniformes. Les deux autres aboutissent aux filières postérieures avec les agrégées,
les flagelliformes et certaines aciniformes.
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| Fig. 7 - Glandes tubuliformes |
Fig. 8- Glandes tubuliformes. Autre vue et
coloration différente |
| E, épithélium de glandes tubuliformes ; Gc, coussinet giganto-cellulaire de glande botryoïde ; S, sécrétion (© A.Lopez C.H.) | |
2.5 - Glandes flagelliformes
Je ne les ai pas
observées chez les ♂
où elles subissent peut être une dégénérescence.
Chez la ♀, il s'agit de deux organes discrets ne ressemblant plus, par leur forme et leur volume, aux glandes ampullacées avec lesquelles on les a longtemps confondus chez d'autres Araneidae comme le souligne Kovoor (1972,1987).
2.5.1 - Corps
Il
est très postérieur, presque
transversal, petit, cylindrique (diamètre : 60 µm) et
dépourvu du classique tube sinueux distal. Il entre en rapport étroit avec
les ,glandes aciniformes, piriformes ainsi que les canaux excréteurs des agrégées et tubuliformes. Il montre un épithélium bas (hauteur :
25 µm), avec un seul type d’adénocytes à
cytoplasme
clair réticulé
et à noyau basal (Fig. 9).
2.5.2 - Canal excréteur
Le canal
excréteur des
flagelliformes croise “ en
écharpe ” ceux des tubuliformes postérieures et s’insinue ensuite entre ces mêmes
conduits et les canaux
des deux glandes agrégées homolatérales qu’il accompagne dans
la filière
postérieure correspondante
jusqu’à leur terminaison.
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| Fig. 9 - Glande flagelliforme en
coupe histologique longitudinale |
| A, glande aciniforme ; B, canal de botryoïde ; D, canal excréteur de la glande flagelliforme ; E, son épithélium ; T, canaux excréteurs de tubuliformes (© A.Lopez C.H.) |
Il présente un diamètre irrégulier (15 à 20 µm) ; sa lumière est arrondie, très exiguë, ne dépasse pas 3 µm et est donc beaucoup plus étroite que chez les autres Araneidae (calibre : 8 à 10 µm) (Fig.9;Fig.10 : flèche rouge) ; sa paroi montre une intima cuticulaire, un épithélium interne vacuolisé très bas, les vestiges d’un épithélium externe et une enveloppe conjonctive.
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| Fig.10
- Canaux excréteurs
de 3 catégories de glandes |
| A, aciniformes ; Ei, épithélium interne des canaux botrytoïdes; Ex, leur épithélium externe ; In, leur intima cuticulaire ; T, canaux des tubuliformes. Flèches bleues : lumières de ces canaux. Flèche rouge : canal de la glande flagelliforme (© A.Lopez C.H.) |
2.6 - Glandes agrégées ou botryoides
2.6.1 - Canal excréteur
Le canal excréteur de chacune
d’elles est très large (jusqu’à 150 µm), bosselé,
noduleux, d’abord oblique vers le plan sagittal dans son 1/3 proximal, puis dirigé en arrière et presque
rectiligne dans ses 2/3 distaux . Il aboutit enfin à une filière postérieure
avec ceux de la glande
flagelliforme homolatérale ainsi que d’une partie des aciniformes et des tubuliformes. Sa lumière
(diamètre : 20 µm) est entourée par une paroi complexe
montrant une intima cuticulaire, un
épithélium interne clair visible sur toute la longueur du
conduit, un épithélium
externe sombre n’existant
que dans ses 2/3 distaux et une enveloppe conjonctive ou
propria. L’épithélium externe s’épaissit
en nodosités grenues, acidophiles et parfois si saillantes
qu’elles paraissent isolées du reste de la paroi dans les coupes histologiques
(Fig.10 à 12). J
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| Fig. 11 - Filière postérieure et canaux
excréteurs en coupe oblique |
Fig.
12 - Filière postérieure,
autre vue. |
| Ei, épithélium interne ; Ex, épithélium externe ; In, intima cuticulaire ; Sa, glande aciniforme dorsale isolée ; T, glande tubuliforme (canal). Flèches rouges : lumières des canaux botryoïdes (© A.Lopez C.H.) | |
2.6.2 - Corps
Le corps de chaque glande agrégée ne présente pas l’aspect lobé,
arborescent ou sacciforme qui caractérise les autres Araneidae telles que
Mastophoraepar exemple (Fig.13) et certains Theridiidae (Lopez,1983a).
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| Fig.13
- Mastophora cornigera, femelle : glande agrégée
lobée |
| E,
épithélium uniforme des lobes de la glande; I, diverticule
intestinal ; L, lumière (© A.Lopez C.H.) |
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| Fig.
14 - Kaira alba femelle : préparation
d'appareil séricigène
isolé et disséqué |
| B,
glandes agrégées botryoides
avec leurs segments distal (D) et proximal bosselé (P). F, flagelliformes ; T, tubuliformes. Les autres types ne sont pas désignés. |
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| Fig. 15 - Glande botryoïde isolée, aves ses deux segments | Fig.16 - Détail de la précédente. |
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C, canal
; E, épithélium
à petits adénocytes visible en ce point ; D,
segment distal (portion) ; P, segment proximal.
Flèches rouges : bosselures des coussinets |
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| Fig.
17- Portions de segments proximaux et canaux |
Fig. 18 - Détail de la précédente |
| C, canal excréteur ; S, autres
glandes. Flèches rouges : bosselures des coussinets. Flèches jaunes : propria décollée.
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La paroi du corps est constituée
par une propria, en continuité avec celle du canal, plus ou moins décollée
dans les préparations (Fig.18), et par un épithélium
sécréteur à 3 catégories cellulaires.
2.6.2.a - Segment distal
Dans cette portion, non bosselée, de chaque glande, il n' existe
qu’une seule catégorie de cellules, non étudiée au MET.
Elles sont basses (20 µm), larges, pourvues de noyaux
denses assez irréguliers
et d’un cytoplasme basophile, avec des vacuoles apicales, à contenu fibrillaire APS
+.
2.6.2.b
- Segment proximal
L’épithélium de cette portion bosselée montre
deux autres catégories cellulaires : de petits adénocytes se disposant en “ palissade ”
et des cellules géantes
réunies en “coussinets” qualifiés
de ce fait "giganto-cellulaires", correspondant aux bosselures externes (Fig.20
à 23). Ils sont déjà
perceptibles dans un broyat de la glande (Fig.19).
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| Fig.
19 - Broyat étalé et coloré d'une trés
petite portion de glande botryoïde |
| Gc,
partie de coussinet gigantocellulaire.
Flèches : petits
adénocytes éparpillés. |
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| Fig. 20 - Coupe
histologique de glande botryoïde (vue trés partielle). |
Fig. 21 - Autre
vue trés partielle (photo noir et blanc). |
| E, épithélium à petits adénocytes ; Gc, coussinet à cellules géantes (giganto-cellulaire) ; S, glande à soie ampullacée . Flèches : lumière (© A.Lopez C.H.) | |
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| Fig.22 - Autre
vue, coloration différente (trichrome de Masson) |
| E,
épithélium à petits adénocytes ; Gc, coussinet
à cellules géantes. Flèches : lumière (© A.Lopez C.H.) |
Les petits adénocytes forment un épithélium d’aspect banal, clair, régulier et "palissadique" (Fig.20 à 22: E); ils sont moins larges, plus allongés (30 à 50 µm) que les cellules distales, renferment un noyau ovoïde dans leur 1/3 basal et ne montrent pas de sécrétion évidente en microscopie photonique.
Les coussinets à cellules géantes s’intercalent directement dans l’épithélium précédent avec lequel il n’existe aucune transition (Fig.20 à 22). La largeur de chaque coussinet peut atteindre 400µm chez la femelle adulte alors qu’il n’en excède pas 150 chez le mâle subadulte. Les cellules constitutives adoptent une curieuse disposition en “ éventail ” bien visible lorsque les coupes intéressent la lumière de la glande agrégée (Fig.20,22,23). Elles sont pyramidales, très allongées, d’une taille exceptionnelle (hauteur : jusqu’à 200 µm au centre du coussinet) qui leur vaut bien le qualificatif de “ géantes ”. Leurs pôles basaux se juxtaposent en une surface fortement convexe que revêt la propria, tandis que les pôles apicaux bordent la lumière où leur ensemble se déprime en cupule légère (Fig.23).
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| Fig. 23 - Coussinet giganto-cellulaire |
| E,
épithélium à petits adénocytes ; Gc, cellules
géantes ; N, leurs noyaux. Flèche : lumière (©
A.Lopez C.H.)
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Le noyau se situe
dans le 1/3 basal (Fig.20 à 23) ; il est énorme ( 30 à
60 µm), irrégulier et très chromatique (Fig. 23 :N), m'ayant
même rappelé ceux de cellules néoplasiques en pathologie
humaine !. Le cytoplasme montre
une activité sécrétoire :
des inclusions oblongues
très acidophiles et APS + apparaissent dans la région péri-nuclaire et sont
ensuite remplacées par des grains moins colorables, plus irréguliers,
occupant surtout les 2/3 apicaux du cytoplasme (Fig.22).
Il est à noter que les cellules géantes d’un coussinet offrent toutes le même
aspect microscopique et sont donc au même stade sécrétoire. En
revanche, cet aspect varie d’un
coussinet à l’autre, ce qui semble traduire un asynchronisme fonctionnel Fig.22).
Les glandes botryoïdes apparaissent
précocément : elles sont en effet présentes chez
les Kaira immatures,
bien développées à tous leurs stades et renferment
déjà des groupes de cellules géantes plus ramassés
toutefois que chez la femelle adulte, de forme globuleuse et n'ayant pas encore
la forme en "coussin". L’épithélium dans lequel
ils s’insèrent est également plus bas (Fig.24 à 27).
Ses noyaux sont déjà
gros et trés colorables (Fig.27)et les cytoplasmes granuleux (Fig. 24 à
26) ou vacuolisés (Fig.27).
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| Fig.24 - Kaira alba immature : glande botryoïde. | Fig.25 - Même glande botryoïde, détail |
| E, épithélium à
petits adénocytes ; Gc, futur coussinet giganto-cellulaire ; I, diverticules
intestinaux ; N, noyau de cellule géante ; U, guaninocytes. Flèches : lumière de la glande (© A.Lopez C.H.) |
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| Fig. 26 - Kaira alba immature : autre glande botryoïde. | Fig.27 - Kaira immature : coussinets, détail. |
| Cy, cytoplasme de cellule géante ; E, épithélium à petits adénocytes ; Gc, coussinet giganto-cellulaire ; I, diverticules intestinaux ; N, noyau de cellule géante. Flèches : lumière de la glande (© A.Lopez C.H.) | |
Alors qu’elles existent encore chez le
mâle subadulte, les glandes botryoïdes et flagelliformes ne sont plus visibles dans l’abdomen
de l’adulte car elles subissent vraisemblablement une histolyse dégénérative
complète, cellules géantes
comprises, lors de la dernière mue.
3.1 - Enveloppe conjonctive (propria)
Il s'agit
d'une lame basale fibrillaire très mince et quelques
couches de cellules conjonctives très aplaties, pauvres en
organites (mitochondries, microtubules).
3.1.1. - Petits adénocytes
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| Fig.28 - Deux petits adénocytes
: cytoplasmes ( coupe longitudinale ) |
Fig.29 - Quatre petits adénocytes
: noyaux (coupe transversale) |
| Ch, chromatine ; J, jonction ; L, lumière
; M, mitochondries ; Mv, microvilli ; N, noyau ; Nu, nucléole ; R,
réticulum ; S, grains de sécrétion ; V,vésicules (© A.Lopez M.E.T.) |
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3.1.2. -Cellules géantes
Le pôle apical est
également garni de microvilli,
courtes et accolées. Le pôle
basal montre peu d’invaginations de son plasmalemme.
Le noyau est énorme, irrégulier
et vraisemblablement polyploïde ; il renferme une chromatine dense et montre une enveloppe (nucléolemme) pourvue de pores nucléaires trés
nombreux (Fig.30,33).
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| Fig.
30 -Noyau et organites . |
| L, grain lipidique ; N, noyau avec son enveloppe (EN) ; REG, réticulum granulaire. Flèches : pores nucléaires (© A.Lopez M.E.T.) |
Le réticulum
endoplasmique est remarquable, très abondant,
concentré dans les 2/3 basaux du cytoplasme et en partie granulaire
Ses citernes tendent à converger vers des “ carrefours ”
lui donnant un aspect “ étoilé ” très inhabituel,
d’où le nom de “ réticulum stellaire ” que
je lui ai attribué (Fig.31,32,34). Ces “ carrefours ” renferment
un matériel homogène et peu contrasté.
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| Fig.
31 - Réticulum stellaire, vue d'ensemble |
Fig.32
- Réticulum stellaire, détail. |
| L : grains lipidique ; M, mitochondries ; R.E.S, réticulum endoplasmique stellaire (© A.Lopez M.E.T.) | |
Le cytoplasme renferme aussi
des grains lipidiques peu denses
(Fig.31,32,34), des mitochondries allongées
s’accolant parfois aux précédents (Fig.34), du réticulum endoplasmique granulaire, des ribosomes libres, des microtubules parallèles au grand axe cellulaire
ainsi que des dictyosomes épars
bourgeonnant de petites
vésicules. Ces dernières donnent naissance
à des lysosomes complexes pouvant atteindre une grande taille.
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| Fig. 33 - Noyau géant et grains de sécrétion. | Fig.34 - Sécrétions fibrillaire et homogène |
| En, enveloppe nucléaire avec ses nombreux pores ; L, grain lipidique ; M, mitochondrie ; N, noyau ; R, réticulum endoplasmique stellaire ; S, grains de sécrétion fibrillaire (Sf) et homogène (Sh) (© A.Lopez M.E.T.) | |
4 - Commentaires
4. 4.1- Sur le plan anatomique, l'appareil séricigène de
Kaira alba est catactéristique
d'une Araneoidea. Il comporte en effet des glandes agrégées et flagelliformes réunies en unités fonctionnelles
(triades), ainsi que 3 paires de
glandes tubuliformes, comme chez les Araneidae, les Linyphiidae et les Theridiidae (Kovoor,1972,1977 a, b ; Lopez,1980; ; Lopez,1982).
L' appareil séricigène de Kaira alba est également typique d'une Araneidae (Kovoor,1972,1977a) par sa composition et la structure générale
des catégories
glandulaires (Lopez,1980).
Les ampullacées majeures et mineures ont en effet un réservoir corporéal
fuselé, montrant deux catégories d'adénocytes, et un trés long canal qui inverse plusieurs fois son trajet en
se coudant. Les aciniformes sont globuleuses, ne comportent qu'une
seule catégorie
cellulaire mais appartiennent à deux types,
A et B, comme dans la plupart des genres d 'Araneidae. De même, les
piriformes ont un corps régulièrement bipartite,
tel qu'il se présente chez les autres membres de la même famille,, les Cyrtophora exceptées (Lopez,1982).
Toutefois, les 4 glandes agrégées ont
subi une transformation extraordinaire affectant la partie proximale de leur
corps : les
coussinets à cellules géantes sont sans équivalent dans tout l’ordre
des Aranéides (Araignées), Araneidae compris, par leur structure et leur ultrastructure. Les modifications de l’appareil séricigène auquel ils participent, font notamment défaut
chez Celaenia
et Mastophora qui capturent aussi des Lépidoptères mâles mais sur un mode
différent. En revanche, ces Mastophorinae sont équipés d’un “tissu folliculaire endocrinoïde" abdominal, indépendant des glandes à soie (Lopez,1985a; Lopez,1985b; Lopez,1998a ; Lopez,1998b). En revanche, la partie distale
du corps des mêmes glandes agrégées conserve un épithélium qui est propre, dans la
famille, à cette catégorie glandulaire (Kovoor, 1972).
Par ailleurs,
les 2 glandes flagelliformes montrent une réduction spectaculaire, réduction
qui doit être liée étroitement à la transformation des agrégées, ces deux catégories glandulaires constituant
des
“triades” indissociables. Elle place Kaira dans une position intermédiaire entre
la majeure partie des Araneidae, où les flagelliformes ont
un développement normal, et les genres Cyrtophora et Mecynogea, où elles ont disparu en totalité
(Lopez,1982 ; Lopez,1988) avec les
agrégées.
4. 4.2- Sur le plan phylogénique et bien qu’appartenant à une même
famille (Araneidae), le genre Kaira est considéré comme s’inscrivant
dans une lignée évolutive distincte de celle desMastophorines (anatomie externe, usage de
la soie, mode d’attraction des proies), ce que confirme définitivement la
transformation spectaculaire des agrégées en glandes botryoïdes.
En revanche, la conception rapprochant étroitement Kaira des Metepeira sur la base d’une tache ventro-abdominale blanchâtre, de genitalia et d’un crochet coxal (P I) qui leur seraient communs (Levi, 1977 ; Levi & Coddington, 1983) ne trouve aucun fondement en anatomie interne : les appareils séricigènes sont trop dissemblables; contrairement à Kaira, les Metepeira ne montrent pas de dimorphisme sexuel gnathocoxal mais possèdent en revanche des glandes segmentaires remarquablement développées (Lopez,1983b) (Note 2).
4.44.3- Sur le plan fonctionnel, les flagelliformes et agrégées modifiées (glandes botryoïdes) n’élaborent plus la spirale visqueuse caractéristique des orbes conventionnelles (Araignées “orbitèles”), ici disparues, mais sans aucun doute le “zigzag” attirant les papillons mâles, le fil central de ce dernier étant formé par de la soie des flagelliformes, et son mince enduit blanchâtre, par la sécrétion des botryoïdes.
En ce qui
concerne les 4 autres catégories de glandes séricigènes (Lopez,1985a
; Lopez,1986), elles fournissent la soie du “ trapèze ”,
des fils de rappel (ampullacées) et de leurs interconnexions ou fixations
sur le support (piriformes) ; elles permettent à Kaira d’emmailloter ses proies comme les autres
Araneidae
(aciniformes) et fournissent enfin le tissu des cocons
ovigères (tubuliformes).
Etant donné la complexité
structurale des glandes botryoïdes et la varialilité d’aspect des coussinets gigantocellulaires, l’enduit blanchâtre des “zigzags”
est vraisemblablement formé
par plusieurs composants chimiques. De plus, les adénocytes géants montrent, par
leur ultrastructure, quelques points communs avec les cellules productrices de phéromones chez les
Insectes (Noirot & Kennedey, 1974 ; Percy, 1974
; Nielsen, 1979 ; Weseloh,1985), tout en gardant des caractères
de glande séricigène atypique
(sécrétion d’un matériel rappelant les “fibres tubulaires”
observées dans la glande mixte d’Araignées Scytodes).
Le
mélange des composants de l’enduit
formerait un sémiochimique (allomone) s’apparentant étroitement
aux phéromones d’Hétérocères femelles
et attirant leurs mâles par "duperie" ou mimétisme chimique.
D
es études en chromatographie gazeuse (Stowe) semblent bien le confirmer.
4.4 - Sur un plan zoologique plus
général, les glandes aggrégées botryoïdes
de Kaira alba représentent
l’une des 8 découvertes arachnologiques les plus marquantes
présentées dans ce sous-site, avec la glande
acronale (ex clypéale) et le prétendu
"appareil stridulatoire" des Argyrodes, le dimorphisme sexuel maxillaire, les
glandes segmentaires (dont la rétrognathocoxale), la
structure fine du tube séminifère contenu dans
le palpe, les spermatophores des Telemidae et le tissu endocrinoïde abdominal des Mastophorinae.
Note 1 : Laboratoire souterrain du CNRS, Moulis
09200 : fixation des parties étudiées au glutaraldéhyde
à 2,5% dans un tampon au cacodylate, post-fixation au tétroxyde
d’osmium à 0,2% dans le même tampon ; inclusion dans le
Spurr ; coupes fines au microtome Reichert OM U2 contrastées par l’acétate
d’uranyle et le citrate de plomb ; examen de ces coupes au microscope
Sopelem .sTravail effectué
avec Lysiane Juberthie-Jupeau, directeur de recherches au CNRS,
et ses collaboratrices.us 50 KV.
Note
2 :Les Arachnologistes
US avaient presque tous négligé l’anatomie interne des Araignées
pour leurs études systématiques, biologiques et phylogéniques
lorsque j’ai réalisé mes travaux. Leurs résultats
semblent avoir “choqué” certains d’entre eux, au point d’interrompre
brutalement une collaboration qui s’annonçait fructueuse
avec M.K.Stowe. Bien qu'associé aux publications, ce dernier a volontairement
occulté ma découverte de la glande botryoïde (Lopez,1985a)
dans son travail de 1986, privant ainsi son article (et ceux qui ont
suivi) de la seule explication logique du comportement de Kaira. 8 ans plus tard, son maître
H.W. Levi (1993) "ignorait" toujours l'anatomie interne du même genre
bien qu'elle eut été capitale pour sa mise au point.
Couleurs conventionnelles : en
bleu-vert, tous les termes anatomiques (macroscopie,histologie,microscopie
électronique) ; en marron clair, termes d’éthologie et de physiologie
; en mauve, noms d’organes décrits dans une autre
partie du même sous-site et liens privilégiés (travaux
personnels) avec la bibliographie; en violet, noms génériques et spécifiques ;
en vert, noms de familles ; en bleu foncé, groupements
systématiques d’un rang plus
élevé ; en jaune, parties les plus importantes et résumés ; en orange, notes infra-paginales.
Bibliographie
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