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ANATOMIE DES ARAIGNEES :
VINGT-CINQ ANS DE RECHERCHES
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Appareil
épigastrique des Araignées mâles
1- Introduction
L’étude de l’appareil épigastrique
a débuté en 1970 sur le conseil amical du Pr Roland Legendre qui fut, avec Jacques Millot,
l’un des deux pionniers de l’étude histologique
des Araneides. Elle devait inaugurer toutes mes recherches
ultérieures sur les Araignées, recherches qui se sont avérées particulièrement
fructueuses (Confere supra). Je souhaite exprimer
ici une nouvelle fois toute ma gratitude à ce grand zoologiste (Note
) qui a initié mes succés arachnologiques.
Les mâles d’Araignées possèdent des organes particuliers,
propres à leur sexe, logés dans l'épigastre, plus précisément dans la lèvre antérieure
du sillon (fente) génital(e) ou épigastrique. Les plus visibles d’entre eux montrant un aspect
de glandes exocrines, ils sont désignés d’après nos premiers travaux
(Lopez,1971) sous l’appellation générale de «glandes épigastriques».
En fait, ces organes peuvent être
divisés en deux types bien distincts.
► Les glandes épigastriques proprement dites ou prégonoporales (Lopez,1977) pluricellulaires,
acinoïdes, consistant chacune en un corps épithélial sécrétoire et un canal
excréteur allant
s’ouvrir en avant du sillon épigastrique, par une fusule creuse
implantée sur le tégument ventral. La présence de fusules a été
découverte par Fage et Machado (1950) chez les Ochyroceratidae) et confirmée ensuite
par le deuxième auteur (Machado,1951), celle des glandes elles mêmes par Melchers (1964 : Theraphosidae), Marples
(1967 : « epiandrous glands » : Gradungulidae) et Lopez
(1971).
Elles sont inconstantes et ne se rencontrent
pas chez les mâles de toutes les espèces d’Araignées
(Lopez,1972 ; Lopez,1977).
► Les organes gonoporaux ont été découverts et décrits chez les Clubionidae et les Dysderidae (Lopez,1972) , puis dans d’autres familles. Ils sont constants
et se rencontrent pratiquement chez les
mâles de toutes les espèces d’Araignées étudiées jusqu’ici
(Lopez,1977).
De plus, étant donné qu’ils peuvent s’associer
à des glandules tégumentaires prégonoporales isolées, du moins chez
les Metinae et les Amaurobiidae (Lopez,1986a ; Lopez,1988), j’ai proposé pour l’ensemble le nom
d’ «appareil épigastrique» dans
une revue générale de la zone du gonopore chez les Araignées mâles (Lopez,1988).
Il s’agit là d’un complexe hétérogène, de prime abord
assez incongru puisqu’il associe des formations anatomiques
dissemblables et de significations phylo-ontogéniques peut
être différentes (Fig.1).
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| Fig.1.- Meta menardi
mâle : coupe histologique parasagittale de la région épigastrique et son appareil. |
| E,
fente épigastrique ; Ep, glandes
épigastriques prégonoporales ; F, fusule ; G, gonopore
; H, poil ventral ; Og, organe gonoporal
et sa terminaison (flèche simple) ; S, spermatozoïdes
dans le canal commun terminal. Les 2 flèches affrontées indiquent
des glandules tégumentaires prégonoporales. |
2.-Glandes épigastriques ou prégonoporales
Sa base postérieure correspond à la fente épigastrique, dépression transversale très profonde (Fig. ) où s’ouvre le gonopore.
Ses
limites latérales sont représentées
par des fibres musculaires striées
et par la partie interne des deux poumons
ou phyllotrachées (Fig. ).
Sa limite inférieure n’est autre que
le tégument ventral, dont l’épiderme, plus ou moins chargé de pigment, et la cuticule sont en
continuité avec ceux de l’invagination épigastrique.
La limite supérieure est marquée par
le canal commun
terminal résultant de l’union des déférents et par
les diverticules
chylentériques abdominaux.
La limite antérieure correspond généralement
aux fibres musculaires
striées qui
s’insèrent, d’une part sur le tégument, d’autre
part sur le canal commun terminal et l’endochondrite
t VIII
2.2.- Structure générale
Elle ne varie guère et est batie comme celle d’autres
organes sécréteurs aranéidiens (glandes
venimeuses et séricigènes),
sur un plan interne évoquant quelque peu les acini de Vertébrés.
Chaque acinus épigastrique comporte en effet un corps glandulaire sacciforme, sans cellule intermédiaire
et que pédiculise un canal excréteur (Fig. ). Ce dernier s’ouvre extérieurement par l’intermédiaire
d’une fusule canuliforme.
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| Fig.2-
Filistata insidiatrix :
Région épigastrique |
Fig.
3.- Leptoneta microphtalma: Région épigastrique |
Fig.4.-
Araneus sp. : Région épigastrique |
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C, cuticule ; D, canal excreéteur ;
Df, déférent ; E, fente épîgastrique ; Ep, glandes prégonoporales ; F,
fusules ; G, gonopore ; H, poil ; I,
diverticule intestinal ; S, sécrétion ; Sp, spermatozoïdes ;
T, canal terminal. Les organes gonoporaux
ne sont pas visibles
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| Fig.5
.-Hersilia
sp. : Région épigastrique |
Fig.6.- Eresus niger
: Région épigastrique |
Fig.7- Philaeus chrysops
: Région épigastrique |
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C, cuticule ; D, canal excreéteur ; Df,
déférent ; E, fente épîgastrique ; Ep, glandes
prégonoporales ; F, fusules ;
G, gonopore ; H, poil ; I, diverticule intestinal ; S, sécrétion
; Sp, spermatozoïdes ; T, canal terminal.
Les organes gonoporaux ne sont pas visibles
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2.3.1- Histologie
Le corps est formé
par un épithélium simple
(Fig.5 à 13) reposant sur une basale
et non surmonté d’un revêtement cuticulaire. Ses cellules (adénocytes)
prismatiques ou pyramidales renferment des boules
ou sphérules logées dans des «vacuoles» plus ou moins apparentes,
déformant souvent le noyau et captant généralement les colorants
acides (bleu d’aniline, éosine). Teintés également en bleu par l’ hématoxyline de Mallory (Fig. 9),
ces grains de sécrétion réduisent le réactif de Schiff dans la méthode
à l’APS (Fig.10,12,13). Ils passent ensuite dans la
lumière et s’y accumulent sous forme d’une
masse plus ou moins homogène et à contours festonnés (Fig.9,10,12,13).
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| Fig.8-
Pholcus ornatus : Glandes prégonoporales |
Fig.9 - Mygale Migide sp. : Prégonoporales |
Fig.10- Amaurobioides africanus : Prégonoporales |
| C, cuticule ; D, canal excréteur ; Ep,
glande prégonoporale ;
F, fusule ; G, gonopore ; H, poil ; S, sécrétion dans la lumière
; Sp, spermatozoides; T, canal commun terminal |
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| Fig.11.-
Pholcus phalangioides : Prégonoporales |
Fig.12.-
Tetragnatha extensa : Prégonoporales |
Fig.13.-
Tetragnatha extensa : Prégonoporales, détail |
| C, cuticule ventrale ; D, canal excréteur
; Ep,glande prégonoporale
; Et, son épithélium ; M, muscle ; S, sécrétion ; Sp, spermatozoïdes
; Canal commun terminal |
||
Il est à noter que des cellules
d'un aspect différent, sans sécrétion visible, siègent au voisinage
du collet et pourraient y être impliquées
dans la vidange glandulaire (Fig.14).
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| Fig.
14 -Araneus quadratus, glande prégonoporale : Ep, épithélium ; D, canal
; S, sécrétion. Flèches : cellules spéciales du collet |
2.3.2- Ultrastructure
Elle n’a été que explorée chez
les mâles de deux espèces d’ Araignées : Pholcus phalangioides
(Lopez,1973a) (Fig.12 à 16) et, plus succinctement, Araneus sericatus
(Lopez,1977) (Fig. 20,21).
La lumière du corps
s’insinue entre les pôles
apicaux des adénocytes
pour y former des cryptes plus ou
moins profondes. Elle contient un matériel sécrétoire finement granuleux.
Chaque adénocyte est
une grosse cellule
sécrétrice prismatique s’engrenant profondément
dans ses voisines par des interdigitations que souligne
le plasmalemme très sinueux de ses
faces latérales.
Le pôle basal est régulier,
parfois convexe, montre un plasmalemme ne formant pas de replis intra-cytoplasmiques
et repose sur une lame trés fine.
Le pôle apical est garni de microvillosités
courtes, grêles, flexueuses, contenant des microfilaments axiaux, emplissant les cryptes et plongeant dans le matériel sécrétoire qui occupe la lumière (Fig.12,13,18).
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| Fig.15- Pholcus phalangioides : adénocytes, apex |
Fig.16- Pholcus phalangioides :
autres adénocytes |
Fig.17- Pholcus phalangioides : partie basale,
noyau |
| Ch, chromatine ; G, grains de sécrétion
; J, jonction sub-apicale ; M, mitochondrie ; Mv, microvillosités
; N, noyau ; Nu, nucléole ; Ri, réticulum. M.E.T. |
||
Le noyau arrondi et généralement basal (Fig.17,20,21),
renferme une chromatine finement dispersée dans son nucléoplasme, réunie aussi en mottes marginales,
et un nucléole réticulé excentrique. L’enveloppe nucléaire est en nette continuité avec le réticulum endoplasmique.
Ce
dernier est remarquablement développé, en grande partie
lisse (Fig.15,16,187,20,21) et forme des cisternae de taille très variable, s’enchevêtrant
les unes dans les autres, correspondant aux «vacuoles»
de la microscopie optique.
Les grains de sécrétion
paraissent y naître prés du pôle basal dans le réticulum endoplasmique (Fig.17,18). Ils sont régulièrement
sphériques, homogènes, d’opacité variable, avec un
contour très net comme tracé au compas mais parfois un
peu « décollé » de la membrane qui les limite. Ils gagnnt le pôle apical de l’adénocyte ; leur contenu y est extrudé dans la lumière (Fig.19),
parfois entre les pieds des
microvilli et se joint au matériel sécrétoire qui l’emplit.
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| Fig.18- Pholcus phalangioides : autres parties basales
et noyau |
Fig.19- Pholcus phalangioides : sécrétion et vésicules
émises par les apex |
| G, grains de sécrétion ; Mi, mitochondrie
; N, noyau ; Ri, réticulum ; S, sécrétion ; V, vésicule.
M.E.T. |
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| Fig.20-
Araneus sericatus : Paroi
de glande prégonoporale et
ses adénocytes |
Fig.21-
Araneus sericatus : Paroi
de glande prégonoporale et autres
adénocytes |
| G, grains de sécrétion ; L, lame basale
; Mv, microvillosités apicales ; N; noyau ; Nu, nucléole ; Ri,
réticulum endoplasmique ; S, sécrétion. M.E.T. |
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Les autres organites sub-cellulaires sont de petites mitochondries sphériques (Fig.18), à crêtes estompées, à matrix très claire, siégeant surtout près
du noyau dans le pôle basal et de petites vésicules apicales. Ces dernières paraissent vides
mais ont une membrane trés contrastée (vésicules recouvertes) et sont parfois
libérées dans la lumière avec le contenu des grains (Fig.19). Bien
qu’il n’est pas été observé de dictyosomes individualisés, elles pourraient être
de nature golgienne.
La cohésion des adénocytes est assurée par de petites jonctions sub-apicales
(desmosomes zonaires)(Fig.15,16).
2.3.3- Variations
2.3.3.a-V.numériques
Etabli d’après celui de leurs fusules brisées et intactes, le nombre des corps glandulaires est réduit chez certaines
Argyrodes (2
ou 3) et les Pholcidae
(4 à 5), plus important chez certaines Araneidae (Gasteracantha, 6 à 8 ; Nemoscolus,
10 ; Cyrtophora, 15) et
les Theridions (8 à 13), moyen chez Argiope (20) et Nephila, pouvant
enfin atteindre la trentaine chez d’autres Araneidae.
Les chiffres
les plus élevés semblent caractériser Eresus niger et les Mygalomorphes où Legendre(1972 :
Scodra calceata) a pu dénombrer de
150 à 200 fusules.
2.3.3.b-V.morphologiques
Le corps glandulaire
est généralement sphéroïdal ou piriforme, donc
acineux. Il peut aussi s’allonger en
un sac tronconique régulier (aspect tubulo-acineux
d’Eresus niger)
ou de forme ovoïde (Pholcidae).
Chez Amaurobius erberi, le corps glandulaire paraît inhabituellement très petit dans les coupes histologiques et comme «sous-développé».
Les grains de sécrétion
ont un aspect uniforme
dans la grande majorité des familles. Toutefois, chez
Pisaura
mirabilis et surtout certains
Linyphiidae tels que Pityohyphantes
phrygianus, ils se répartissent
en deux lots conférant un net aspect mi-partie au corps de la glande : un lot supérieur ou distal dont les grains sont plus volumineux (diamètre
3 à 4 µ) et captent fortement l’éosine, donc acidophiles ; un lot inférieur, proximal ou juxta-canalaire dont les
«boules» sont plus petites (2 µm) et se colorent en
noir-bleuté par l’hématoxyline, donc basophiles, au point
de se confondre avec le pigment
mélanique de l’épiderme ventral sous-jacent (Fig.22)
).
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| Fig.22.-
Pityohyphantes phrygianus,
mâle : région épigastrique avec les glandes
prégonoporales mi-parties |
| C,
cuticule ventrale ; E, fente épigastrique; Ep1, Ep2, régions
distale et proximale des glandes
prégonoporales ; F, fusule ; G, gonopore ; P, épiderme
ventral pigmenté ; S, spermatozoides |
2.3.3.c-V.volumétriques
Les dimensions les plus importantes se rencontrent
chez Eresus niger dont les tubulo-acini mesurent 480 µm de long, pour une largeur
de 120, sont bourrés de grains acidophiles et se
groupent en un massif cuneiforme dense, long de 1 mm chez un mâle de 1,5
cm.
Dans la familles
des Pholcidae,
la longueur varie de 150 µ (Pholcus) à 230 (Smeringopus) pour une largeur moyenne de 80.
Les dimensions
les plus modestes sont observées chez les Theridiidae.dont
le diamètre acineux n’excède pas 40 µm pour une épaisseur
épithéliale 4 fois moindre.
2.3.3.d-V.dans les
rapports
Chez le Pholcide Holocnemus pluchei, remarquable par la présence de cellules pigmentées rameuses dans une partie de
son organisme (Lopez,1973c),
aussi-bien dans le céphalothorax
(Fig.23) que dans l'abdomen
où ces chromatophores entourent chaque acinus épigastrique, lui formant un «manteau» caractéristique et soulignant
ses contours (Fig.24).
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| Fig.23- Holocnemus pluchei : chromatophores dans le céphalothorax. |
Fig.24-
Holocnemus
pluchei : chromatophores
entourant un acinus épigastrique |
| C, cuticule ventrale ; Ch,
chromatophores ; Ep, acinus prégonoporal ; M, muscle ; Mc, "manteau"
de chromatophores ; épiderme
pigmenté ; R, tissu réticulé. |
|
2.4.- Canaux
2.4.1- Histologie
Chaque canal se
présente comme un fin conduit éosinophile, de calibre
assez constant mais de longueur variable, rectiligne ou
pelotonné sur lui-même, et entouré par au moins une cellule satellite dont le noyau dense, trés chromatique, est seul
bien visible surtout au voisinage du collet.
Juste avant d’aboutir à sa fusule, le canal traverse généralement
un épiderme modifié que Marples (1967) décrivit
pour la première fois chez Hickmania
dans une étude histologique rudimentaire. Cet épithélium ,
plus ou moins concave, déprimé en «cupule» ou «puits»
(« pit »), est formé par des cellules prismatiques
hautes, à noyaux basaux, à cytoplasmes clairs,
d’aspect «fibrillaire», pouvant renfermer des grains
de pigment mélanique et est surmonté par un revêtement cuticulaire strié.
2.4.2- Ultrastructure
Chaque canal est
formé par une cuticule
d’abord striée puis homogène, qu’entourent des cellules satellites ou canalaires remarquables par une disposition
complexe de leurs membranes.
La cuticule paraît se délaminer peu avant sa terminaison.
Le pôle apical de chaque cellule canalaire est uni à celui des voisines par des jonctions zonaires et compartimenté par de profondes invaginations de son plasmalemme en microvillosités nombreuses et parallèles (Fig.25). Ces microvilli montrent des densifications apicales et sont séparées de la cuticule par un espace extracellulaire. Des vésicules d’endocytose sont visibles entre leurs pieds.
|
| Fig.25-
Araneus sericatus :
canal excréteur . C, cuticule ; J,
jonction ; S, sécrétion
; V, microvilli. M.E.T. |
Dans les coupes histologiques, à la loupe binoculaire et surtout au M.E.B (Lopez, 1988), les fusules se présentent comme des structures de forme assez constante mais de disposition plus variable. Leur compte permet évidemment celui des corps acineux, donc des glandes prégonoporales, souvent difficile et parfois impossible dans les coupes histologiques lorsqu’elles y sont trop nombreuses.
2.5.1.- Forme.
De
prime abord, les fusules épigastriques évoquent
celles des filières de glandes séricigènes (Fig.
).
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| Fig. - Hahnia sp. : fusules
(F) sur une filière antérieure
(L). Eb, embase ; H, poils. M.E.B. |
Elles peuvent être coniques, courtes
et tronquées (Pholcus phalangioides)
(Fig. ) ou, plus souvent, grêles et effilées,
longues de 40 à 70 µm pour un diamètre
basal de 10 maximum.
Elles sont alors
∙presque droites dans les genres Nemesia (Ctenizidae) (Fig. ), Holocnemus (Pholcidae)(Fig.), Argiope (Araneidae)(Fig.), Micrathena (Araneidae) (Fig. ) et Philoponella (Uloboridae) (Fig. )
∙plus ou moins arquées chez Scytodes (Scytodidae)(Fig. ), Nesticus (Nesticidae) (Fig. ) et Araniella (Araneidae) (Fig. )
∙un peu «tordues» dans les genres Leptoneta
(Leptonetidae)
et Saitis
(Salticidae).
Les fusules épigastriques ne sont pas lisses dans l’ensemble
mais un peu striées-cannelées suivant la longueur.
Amaurobius erberi (Keys.) (Amaurobiidae) représente le seul cas où leur surface soit garnie de spinules (Fig.
).
|
| Fig....
Amaurobius erberi : les
fusules (F) portent des spinules (flèches). M.E.B.
|
Le point de jonction de la fusule avec le tégument ventral montre une grande diversité d’aspect
surtout visible en M.E.B.
∙de niveau avec la surface tégumentaire
plane dont la fusule fait directement saillie : Mygalomorphae (Nemesia caementaria, Atypus affinis) et Anelosimus eximius (Theridiidae) (Fig. ).
∙sur un léger relief en «coussin» :
Filistata insidiatrix (Filistatidae)
∙enfoncé dans une alvéole arrondie de sorte qu’il apparaît entouré d’un
sillon circulaire, simple ( Amaurobius : Amaurobiidae). (Fig. ) ou lui-même encerclé par un relief cupuliforme plus ou moins
saillant soit lisse (Salticus scenicus, Pholcus phalangioides) (Fig. ), soit décoré
de crêtes concentriques très nettes (Leptoneta
infuscata minos : Fig. ).
De plus leur base ne montre pas un profil modifié
(Lopez,1988), alors que celle des fusules de glandes séricigènes est caractérisée par un élargissement
bulbeux ou en cône (Fig.).
Les Ochyroceratidae font toutefois exception car leurs
fusules épigastriques ont une embase élargie remarquable au-dessus de
laquelle chaque fût s’effile progressivement (Lopez,1980 : Ochyrocera peruana ; Lopez,1985 :
O. thibaudi ; Lopez,1997 :
O. caeruleoamethystina )(Fig. ).
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| Fig.... Ochyrocera
peruana : lèvre épigastrique antérieure et fusule, coupe
histologique |
Fig. Ochyrocera thibaudi : fusules, M.E.B. Flèche : cordon spermatique sortant de la fente |
Fig..... Ochyrocera
caeruleo-amethystina : fusules,
M.E.B. |
|
C, cuticule; E, fente épigastrique ;F, fusule et son embase (Eb ou B) ; Ep, corps de glande prégonoporale ; H, poil ; V, face ventrale de l'épigastre en avant des fusules. |
||
De même, chez les
Tetragnathidae Tetragnatha extensa et Pachygnatha clercki
chaque fusule possède une embase cylindrique à sommet tabulaire que
prolonge le fût (Fig. ).
2.5.2.- Dispositions (Patterns).
La disposition des fusules, que l’on peut qualifier de «fusulotaxie»
(réemployant ainsi un «suffixe» parfois accolé au
nom de certains poils sensoriels, les trichobothries = « trichobothriotaxie ») est très
variable suivant les groupes
et atteint son maximum d’originalité dans le cas des Tetragnathides.
Chez les Mygalomorphae,
les fusules sont
très nombreuses, solitaires et disposées sans ordre sur
presque toute l’étendue de l’aire épigastrique.
|
| Fig...Atypus affinis (Mygalomorphae) : fusules (flèches) disposées sans ordre. H, poils.
M.E.B. |
Chez les Araneomorphae, elles peuvent être
•isolées, peu nombreuses et
sur une seule file : 5 dans le genre Ochyrocera (Ochyroceratidae) (Fig. ), 9 chez Scytodes thoracica (Oecobiidae) (Fig. ).
∙plus nombreuses (13 à 14) et tendant à se disposer
sur deux files chez Nesticus cellulanus (Nesticidae) (Fig. ).
∙ peu nombreuses mais ayant tendance à se réunir en
deux groupes : Pholcidae dont
Pholcus
phalangioides (Fig. ) et surtout Holocnemus pluchei (Fig. ), où 5 fusules évoluent
vers un rapprochement par 3 et 2.
|
| Fig...Pholcus phalangioides (Pholcidae) : E, fente épigastriuque ; F, fusules ; H, poils. M.E.B. |
∙nombreuses et réunies en plusieurs
petits groupes inégaux de disposition irrégulière chez les Metinae Meta bourneti et M. menardi (Lopez,1986a ; Lopez,1988).
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| Fig. - Meta
menardi (Metinae) : lèvre
épigastrique antérieure et fusules |
| E, fente épigastrique
; F, fusules
; H, poil ; V, face ventrale de l'épigastre
en avant des fusules. Flèches
: orifices des glandules tégumentaires.
M.E.B. |
∙nombreuses mais formant de
petits groupes régulièrement espacés sur une ligne transversale
dans le cas d’ Araignées aussi diverses que les Araneidae, tels qu’Argiope argentata, belle Araignée
néotropicale à grand dimorphisme sexuel dont la femelle présente une livrée
variable (Fig.galerie photographique), Araniella cucurbitina (Fig. ), les genres Nephila et Gasteracantha, les Linyphiidae
(Linyphia, Florinda), les Gnaphosidae (Drassodes), les Agelenidae
(Tegenaria), les Uloboridae (Philoponella) et les Eusparassidae (Micrommata) (Lopez,1988).
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| Fig...Argiope argentata.-
Groupes de fusules en ligne |
Fig...Araniella cucurbitina.-
Groupes de fusules en ligne |
Fig...Drassodes lapidosus.- Deux groupes de
fusules |
|
E, fente épigastrique ; F, fusules ; H, poil ; V, face ventrale de l'épigastre en avant des fusules. M.E.B. |
||
∙réunies cette fois en deux «touffes»
ou «pinceaux», bien distinctes et symétriques chez les Theridiidae Argyrodes cognatus, Anelosimus eximius ainsi que chez Leptoneta infuscata minos (Leptonetidae) (Fig. ), Saitis barbipes (Salticidae) (Fig. ) et surtout, Tetragnatha extensa et Pachygnatha clercki (Tetragnathidae) (Lopez,1988).
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| Fig....- Anelosimus eximius (Theridiidae) : fusules
en deux "pinceaux" (F) ; E, fente épigastrique ; H, poils
; V, face ventrale de l'épigastre en avant des fusules. M.E.B. |
2.5.3.- Puits (Pits)
Les fusules groupées peuvent se loger dans des dépressions communes arrondies ou oblongues et de profondeur variable : les «puits». Leur rebord ou margelle, mousse ou un peu aigu, surplombe le tégument voisin.
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| Fig. .- Argiope argentata : groupe de
fusules et "puits" |
Fig.
.- Araniella cucurbitina
: groupe de fusules et "puits" |
| F, fusules
; H, poils ; p, "puits" avec leur
margelle |
|
Ils sont bien visibles chez Argiope argentata (Fig. ),
Araniella cucurbitina
(Fig. ), Saitis barbipes (Salticidae) (Fig. ), Eresus niger (Eresidae) (Fig. ) et tout particulièrement,
dans l’intéressante famille des Tetragnathidae. Tetragnatha extensa et Pachygnatha clercki possèdent deux dépressions symétriques séparées par une crête. Leucauge argyra
(Fig.galerie photographique),
une araignée néotropicale de couleurs vives, fréquente
aux Antilles et en Guyane française (Lopez,) représente sans
aucun doute le cas le plus remarquable : ses fusules, isolées
ou groupées, sont entièrement incluses, sur toute leur
hauteur, dans un très grand «puits» transversal
situé juste en avant du sillon épigastrique
sur sa lèvre antérieure, ayant la forme
d’une «auge» et qui semble presque les engainer (Lopez,1986a ; Lopez,1988)
(Fig. ).
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| Fig. - Eresus niger: groupes de fusules. |
Fig. - Leucauge argyra : "puits" en "auge".
|
| B, partie
antérieure de la margelle du "puits"
; E, fente épigastrique et sa lèvre antérieure L ; F,
fusules ; H, poils ; V,
face ventrale de l'épigastre. Flèches : orifices des glandules tégumentaires. M.E.B. |
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2.5.4.- Structure
Les coupes histologiques (Fig. ) montrent surtout que chaque fusule est creuse et traversée sur toute sa
longueur par le canal excréteur de la glande prégonoporale correspondante. Ce canal s’ouvre à l’extrémité libre de la fusule par un pore
qui peut être éversé
(Fig. ).
Ils occupent une position très voisine de celle
des glandes prégonoporales
dans la partie antérieure de l’opisthosoma et y baignent aussi dans l’ hémolymphe
du même «lac» ou sinus sanguin (Fig. ).
Leur aspect microscopique et l’absence de sécrétion
permettent aujourd’hui d’en affirmer la nature nerveuse
et sensorielle.
Les cellules constitutives ne se groupent plus
en acini.
Elles sont isolées les unes des autres dans le
mode «dispersé» (Lopez,1972 : Segestriidae, Dysderidae ;
Lopez,1974a, Lopez,1974b : Pholcidae) (Fig. ) ou
réunies en deux massifs symétriques plus ou moins compacts dans le
mode «agminé» (Lopez,1972 ; Lopez,1973b ; Lopez,1974a ;
Lopez,1974b ; Lopez,1976), notamment chez les Clubionidae
et les Argyronetidae.
Leur cytoplasme
est peu visible, exigu, et sans grains de sécrétion individualisés.
Deux d’entre elles, les neurones, ont un noyau arrondi, clair et vésiculeux ;
les autres sont des cellules «satellites»
ou «enveloppes», plus petites,
à noyau allongé, ovoïde, riche en chromatine.
Il s’en détache
une structure spéciale que j’avais initialement considérée
à tort comme un canalicule excréteur individuel (Lopez,1972)
mais qui est en fait une gaine
cuticulaire entourant des dendritesdes
neurones.. Elle présente l’aspect d’un tubule
«chitinoïde», coloré par l’éosine et le vert lumière, non par
l’ APS, de section arrondie, grêle, très exigu (1 µm) délié, plus
ou moins long (10 à 20 µm), rectiligne ou coudé.
Chez les Dysderidae et les Segestriidae (Fig . ), les organes gonoporaux,
au nombre très approximatif d’une cinquantaine, s’éparpillent sur le mode «dispersé» Leurs gaines cuticulaires, souvent longues de 20 µm, peuvent présenter des dilatations
ampullaires, se lover en boucle et aboutissent, indépendamment les unes des autres, dans
le canal commun
terminal dont elles traversent l’épithélium en se
raccordant à son revêtement chitineux. Elles s’y terminent par une
petite saillie acuminée, la «papille», logée
parfois dans une dépression cuticulaire en entonnoir, l’ « infundibulum »
(Lopez, 1972) (Fig. ).
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| Fig.- Segestria florentina : organes gonoporaux |
Fig. .- Organes gonoporaux,
détail : papille |
Fig. - Organes
gonoporaux, autre détail : infundibulum |
| C, canal commun terminal et sa cuticule
; Et, son épithélium ; Ev, cellule-enveloppe; I, infundibulum
; N, noyaux ; T, gaine cuticulaire en "tubule". Flèches : papilles |
||
Les
organes gonoporaux des Pholcidae sont beaucoup moins nombreux (Fig. ), plus superficiels et pourvus
d’une gaine cuticulaire
se terminant par
une papille en « bouton » argyrophile, non pas
dans le canal commun terminal mais dans la fente épigastrique elle même(Fig. ).
Les
organes gonoporaux des autres Araignées, Clubionidae en particulier (Fig.
), sont pairs et «agminés»
en deux groupes compacts symétriques, toujours plus
superficiels que ceux des Dysderidae et des Segestriidae. Leurs gaines cuticulaires groupées constituent un faisceau
court et dense (Fig. ) et traversent
la cuticule de la fente épigastrique, épaissie à ce niveau en une plaque d’affinité tinctoriale modifiée et portant
en surface une ou plusieurs «papilles» saillantes (Fig. ).
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| Fig. - Chiracanthium punctorium
: organe gonoporal |
Fig. - Argyroneta aquatica : organe gonoporal |
Fig. - Desis formidabilis : organe gonoporal |
| C, cuticule ; E, fente épigastrique ;
Ep (ou P), épiderme (pigmenté) ; N, noyaux de neurones et cellules-enveloppes
; Pl, plaque ; Tu (ou T), gaines cuticulaires ; flèches : papilles. |
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3.3.-Microscopie électronique
La zone de terminaison présumée des organes gonoporaux ne révèle pas au M.E.B. l’existence
d’ orifices excréteurs. Ces pores auraient été les seuls indicateurs de glandes sous-jacentes.
Elle montre seulement deux champs symétriques
portant une ou plusieurs saillies correspondant aux
«papilles» de la microscopie optique, en forme
de mamelon plus ou moins conique, mousse ou acuminé. La surface de ces projections
est lisse et imperforée dans sa totalité. Elles sont surtout bien visibles dans le cas des Lycosidae (Fig. ) où leur siège inhabituellement
superficiel les rend beaucoup plus accessibles que
chez les autres Araignées. Les terminaisons profondes caractérisant le
mode «dispersé» (Pholcidae, Dysderidae, Segestriidae) échappent d’ailleurs totalement au M.E.B.
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| Fig.
Pardosa hortensis :
champs gonoporaux |
Fig.
- Alopecosa fabrilis
: champ gonoporal |
| E, fente épigastrique ; H, poils plumeux
; face ventrale de l'épigastre. Les flèches désignent les
champs gonoporaux et leurs papilles
M.E.B. |
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Il est à noter que tégument entourant
les champs épigastriques gonoporaux ne porte que des poils tactiles,
simples ou plumeux.
Au MET, certaines images revues
ultérieurement (Chiracanthium punctorium : Clubionidae) (Fig. ) rappellent sans aucun
doute celles du stato-récepteur
pédiculaire (le prétendu
«appareil stridulatoire ») des Argyrodes (confere supra).
Chaque organe gonoporal est une unité anatomo-fonctionnelle constituée par 2 neurones bipolaires, 3 cellules enveloppes, la gaine cuticulaire et un capteur externe correspondant à la «papille» ou «mamelon».
Le corps cellulaire des neurones renferme un noyau arrondi, régulier, nucléolé, à chromatine surtout marginale, des mitochondries, un appareil de Golgi (dictyosomes) et du réticulum.
Le prolongement axonique n’a été qu’entrevu. Les dendrites des deux neurones de chaque unité renferment des neurotubules longitudinaux (Fig. ). D’après certains documents photographiques, ils semblent comporter aussi des centrioles et un corps tubulaire n’existant peut être que dans un seul d’entre eux.
Ces dendrites, accolés en couple, sont entourés par la gaine cuticulaire, très osmiophile, nette
à leur contact, mal limitée extérieurement et allant
rejoindre la papille pour s’y insérer (Fig.
).
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| Fig.- Coupe
transversale d'un couple de dendrites.
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| D, dendrites ; C, gaine cuticulaire ; M, mitochondrie
; Mv, micvrovillosités ; P, plasmalemme
de cellules-enveloppes ; T, neurotubules
. M.E.T. |
Les tois cellules
enveloppes
(Fig. ) sont allongées, aplaties, enroulées sur elles-mêmes
en manchons, forment ainsi des mésos,s’accolent
aux neurones, entourent les
dendrites et leur gaine
cuticulaire. Leur noyau basal
est allongé et riche en chromatine. Leur cytoplasme renferme des mitochondries, du réticulum
lisse, une
sécrétion ( ?) en flaques peu denses et des microtubules.La plus interne d’entre
elles est hérissée de microvillosités
au contact de la gaine cuticulaire ;
l’étroite cavité extracellulaire
qui les sépare renferme un matériel dense estompant la gaine
et lui donnant peut être naissance (Fig.
).
4-Glandules exocrines tégumentaires
Un autre type de glande
exocrine, bien distinct des organes acineux prégonoporaux, peut
être rattaché à l’appareil épigastrique
dont il complète la « triade » anatomique.
Il a été découvert
au M.E.B. et par coupes histologiques chez les Meta bourneti
et M.menardi, chez Leucauge argyra (Metinae) (Lopez,1986a),
et retrouvé plus tard dans
deux autres familles, les Amaurobiidae (Amaurobius)
et les Zoropsidae (Zoropsis)(Lopez, 1988).
4.1.-Microscopie électronique
Le M.E.B. montre que les orifices excréteurs de ces glandules sont de simples pores siégeant sur la lèvre antérieure de la fente épigastrique. Chez les Meta , ils s’éparpillent sur sa totalité parmi les bases de fusules et les alvéoles de poils banaux, tandis que chez Leucauge argyra, ils se limitent au seul versant postérieur du curieux «puits» en «auge» (Fig. ). Ils sont dispersés à la surface du tégument, sans ordre apparent mais toujours de niveau avec elle. Solitaires ou agminés (Fig. ), ils ont une forme arrondie, un diamètre assez variable (1 à 3 µm) et ne possèdent pas de bourrelet marginal.
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| Fig. - Meta menardi : région épigastrique, vue d'ensemble |
Fig. - Meta menardi : lèvre antérieure, détail |
Fig. - Metabourneti : lèvre antérieuree, détail |
| E,
fente épigastrique ; F, fusules ; H, poils
; V, face ventrale de l'épigastre (lèvre antérieure). Flèches : pores excréteurs M.E.B. |
||
4.2.-Structure
histologique
Les coupes histologiques passant par les pores montrent nettement qu’ils correspondent
à la terminaison de canalicules
excréteurs. Brefs et rectilignes, ces derniers
se détachent du pôle apical de cellules glandulaires logées dans
l’épiderme sous-jacent
et aboutissent aux orifices excréteurs.
Il s’agit de gros adénocytes en
cône allongé (L = 50 à 60 µm), indépendants les uns des autres
et entourés par des cellules épithéliales
plus ou moins pigmentées (Fig. ). Leur noyau vésiculeux (D = 10 µm) montre un gros nucléole
et est surmonté par une aire acidophile ovoïde (L =
12 µm), le «réservoir». Ce dernier est finement strié en travers,
contient l’origine du canalicule
excréteur et doit correspondre sur
le plan ultrastructural à un «appareil terminal» («end apparatus»), tel que Mercer et Brunet (1959) l’ont défini
pour la première fois chez la Blatte. Des cellules canaliculaires satellites à noyau ovoïde « tigré » sont repérables
sous la cuticule (Fig. ).
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| Fig.
Meta menardi, lèvre antérieure de
la fente épigastrique : coupes histologiques sagittale et parasagittales
montrant des glandules exocrines tégumentaires. |
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| C,
cuticule ; D, canalicule excréteur de glande prégonoporale ; E, fente
épigastrique ; F, fusule ; H, poil ; N, noyau d'adénocyte ; O, orifices
excréteurs ; P, épiderme ; R, réservoir ; St, cellule canaliculaire
satellite. Flèches : canalicules excréteurs des glandules exocrines.
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Au point de vue anatomique, les organes prégonoporaux,
lorsqu’ils existent, sont des glandes exocrines pluricellulaires
fondamentalement semblables chez toutes les Araignées
mâles malgré
des différences de taille, de nombre et, plus accessoirement,
de forme.
Leur structure histologique diffère
de celle des glandes annexes présentes dans la (les) spermathèque(s), l’atrium génital des Araignées femelles (confere infra)
ainsi que des autres organes glandulaires décrits dans ce site, d’autant
plus qu’ils se composent d’unités à cellules de classes I et III selon Noirot et
Qennedey (1974, 1991).
Elle rappelle en revanche étonamment
celle des glandes séricigènes (Fig. ). Dans
les deux cas, la sécrétion d’un épithélium glandulaire
commun,
sans revêtement de cuticule, se concrète en boules acidophiles
qui passent dans la lumière, s’y fusionnent et sont ensuite
drainées par un canal
excréteur aboutissant
à la fusule terminale. D’abord notée par Melchers
(1964) puis par Marples (1967 : «epiandrous glands»),
leur ressemblance est telle que Kaestner (1968),
s’inspirant du premier auteur, n’hésite pas à signaler des «glandes
à soie» dans l’extrémité antérieure de l’abdomen aranéidien. Pour ma part, j’ai
qualifié de «glandes E» les organes prégonoporaux de Pholcides (Lopez,1973a)
afin de les comparer aux glandes à soie «A» et «B» décrites par Millot (1929,1931)
dans cette famille. La même ressemblance histologique a été largement soulignée ensuite pour un
grand ensemble d’ Araignées mâles (Lopez,1971 ; Lopez, 1977) et, par Legendre (1972), chez
la Mygale Scodra calceata.
Au point de vue ultrastructural, le canal excréteur se rapproche beaucoup de celui des
glandes à soie, notamment les aciniformes du type B (Kovoor & Zylberberg,1974).
Le corps glandulaire montre une même organisation
de base mais il existe cependant des différences
sensibles dans la qualité des organites (réticulum, appareil de Golgi), le mode d’extrusion de la substance
élaborée et sa nature même (Lopez,1973a).
L’épiderme modifié entourant le canal avant qu’il ne pénètre dans sa fusule pourrait bien être une glande à cellules de classe I , au sens de Noirot et
Qennedey (1974, 1991).
Les adénocytes des glandules
prégonoporales, pourvus de canalicules cuticulaires individuels que produisent vraisemblablement
les cellules cnalaires, peuvent être
rattachés aux cellules glandulaires de la classe 3, décites chez les Insectes par Noirot et Quennedey (1974, 1991)
En ce qui concerne les organes gonoporaux, je les avais d’abord décrits comme également sécréteurs (Lopez,1972)
et entrant dans le cadre des «glandes hypodermiques
monocellulaires et canaliculées» (Lopez,1974b ; Lopez,1977).
Un examen au M.E.B., non alors réalisé,
aurait pu montrer l’absence complète d’orifices excréteurs, seules structures
pouvant révéler des glandes sous-jacentes.
Par la suite une meilleure connaissance des structures
nerveuses au M.E.T. m’a montré qu’ils ne peuvent être des glandes mais plutôt
des organes sensoriels. Ma première interprétation était donc erronée.
Les organes gonoporaux
font partie des sensilles mécanoréceptrices, organes spécialisés dans la perception
des stimuli externes qui s’exercent sur la cuticule tégumentaire chitineuse, véritable «exosquelette».
Dans le cadre général de ces sensilles mécanoréceptrices, les organes gonoporaux se rattachent
plus spécialement aux mécanorécepteurs
cuticulaires type I de Mac Iver (1975), formations associant de même une
composante chitineuse
ou cuticulaire, des cellules sensorielles ou neurones et des cellules enveloppes. Leurs dendrites neuronaux renferment toujours un
corps tubulaire, structure éminemment
caractéristique des sensilles
d’Arthropodes décrite pour la première
fois par Thurm (1964) chez l’Abeille domestique. La composante
cuticulaire peut être un
poil ou ses dérivés (sensilles à poil
des Araignées, Crustacés et Insectes), une fente ou lyrifissure comme pour les organes lyriformes pédiculaires et, dans le cas
présent, une papille évoquant le dôme
chitineux des Insectes. Ils semblent ainsi
se rapprocher surtout des sensilles campaniformes
qui caractérisent ces derniers
et dont Pringle (1938)
a découvert le rôle, bien que leur neurone
soit toujours unique (MacIver,1975) (Schéma )
alors que l’innervation est multiple, au moins double, chez
tous les Arachnides (Araignées, Scorpions, Acariens…).
Au point de vue fonctionnel,
et comme l’a constaté
Melchers (1964) dans ses belles observations sur une Mygale Pamphobeteus, les organes prégonoporaux sécrètent un matériel qui est déposé sur la toile spermatique
préalablement construite et n’en forme donc pas le tissu
même.
En effet, ce dernier est tissé avec des fils qu’émettent par leurs fusules les filières de l’extrémité abdominale. Les nombreuses notes où est décrite la confection des toiles spermatiques en témoignent (.....). Dans le cas des Clubionidae il est même possible que certaines des glandes séricigènes observées chez le mâle (Wasowska,1969) les produisent électivement.
De plus, les mêmes fusules de glandes à soie sont très saillantes, orientables, donc susceptibles d’une activité ordonnée dans le tissage de la toile spermatique alors que les fusules épigastriques sont immobiles, souvent enchassées dans un «puits» et ne peuvent qu’émettre un matériel amporphe.
La Mygale Pamphobeteus est certes un matériel de choix par sa taille mais ne saurait constituer un cas d’espèce, de sorte qu’il paraît fort logique d’extrapoler son acte à toutes les Araignées pourvues de glandes acinoïdes prégonoporales. La carence d’observations semblables dans la littérature arachnologique peut être liée à la taille beaucoup plus petite des autres espèces étudiées, ce qui rend l’observation malaisée, à la brièveté de l’acte qui passe ainsi inaperçu, et surtout, à la possible quasi-simultanéité de l’éjaculation primaire et du dépôt épigastrique prégonoporal (confere infra).
De leur côté, les organes gonoporaux sont des structures sensorielles percevant comme tout mécanorécepteur, une déformation du corps par des stimuli externes. Dans ce cas particulier, il s’agirait des pressions exercées à leur surface lorsque le mâle d’ Araignée «frictionne» la lèvre antérieure de sa fente épigastrique sur la toile spermatique ou un autre support («masturbation»). Leur curieuse disposition linéaire chez les Pholcidae (Fig. ) tout comme d’ailleurs celle des fusules, pourrait être en rapport avec la structure de la toile spermatique réduite à un seul fil que l’ Araignée passe transversalement au travers de son orifice génital. Si tel est le cas, une répartition analogue devrait se retrouver chez les Scytodidae et les Palpimanidae car ils tissent aussi une toile spermatique rudimentaire (Gerhardt et Kaestner,1938 ; Dabelow, 1958).
Dans tous les cas, la stimulation des organes gonoporaux
qui en résulte provoquerait une dépolarisation (signal électrique) via le corps tubulaire et la membrane dendritique (Thurm, 1964 ; Rice &
al.,1973) puis, selon un «arc réflexe », le dépôt de la sécrétion des
glandes épigastriques acinoïdes (lorsqu’elles coexistent) ainsi que l’émission du sperme (éjaculation
primaire) sur cette même sécrétion prégonoporale.
Au point de vue ontogénique, l’appareil épigastrique pourrait dériver d’une ébauche « épiandrique » appendiculaire commune, bien qu’il soit constitué par trois formations distinctes n’ayant pas la même activité physiologique. Cette hypothèse repose essentiellement sur :
►la ressemblance des glandes prégonoporales et des glandes séricigènes sur les plans histologique
et ultrastructural qui
montrent une même oirganisation de base.
►sur la forte tendance
des fusules à la
bipartition, devenue évidente chez les Tetragnathidae
►le caractère pair des organes gonoporaux,
►sur le fait que les glandules présumées phéromonales sont semblables à celles qui se localisent sur la base d’appendices (chélicères, rostre, lames maxillaires, coxae, filières).
Dès lors, l’appareil épigastrique correspondrait dans son ensemble à des structures vestigiales, restes d’appendices disparus, utilisés initialement dans la vie sexuelle puis incorporés au sillon génital (lèvre antérieure) des Araignées mâles adultes. Il pourrait être ainsi homologué aux gonopodes et glandes annexes des Amblypyges mâles (Lopez,1986b).
Une telle théorie est cependant infirmée par les fusules des Mygalomorphes et Liphistiomorphes, généralement considérées comme des Araignées «primitives», en tout cas plus «anciennes» que les Tetragnathidae, et qui, à priori, devraient montrer une bipartition encore plus évidente alors qu’elles sont remarquablement dispersées !
Au point de vue étho-écologique et comme le présumait déjà Marples (1967), la présence de glandes acinoïdes prégonoporales nous paraît être sans aucun rapport avec le mode de vie et l’environnement naturel de l’animal. Un exemple frappant est celui des Araignées aquatiques intertidales et dulçaquicoles parmi lesquelles Amaurobioides africanus en est pourvu (Fig. ), tandis que Desis et Argyroneta ne possèdent que des organes gonoporaux. (Fig. ).
Il serait donc plus séduisant d’impliquer un facteur phylogénétique dans le conditionnement de l’appareil épigastrique.
Il y a plus de 30 ans,
j’ai tenté, d’établir un rapport entre ce dernier et la classification des Araneides (Lopez,1974a
; Lopez,1977). Ce rapport
était essentiellement basé sur le fait étonnant que
toutes les Araignées ne possèdent
pas de glandes acinoïdes prégonoporales et,
qu’en en tenant compte, 4 groupes distincts
peuvent être individualisés au sein de l’ordre. Le groupe I réunit
des espèces dont les mâles
ne semblent montrer que des glandes prégonoporales
(Liphistiomorphae, Theridiidae,
Araneidae,
Hersiliidae,
Filistatidae). Les groupes II et III sont dépourvus de glandes prégonoporales mais possédent en revanche
des organes gonoporaux,
soit profonds et aboutissant au canal commun terminal (Segestriidae,
Dysderidae), soit
superficiels et se terminant sur la lèvre
épigastrique antérieure (Argyronetidae, Desidae, Clubionidae, Thomisidae, Lycosidae, Zoropsidae). Le groupe IV
est «mixte» car il associe les deux types d’organes, prégonoporaux
et gonoporaux,
ces deniers pouvant être soit dispersés (sous-groupe
1 : Pholcidae) (Fig. ), soit agminés (sous-groupe 2) dans
la plupart des autres cas. En 1974, il réunissait déjà
un grand nombre de familles, notammenrt
les Eresidae, les Uloboridae, les Salticidae, au moins certains
Thomisidae, les
Eusparassidae, les Agelenidae, les Oxyopidae et les Pisauridae.Ce sous-groupe
2 est donc trés étendu et m’a paru
d’importance croissante au détriment du groupe I
Il paraît cependant difficile d’établir une corrélation entre la phylogénie et les glandes épigastriques (présence ou absence, aspect et disposition de leurs fusules) (Lopez, 1988).
Trop de discordances peuvent en effet se manifester :
∙au niveau familial, comme chez les Clubionidae parmi lesquels Phrurolithus flavitarsis possède des glandes prégonoporales acineuses et fusulées tandis que Chiracanthium punctorium en est dépourvu, et chez les Salticidae dont l’espèce Salticus scenicus montre des fusules s’espaçant en une seule file incurvée (Fig. ) alors que celles de Saitis barbipes sont réunies en deux groupes distincts (Fig. ). Il semblerait aussi que les Lycosidae et Thomisidae mâles sont parfois dépourvus de glandes prégonoporales.
∙au niveau générique,
comme chez les
Argyrodes (Theridiidae) dont certaines espèces n’ont qu’un nombre très réduit de glandes épigastriques (A.elevatus : 2 en général) et d’autres, sensiblement plus élevé
(A.cognatus : 8 à 10, avec 2 groupes de fusules).
Il s’agit donc là d’une classification isolée, trop artificielle et aussi fragile que les anciennes tentatives de taxonomie ayant pour seule base un caractère anatomique isolé (cœur, poumons, glandes à soie…). L’étude de l’appareil épigastrique ne pourra acquérir une valeur réelle en taxonomie que si elle est étayée par d' autres critères d’ anatomie interne (glandes rostrale, venimeuse, gnathocoxales, segmentaires, séricigènes…).
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AVERTISSEMENT
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l'objet de remaniements successifs jusqu'à
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